PAR SUCCURSALES
En nous plaçant au point de vue interne, nous avons indiqué quels sont les modes d'organisation commerciale voisins de la concentration par succursales : faisons maintenant le même travail en nous plaçant au point de vue externe.
Le côté externe du système c'est l'ubiquité. Le but de l'entreprise qui crée de nombreuses succursales est, en effet, d'être partout à la fois, afin de se mettre en relations avec le plus grand nombre possible de consommateurs. Mais, ce rayonnement des affaires peut être obtenu, dans une mesure plus ou moins large, par d'autres moyens que nous allons signaler.
§ 1. La vente par voitures. — Une entreprise, qui ne possède qu'un seul établissement commercial, peut cependant avoir des clients qui n'habitent pas à proximité, grâce à ses voitures. Ou bien la voiture sert uniquement à livrer les marchandises que le client est venu acheter en personne, ou
bien elle est utilisée à la fois pour prendre les commandes et livrer les marchandises. Ces voitures peuvent être à traction animale, ou bien être des automobiles ou encore des roulottes poussées par un homme, comme c'est le cas pour le Planteur de Caïffa — « The Anglo Continental Supply Co. Itd — » qui a plus de 3 000 voitures de ce genre. Les grands magasins modernes ont aujourd'hui, en général, des automobiles qui leur ont permis d'augmenter leur rayon d'action. Leurs voitures sillonnent la banlieue de la ville où ils sont situées : les voitures Wertheim vont aux environs de Berlin dans un rayon de trente kilomètres. Parfois les distances parcourues sont très grandes : ainsi, durant les mois d'été, les Galeries Lafayette ont un service d'automobiles qui fonctionnent régulièrement entre Paris et
Trouville^
Il est des cas où la voiture peut absolument rendre les mêmes services que la succursale. Ainsi la firme BoUe a réalisé une concentra-
1. Mentionnons aussi les voitures des marchands des quatresaisons. Mais, nous dira-t-on, ce procédé de vente n'a pas de rapport avec la concentration. C'est une erreur, il y a des commissionnaires qui font vendre leurs produits par des marchands des quatre-saisons qui, certes, sont bien propriétaires de leur médaille, mais qui, au vrai, sont de simples préposés. Le commissionnaire leur loue la voiture et l'équipe : il y a là une sorte de commandite en marchandises.
tion remarquable, dans le commerce du lait, à Berlin, grâce à ses nombreuses voitures : l'entreprise Maggi de Paris est arrivée au même résultat, par un moyen différent : elle a créé des succursales. Disons quelques mots de l'entreprise Bolle qui est typique.
La laiterie Bolle (Berlin, Alt-Moabit 98-103) a été fondée en 1881 et débuta avec 3 voitures de vente. Les affaires augmentèrent rapidement et le nombre des voitures fut successivement de 30 à la fin de 1881; de 116 en 1890; de 169 en 1900; de 274 en 1910. En 1881, la vente du lait atteint 2 470 766 litres; en 1890, 15 129 800 litres; en 1900, 29 010 065 litres; en 1910, 43 734239 litres; Actuellement la vente journalière moyenne est de 130 000 litres (provenant d'environ 22 000 vaches) satisfaisant les besoins journaliers de 85000 familles. Quand on visite la laiterie Bolle, on est frappé par la vue de 300 voitures environ alignées comme pour une revue; les chevaux (au nombre de 500) sont de très belles bêtes placées dans des écuries superbes. Ces voitures sont ingénieusement comprises, elles empêchent celui qui les conduit de frauder; chacune a son itinéraire déterminé, ainsi les inspecteurs peuvent facilement exercer leur contrôle. Toute voiture contient du lait ordinaire, de la crème, du
lait pour enfant, du lait stérilisé, du beurre et des fromages divers. Outre ses voitures, Bolle possède 11 boutiques de vente. Cet exemple montre que le commerce du lait n'est nullement, par nature, un commerce réservé aux petits commerçants. Ce commerce, au contraire, s'accommode au mieux de la concentration. Le lait aujourd'hui doit être traité en grand : la technique de l'industrie laitière nécessite la concentration. La firme Bolle occupe 2 500 employés. Elle possède des appareils perfectionnés pour le nettoyage du lait, pour la stérilisation, un laboratoire moderne auquel sont attachés des chimistes, toute une petite ménagerie où se trouvent les animaux les plus divers destinés aux expériences. Est-ce un petit détaillant, vendant quelques litres par jour, qui pourrait avoir une telle organisation^?
Le lait vendu par la Meierei L. Bolle vient de fermes, situées aux environs de Berlin, dans lesquelles un service important de contrôle est exercé. Entre ces fermes disséminées et les clients, il est intéressant de voir s'interposer une seule entreprise — exemple de concentration digne d'attirer l'attention.
1 De l'entreprise Bolle, il faut rapprocher la flrme Maggi, de Paris, qui vient de créer un laboratoire tout à fait moderne pour
l'analyse du lait.
MORIDE.
§ 2. La vente par correspondance. — Le Mail- ] Order. — Tout commerçant, pour vendre, peut ou ^ bien aller jusqu'au client (grâce à ses succursales , ou à ses voitures) ou bien faire venir le client chez lui ; entre ces deux systèmes il existe un troisième procédé : acheteur et vendeur restent chacun chez eux : la commande et la livraison de la marchandise se font par la poste.
Pour les grands magasins, par exemple, la vente par catalogues est fort importante. Le Bon Marché fait avec la province environ 70 millions par an; la Samaritaine, 35 millions; le Louvre, 33 millions. Donnons quelques détails sur une forme de vente par correspondance fort intéressante — le Mail- Order— au sujet duquel nous avons eu, en Angleterre, des renseignements précis.
La caractéristique du Mail-Order c'est que l'ordre d'achat est donné par la poste et la marchandise livrée au client par la même voie. Ainsi, une firme dépourvue de succursales peut pourtant avoir un rayon d'affaires fort étendu. Ce procédé par mail-orders a pris en Angleterre et en Amérique un développement remarquable^ Indiquons comment est né ce système et ce qu'il est.
i . Aux États-Unis, où la division du travail est poussée à l'extrême dans tous les rouages économiques, des maisons de
Des commerçants anglais voyant, à certaines époques de l'année, une partie de leur clientèle aller en villégiature imaginèrent le mail-order. Ils poursuivirent ainsi un double but : i" continuer à vendre à leurs clients éloignés; 2» occuper leur personnel auquel le départ des dits clients donnait
des loisirs.
Pour faire fonctionner le mail-order, il faut en premier lieu se procurer des noms et des adresses. Une maison anglaise emploie plus de 50 femmes occupées à classer noms et adresses. Chaque nom doit être transcrit sur plusieurs fiches qui font l'objet de divers classements : on classe ces fiches d'après les lieux de résidence des acheteurs, d'après les professions, d'après la nature et l'importance des achats effectués, on fait aussi le départ entre les clients réguliers et les clients irréguliers.
commerce (Mail Order Houses) pratiquent exclusivement ce genre Te vente qui leur permet de réaliser de notables é«,nom,es de frais généraux par la suppression des employés vendeurs et par la réduction de loyer d'un magasin qui peut se dispenser deU- Le. Deux de ces maisons, établies à Chicago, ont reçu en 190., 18 millions de lettres, représentant un chiffre d'affaires de 77 miliorde dollars, qui a doublé en trois ans. Elles ont envoyé 4 millions de catalogues. Aujourd'hui, elles ne se bornent plus a être de simples bureaux d'achat, elles commencent a avoir leurs propres fabriques. Ces maisons permettent ainsi aux 55 millions d'Américains qui vivent dans les fermes et les villages de sapprovisionner directement à Chicago ou à New-Yo'k . Vou Clerget, Manuel d'Économie commerciale. Pans, 1909, p. 39J, iv*.