STRUCTURE FINANCIÈRE
Les quelques chiffres que nous avons donnés, dans la section précédente, montrent l'importance au point de vue financier des maisons à succursales multiples. Essayons maintenant d'esquisser la structure financière de ces entreprises qui, tantôt sont des affaires privées, tantôt sont montées en sociétés à caractère capitaliste ou coopératif.
Cette question de la structure financière appelle deux remarques principales.
Premièrement on peut dire qu'il existe une loi de transformation des entreprises privées en sociétés.
En second lieu, il faut noter que la concentration s'effectue tantôt grâce à de véritables succursales, tantôt grâce à des filiales.
§ 1. La loi de transformation des entreprises privées en sociétés. — Au cours de notre enquête, nous avons souvent observé cette transformation des affaires privées en sociétés. La raison de cette
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métamorphose : c'est le besoin de capital. Quand une affaire prospère, il arrive souvent que son fonctionnement exige un emploi de capitaux plus considérables que ceux possédés par un particulier : on se trouve là en présence d'une véritable loi.
Dans les statuts des grandes sociétés anglaises nous trouvons souvent cette phrase « the company was registered... to acquire the business of Messrs. » — la société a été enregistrée... pour acquérir les affaires de Messieurs. . . — En Angleterre durant les années 1895, 1896, 1897 ces transformations ont été particulièrement nombreuses. Citons comme société-type, née du procédé en question, la firme Nelson : nous lisons dans les statuts : « The Company was registered May 10, 1883, to acquire the business of sheep-farmers, preservers of méat for exportation of Messrs. Nelson Brothers and Williams... » En France, donnons deux exemples. Les chaussures « Incroyable » ont été créées par M. Charpentier : en 1896 une société anonyme — la société des chaussures « Incroyable » — a été fondée dans le but « d'acheter et d'exploiter le fonds de commerce de M. Charpentier, négociant en chaussures, 38, boulevard de Port-Royal ». La firme Le Planteur de Caïffa a été fondée en 1890 par M. Cahen : elle vient d'être transformée en
LES MAISONS AU POINT DE VUE FINANCIER 12i
société anglaise : The Anglo Continental Supply
Co. Limited ^
En Belgique les magasins possédés par M. Léon-
hard Tietz sont devenus la « Société anonyme
des Grands Magasins Léonhard Tietz » fondée le
29 septembre 1908.
On pourrait citer à l'infini des exemples de cette
nature. Il nous suffit de faire remarquer qu'il existe
deux procédés de concentration : créer de grandes entreprises nouvelles, agrandir des entreprises déjà existantes. Cette seconde méthode dont nous parlons en ce moment a été souvent employée. Il serait intéressant de préciser dans quelle mesure on y a eu recours; mais nous n'avons pas de documents nous permettant de dire sur tant de grandes sociétés à succursales multiples, tant ont été des affaires nouvellement crées et tant ont été des affaires simplement agrandies.
Ce système attire quelques observations. Au début, la forme sociale n'est pas toujours bonne, la réussite dépend souvent de l'habileté d'un entrepreneur qui crée l'entreprise. Puis quand l'entreprise fonctionne à souhait, sa transformation en société est possible : l'entrepreneur se métamorphose alors souvent en directeur, en directeur
1. Voir le Financial JSews (n" du 19 novembre 1910), cité par M. Martin Saint-Léon, op. cit., p. 36.
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qui continue à s'occuper avec zèle d'une affaire qu'il a créée, et dont il possède le mécanisme. Il semble en un mot que toute entreprise puisse traverser ces deux stades — stade où elle est une affaire privée, stade où elle est montée en société — pour son plus grand avantage.
§ 2. Fusions. Finales. — Les modalités de la concentration que nous étudions sont
diverses.
Tout d'abord une société ou un entrepreneur privé peut fonder des succursales créées de toutes
pièces.
En second lieu, l'entreprise à succursales peut s'agrandir, augmenter le nombre de ses maisons en absorbant d'autres entreprises plus petites : dans ce cas il y a fusion pure et simple. Les entreprises fusionnées, englobées, amalgamées, perdent leur individualité.
En troisième lieu, on peut se trouver en présence de sociétés qui sont juridiquement distinctes les unes des autres mais qui sont liées en fait les unes aux autres par des attaches de différente
nature.
La première forme de concentration ne nécessite, pour le moment, aucune explication particulière : il en est autrement des deux autres formes
que nous venons d'indiquer et qui constituent de véritables trusts*-
A. Fusions. — Le mécanisme des fusions est le suivant. La société qui opère les fusions achète des entreprises : le prix est soldé soit en espèces, soit en papier — en actions de la société — soit à la fois en espèces et en papier. Ce système a été pratiqué par de grandes entreprises à succursales.
La Société des Etablissements Duval a ainsi absorbé, le 15 janvier 1883, la Compagnie des Bouillons de Paris. Cette fusion a eu lieu au moyen de l'apport par la Compagnie des Bouillons de Paris de tout son actif à la Société des Etablissements Duval, à la charge d'acquitter son passif et ce moyennant l'attribution de 2 500 actions nouvelles entièrement libérées de cette dernière société, en échange de 10 000 actions Bouillons de Paris.
La Société française des Nouvelles Galeries Réunies a pratiqué, sur une large échelle, le système des fusions. Elle a notamment absorbé : la Société Maubé aîné, exploitant, sous le nom de Maison Universelle, divers fonds de commerce sis à Avignon, Carpentras et Valence, qui a reçu
1. Sur les trusts voir l'excellent ouvrage de M. Et. Martin Saint-Léon, op. cil. Voir également de Bousiers, Les Syndicats industriels de production en France et à l'étranger, Paris, 1912.
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2000 actions*; la Société des Nouvelles Galeries de Rouen qui a reçu 2 500 actions ; la Société Lehman, Concorbe et Demogé (grand Bazar à Limoges) qui a reçu 1 120 actions; la Société des Nouvelles Galeries de Bordeaux qui a reçu 7 368 actions; la Société des Nouvelles Galeries d'Amiens qui a reçu 20000 actions; la Société des Grands Magasins des Nouvelles Galeries de Montpellier qui a reçu 2 800 actions; la Société des Nouvelles Galeries de France qui a reçu 16 000 actions; les Galeries Modernes, les Galeries de Jaude, les Nouvelles Galeries de l'Avenue de Clichy, les Immeubles industriels et commerciaux qui ont reçu 8 000 actions.
Les Nouvelles Galeries et Paris-France ont conclu une entente et d'ici quelque temps ces deux sociétés seront remplacées, par une troisième : la Société Française de Magasins Modernes. Pour elTectuer progressivement cette opération le procédé de la fusion est employé. Durant l'exercice 1906-1907, Paris-France reçoit 708 900 fr. d'actions de la Société Française de Magasins Modernes en échange de l'apport de ses succursales de Dax et de Tarbes. Durant l'exercice 1907-1908, Paris-France a apporté à la Société française de Magasins Modernes ses succursales d'Auch, Pau et Oléron ; cette ces-