‹ Les maisons a succursales multiples en France et à l'étranger [microform]Chapitre 33 sur 51 · LACHAT ET LA FABRICATION DES MARCHANDISES · texte numérisé non relu

LACHAT ET LA FABRICATION DES MARCHANDISES

Comment la maison-mère se procure-t-elle les marchandises dont elle a besoin pour équiper ses succursales? De deux manières : tantôt elle fabrique les produits qu'elle vend, tantôt elle les achète.

§ 1. La maison-mère fal)rique les produits qu'elle vend. — Notre enquête nous a révélé que le procédé de la vente directe du producteur au consommateur était fort souvent pratiqué par les maisons à succursales. Nous assistons à l'heure actuelle au développement de deux phénomènes qui sont fonction l'uii de l'autre : l'extension de la vente directe, l'augmentation du nombre des succursales. Une entreprise peut être ainsi conduite à faire de l'intégration commerciale par suite de circonstances diverses.

A. —Un industriel, qui se contentait de vendre en gros jusqu'à une certaine époque, peut essayer d'ouvrir un ou deux magasins de vente, puis, cet essai ayant réussi, pratiquer le système sur une

large échelle. Le motif principal qui incitera le fabricant à procéder ainsi, c'est le désir de s'adjuger le bénéfice du commerçant et d'imprimer à ses capitaux des rotations plus rapides ; le consommateur payant comptant alors que l'acheteur en gros ou en demi-gros exige qu'on lui fasse crédit. Il peut arriver que l'industriel soit conduit également à adopter ce procédé à la suite de difficultés éprouvées dans la vente en gros ou en demi-gros : ce sera, par exemple, un grand magasin qui aura voulu lui imposer tel ou tel prix de fabrication. Le fabricant, qui tient à sa marque, se refusera à faire un article commun et pour se libérer de la

tutelle exercée sur lui par le grand magasin

comme Perrin par exemple —il vendra lui-même.

B. — Le processus peut être différent. Une entreprise pratique la vente par succursales. Le nombre des clients augmente. Alors l'entrepreneur s'aperçoit que ses débouchés sont si importants qu'il serait plus avantageux pour lui de fabriquer que d'acheter. C'est ce qui s'est produit pour la firme Delhaize marque « Le Lion » qui, au fur et à mesure qu'elle a étendu le cercle de ses clients — grâce à ses succursales — s'est mise à fabriquer les produits dont elle avait le plus large débit.

Citons quelques exemples de firmes à succursales qui fabriquent elles-mêmes. La Belle Jardi-

nière fabrique ses vêtements; Frans, de Bruxelles, fabrique ses chaussures; Salavin, de Paris, fabrique son chocolat; Scapini, de Paris, fabrique ses gâteaux; le Planteur de Caïffa, Damoy, Potin\ Goûté, de Paris, fabriquent une partie des produits alimentaires qu'ils vendent; Singer fabrique ses machines à coudre; la firme Ha-Ci-Fa, de Hambourg, et Lœser und Wolff, de Berlin, fabriquent leurs cigares; l'A. E. G., de Berlin, fabrique ses articles d'électricité; Tietz, de Berlin, a une boulangerie, une boucherie, une charcuterie, une fabrique de conserves, une pâtisserie (ces entreprises ne portent pas le nom de Tietz, elles sont juridiquement distinctes, mais Tietz en possède toutes les actions) ; Reichardt, de Wandsbeck, près Hambourg, fabrique son cacao ; Sieber, de Munich, fabrique ses saucisses; Miele fabrique en partie ses objets d'orfèvrerie; Duval, de Paris, a une boulangerie, une fabrique d'eau de seltz, une blanchisserie et des caves à Bercy; les 100 000 Chemises fabriquent leur linge; Biard fait ses liqueurs, etc., etc.

Donnons quelques renseignements plus précis sur deux entreprises : l'une belge et à forme capi-

i. Potin possède une biscuiterie, une charcuterie, une confiserie, une fabrique de conserves, une chocolaterie, une distillerie, une savonnerie, des entrepôts pour la garde et la préparation des vins.

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taliste; l'autre allemande et à forme coopérative. ^

Delhaize, marque « Le Lion ., a une usine à vapeur pour la torréfaction et le triage des cafés, une savonnerie, une fabrique de cristaux de soude une manufacture de biscuits et de pains d'épices' une fabrique de chocolat, de dragées et de confiseries, un fumoir pour les jambons, une fabrique de Cirage, une fabrique de moutarde, une fabrique de parfums, une vinaigrerie, une fabrique de brosses. La firme Delbaize fabrique à elle seule pour les produits qu'elle débite, entre 1/12 et J/15 de la consommation belge.

La coopérative « die Produktion », de Hambourg, pratique le système de vente par succursales sur une grande échelle - elle possède 78 maisons pour l'épicerie, pour la boucherie et la charcuterie, 21 pour la boulangerie, 2 pour les fruits et les légumes. — Cette coopérative fabrique iO 010 des produits quelle vend. Elle a notamment une boulangerie tout à fait moderne et une boucherie (avec chambres frigorifiques) très importante; elle fabrique ses saucisses, ses jambons et aussi la glace dont elle a besoin.

Parfois l'entreprise qui vend est distincte de la maison de fabrication, mais il existe souvent des contrats qui lient l'une à l'autre. C'est le cas pour

les chaussures Raoul, pour les chaussures Mercedes et pour les chaussures Salamander.

§ 2. La maison-mère achète les produits qu'elle vend. — Quand la maison-mère ne fabrique pas, elle achète, et elle achète en gros : cest ce qui fait sa force. L'achat constitue pour l'entreprise l'affaire la plus importante ^ L'acheteur joue un rôle considérable. Que l'on aille à Paris-France ou aux Nouvelles Galeries, on voit l'acheteur attendu par toute la théorie des représentants, comme un dieu. Cet achat est pratiqué de deux façons bien différentes.

La maison-mère peut réaliser, pour les achats, le maximum de concentration. Dans ce cas tous les achats sont faits par la direction, les succursales reçoivent tout ce dont elles ont besoin de la maison-mère : c'est ce système que l'on rencontre surtout en France.

Une autre méthode consiste à laisser, pour l'achat, une certaine autonomie aux succursales : c'est le système allemand, le système pratiqué en particulier par Tietz. Les succursales sont alors considérées comme devant se développer par elles-

1. Souvent la maison-mère achète la matière première et la fait façonner.

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mêmes : il faut que les filles aient une grande liberté, disent les défenseurs de ce système, il faut qu'elles grandissent et prospèrent sans être toujours en tutelle. Avec la méthode Tietz, on considère que le directeur d'une succursale ne peut bien vendre que les produits qu'il a lui-même achetés, car ces produits doivent être adaptés au goût et aux besoins de la région où se trouve la succursale.

Quand c'est la maison-mère qui fait tous les achats, généralement on organise au siège des expositions et les directeurs des succursales viennent faire leur choix.

Que l'achat soit fait par la maison-mère ou par les succursales, en général, c'est toujours la maison-mère qui règle les factures.

Entre le prix payé par la centrale aux fabricants et le prix dont sont débitées les succursales, il existe un écart qui constitue la commission de la maison-mère. M. Poupart dit à ce sujet : « Qu'elles soient expédiées du Dépôt central ou bien directement des usines, les marchandises sont facturées par la société elle-même à la succursale avec une majoration de 5 à 10 0/0 sur le prix d'achat primitif, ce qui constitue déjà un premier bénéfice. Le gérant de la succursale se débite du prix facturé, qui représente pour lui son prix d'achat et

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lui sert à son tour de point de départ pour le prélèvement d'un nouveau bénéfice ^ »

M. Poupart ajoute que succursale et maison-mère sont donc analogues à deux maisons distinctes qui font chacune un bénéfice et que par suite le consommateur ne profite pas d'une réduction de prix qui devrait résulter de l'achat en gros. Mais le raisonnement de M. Poupart n'est pas probant. Maison-mère et succursale ne sont pas deux affaires distinctes, donc même s'il y a double bénéfice, ce double bénéfice peut être inférieur à la somme des bénéfices réalisés par un intermédiaire (marchand en gros) et un vendeur au détail : la centrale ne joue pas le même rôle vis-à-vis de la succursale que le marchand en gros vis-à-vis du petit détaillant. Ajoutons qu'adopter le raisonnement de l'auteur, ce serait être conduit à déclarer que la vente directe du producteur au consommateur n'est pas avantageuse pour le consommateur : ce qui serait renverser l'opinion généralement admise à ce sujet.

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