CHAPITRE: II
PARNVIEMEORPORATIVE
Un de nos maîtres, dont le nom a acquis en notre profession une grande autorité, Jean de Renou, traçait, vers cette époque, le portrait idéal du parfait apothicaire et ïl écrivait : « Celui qui veut estre honoré du nom de vray pharmacien doit estre doué d’une probité de mœurs pareille à celle d’un philosophe : car il tient en ses mains la maladie et la santé, la vie et la mort des hommes. » Chacun de nos devanciers devait, en outre, posséder « un bon jugement et bien rassis, estre infatigable au travail, vivre sans envie, sans avarice et chicheté » (*). En un mot, le bon Renou exigeait de nos anciens la santé morale en un parfait équilibre de leurs actes et de leurs facultés, mens sana in corpore sano. Ce noble portrait, il est vrai, pouvait être revendiqué par quiconque est épris ici-bas de perfectionnement. Il serait inutile de rechercher, ici, si nos devanciers se conformaient à ce texte et satisfaisaient à cette figure, pour se parer, en leur officine et dans le commerce de leurs semblables, de toutes les vertus et de toutes les qualités. II nous suffit de savoir qu'ils vivaient dignement, avec leurs défauts sans doute, mais du moins en parfaite intelligence,
(1) Jean ne RENOU, Œuvres pharmaceutiques. Traduction Louis de Serres. Lyon, Nicolas Gay, 1637, in-folio de 762 pages, p. 3.
entretenant les meilleurs rapports également avec le corps des médecins et des chirurgiens, au grand bénéfice du public et conformément à la teneur des règlements.
Si un conflit survenait au sein de la corporation, il était bientôt apaisé, chacun témoignant de sa bonne volonté et de ses sentiments conciliateurs; les maîtres jurés intervenaient et les parties respectaient avec discipline la décision, prise en toute justice. Si, parfois, les maîtres apothicaires, arrachés à la paix de leurs cornues, affirmaient des instincts combatifs envers les parasites de leur profession, dont ils devaient se délivrer, leur geste était ferme, mais mesuré. Ils dépouillaient leurs colères et leurs rancunes, pour défendre avec sérénité les intérêts supérieurs de la corporation, et; par là, les intérêts les plus vitaux de la société elle-même. Cette haute tenue leur assurait le respect de leurs concitoyens, comme il est constaté par la lettre des règlements. Nombreux furent les apothicaires anoblis par les ducs au seizième et au dix-septième siècle, en récompense de leurs bons et loyaux services, comme on le verra plus loin. La considération dont jouissait à juste titre notre corporation lui avait, dans les cortèges, assuré le pas sur toutes les autres, les apothicaires figurant entre les médecins et les chirurgiens.
Nous possédons une curieuse affiche, réglant protocolairement la marche des corps constitués pour la procession de la Fête-Dieu, célébrée le matin du jeudi 24 juin 1666, à laquelle, en personne, assistait Son Altesse, revenue en ses États après un long exil. Feuillet jauni, vieux caractères, cet imprimé est pour nous un document suggestif et évocateur ; il le fut également pour un obscur collectionneur, dont les ciseaux odieux détachèrent, au bas de ce tableau, le sceau appliqué comme illustration et comme authenticité. Ainsi, aux lieux les plus sacrés, se débitent les reliques et se dis-
Marche de la Procelon ordonnée par SON ALTESSE.
Pour le iour de la Fefte Dieu 1666.
2 ANCN ADITE ALTESSE voulaët affitter fa Procellion du S, SacreMeNT DS L'AUTEL + fe fera lebdy matin vingtquartiéme du Mois de luin& defitane quelle fe fiffe auec Îe V6 plus de vencration & dé‘detorion que faire le pourta i ï Veur & ordonne que tous
les Corps generalement Ecélefialliques & Séculiers y aMiftenc & marchent deux à
deux en kimaniere que s'enfuir, © * :
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Deux Sergent de Preuof, ae 4: « Les Valets despauores, Le Licutenant dudir Predoft, # +5 Lès pauures de FHolpital 3. Les deux fonneurs auec leuts a Le À Ÿ
1 Les Corps des Meltiers commengeënt parceluy dés, Bouiliers, auec leuf Bannicre. 2 Les Menuliers, Tourneurs, Tonnclets, Caro, Charpenticts, Asdoifis, Recouuréür:, Paucurs ,& Maflons ,aucc leur Bañière, fe ide qu'vn corps LS Ni. auec léurs Bannières, Ët ts faidiatérs. 4. Les Magniers, Fondeurs, Seporicrés Mae à Taflandiers, Rte 18, & Coutelis 5, aucc leur Bannieres 2, * + s. ‘Les Marchands de beflsll, Boichett, ER ae es, acc feur Pain, 8, Les Huilliers & Chapdcliers ‘ 4 AE 7. Les Tifferants, #. Les Cordonniers, auec leur Bannictéz 9. Les Tanneurs, auec leur Bannicre à 10. Les Bonnctiers & Chapeliers, ÉTRS L STATS ii Les Fouibiffeurs, Efpront iersy &e Sie ; aueg Tu Binnicse. . Les Poriers d' Eflain. ï ss É 33. Les Drapiers, aûcc leur Banniere, 14. Les Tailleurs d'habir, Et les Chauffetiers, à acc leur Banniere. 18. Les Pelletiers & leur Banolère, ;!
16. Les Boulengers & Palliciers , sauge eu Pangfié Les Arquebulirs. ee ï. Les Orphevres, Peintres, Sculteurt} & les Marchands, duec leur Banaiere: 19, Les Maiftres d'Efcole , auec leur Baonitre, a Les Efcoliers de Clafles auec leurs Regents, 22. Les Confreres dy £. SACREMENT qui ne font d'aucun Corps 5 Male Di Corps marchetons les Médecins ; Appotetes fe Ve 23. Les Penicens, $ 24. Les Hermites, ë x Les Augoltins) 4 - 2 Les Dominiqgains Les Capusinf.
Tous Kfquelz le erouusronr en Ordic'a (eps héues à la PlaGS de là G = entendsont la Mefle en atrendant le S.Sacnamau Et SON AUsSR, 7. Les trois Curés &c leurs Prefttee* 8 Les Corps de la Chambre de Vill :
9. Les Conleillers Affefleurs au Ba iiabe & Lictretanc She é 10. Les Grayers Preuolt & Lieutenant General au Bailli ar, Les Auditeurs & Prefidens de la Chimbre des 12 Les Confcille: s & Prefidents de la 14. Les Bencdidtins, Entre les Enfenc qui enfencent le S. Sacs fe
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AFFICHE INDIQUANT LES RANG ET PRÉSÉANCE DES CORPORATIONS A LA PROCESSION DU 24 JUIN 1666
Collection de MM. Monal (om 34 de largeur sur om 42 de hauteur).
persent les souvenirs. Nous donnons de cette affiche une reproduction. En cette cérémonie, de rang en rang, les corporations devaient marcher, selon leur importance, chacune avec sa bannière, comme il suit :
En tête deux sergents de prévôt, le lieutenant, deux sonneurs avec leurs clochettes, les valets des pauvres, les pauvres de l’hôpital, puis :
1° Les bourreliers ;
2° Les menuisiers, tourneurs, tonneliers, charrons, charpentiers, ardoisiers, recouvreurs, paveurs et maçons ;
3° Les vitriers et les jardiniers ;
4° Les magniers(”), fondeurs, serruriers, maréchaux, taillandiers, cloutiers et couteliers;
s° Les marchands de bétail, bouchers et rôtisseurs ;
6° Les huiliers et les chandeliers ;
7° Les tisserands ;
8° Les cordonniers;
9° Les tanneurs;
10° Les bonnetiers et les chapeliers ;
11° Les fourbisseurs, éperonniers et selliers ;
12° Les potiers d’étain ;
13° Les drapiers;
14° Les tailleurs d’habits et les chaussetiers ;
r$%Lespelletiers;
16° Les boulangers et pâtissiers ;
17° Les arquebusiers ; e
18° Les orfèvres, peintres, sculpteurs et les marchands;
19° Les maitres d'école ;
20° Les écoliers de classe avec leurs régents ;
21° Les confrères du saint Sacrement, n’appartenant à aucun
corps ni maitrise, avec lesquels marchaient, sur le même pied, les médecins, les apothicaires et les chirurgiens.
Suivaient les pénitents, les ermites, les religieux, Augustins, Dominicains, Tiercelins, Capucins, Minimes, Corde-
(1) Chaudronniers.
liers, puis les trois curés et leurs prêtres, les corps de la Chambre de Ville, les conseillers assesseurs au bailliage, le lieutenant civil, les gruyers, prévôt et lieutenant général au bailliage, les auditeurs et président de la Chambre des Comptes, les conseillers et président de la Cour souveraine, les chanoines Réguliers Prémontrés, les Bénédictins, les chanoines de Saint-Georges, les chanoines de la Primatiale, enfin, entre la musique et les enfants de chœur, encensant le saint Sacrement, marchait le roi du saint Sacrement.
Cette affiche était placardée, chaque année, sur les murs de la ville (*).
Cette considération était acquise aux maitres apothicaires, non seulement par la dignité de leur vie, mais encore par leur zèle à exercer leur profession, et à atteindre, en leur art, la plus haute perfection.
Longtemps, les règlements régissant la corporation furent provisoires, et nous avons vu comment nos devanciers, épris de progrès et de supériorité, tinrent à honneur de faire introduire, à chaque étape de leur évolution, de nouvelles dispositions pour amender et améliorer ce qui se révélait, à la pratique, défectueux ou insuffisant.
Les examens, en particulier, semblaient requérir leur attention et leur vigilance. Ils sont de plus en plus sérieux et difficiles, ils se multiplient de 2 à 3, les chefs-d’œuvre de 1 à 5, les années d’apprentissage de 3 à $, avec un stage de deux années à l'étranger, mesure des plus heureuses, qui permettait au jeune apprenti, en élargissant son intelligence, de se tenir au courant des progrès réalisés, au dehors, en son art, science et profession. Nous, les modernes, nous
(1) Cité par Christian Prisrer dans Histoire de pare t. IL pere 175 (note).
avons suivi, avec persévérance, ces bonnes traditions: aucune de ces découvertes, dont peut, à bon droit, se glorifier notre époque, ne nous laisse indifférents, et nous tendons, vers les travaux les plus divers et les plus complexes de nos savants, notre attention et notre curiosité toujours en éveil. Par notre zèle et notre discipline, nous nous eHorçons de réaliser la devise du vrai pharmacien, formulée, au commencement du dix-neuvième siècle, par un de nos maîtres, Joseph Virey : « Science, ordre et exactitude (*). » Nous écoutons, prêts à les mettre en pratique aussitôt, les enseignements du professeur Paul Grélot, tombés avec la plus haute autorité de sa chaire de l'École Supérieure de Pharmacie de Nancy : « Nos efforts réunis doivent tendre vers ce but idéal, faire de la profession pharmaceutique une corporahon savante, forte et respectée (?). »
Connaissant les règlements, édictés successivement au cours du dix-septième siècle, il nous reste maintenant à apprendre, avec quelques détails, si possible, touchant leur vie, les noms de ceux qui embrassèrent à cette époque notre art et profession, maîtres apothicaires établis en notre ville, après leur admission à la maîtrise, maîtres jurés ayant reçu les honneurs, mais astreints également à des devoirs plus étendus, enfin, apprentis ayant étudié et pratiqué au fond des officines, pour se fixer à Nancy ou pour disparaître un jour sans laisser de traces, dispersés par la mort ou par un départ.
Du jour où fut ordonnée à peu près régulièrement la corporation, après les longs et pénibles tâtonnements du
(1) Joseph Vire, Traité de la Pharmacie théorique et pratique. Paris, 1819. (2) Paul GRÉLOT, op. cit., p. 303.
début, il put être tenu, avec exactitude, registre de ceux qui exerçaient ou allaient exercer la profession de maître apothicaire. En 161$, furent exclus, par décret, les occupants tenant boutique ouverte, sans avoir satisfait aux examens, chefs-d’œuvre et autres conditions, excepté, cependant, ceux établis antérieurement au mois d'octobre 1611, pour lesquels une pratique déjà longue créait le titre.
Parmi ces derniers, nous relevons les noms de Laurent de Villiers, apothicaire de Madame, Jean de Saulcourt, apothicaire de Son Altesse, Bergeron, Chabassel, Jean de Villiers, le père vraisemblablement de Laurent, Hercules Haultevelle et David Roual ().
Les apothicaires, ayant pourvu aux dispositions du nouveau règlement, furent reconnus et confirmés. Ils figurent au « cathologue » dressé sur le registre des maîtres apothicaires, dont nous avons usé pour écrire le premier chapitre de cette étude. Ils sont au nombre de douze, dont six attachés à la maison de Leurs Altesses ou à celle des princes du sang de Lorraine et fournissant néanmoins le public de drogues et médicaments, savoir :
Claude Breton, maître apothicaire à Monseigneur le cardinal Charles de Lorraine ;
Noble Claude Gaspard, maitre apothicaire à Monseigneur le duc François de Lorraine ;
Hanry Didier, maître apothicaire à Nancy ;
Esme Bouton, maitre apothicaire à feu Madame de Vaudémont, la douairière ;
David Rousselle, maître apothicaire à Nancy;
Nicolas Rousselle, maître apothicaire à Monseigneur le marquis
de Moy;
(1) Les archives de Saint-Julien citent plusieurs de ces apothicaires, fournisseurs avant 1624 dudit hôpital, les qualifiant « hommes de bien, pieux et amateurs des pauvres ». D' Paul PrccemeNT, L’Ancien hôpital Saint-Julien, dans la Revue Médicale de l'Est, t. XXXV, p. 236, 1903.
Jean Frehel, maitre apothicaire à Nancy ;
Pierre Voirin, maître apothicaire à Monseigneur le prince de Phalsbourg ;
Christophe Poirot, maitre apothicaire à Nancy ;
Noble Nicolas Lambert, maître apothicaire à Nancy;
Marc de Billault, maître apothicaire à Nancy;
Jean Pavé, maitre apothicaire aux Altesses de Mesdames D'ouairière et Régnante (*).
Nous avons voulu respecter le texte du document, sans en rien changer, mais nous pouvons le compléter en ce qui concerne Claude Gaspard, qui fut aussi, on le verra par ses mémoires, publiés au chapitre suivant, apothicaire de Son Altesse, et Marc de Billault, dont nous avons déjà rencontré le nom et qui fut également apothicaire de Son Altesse.
Le registre de Charles Badel, receveur de « l’insigne Église Monsieur Sainct-George », véritable Annuaire, où se peuvent relever les adresses des bourgeois de Nancy en 1628, nous indiquera où étaient situées plusieurs de ces officines. Hanry Didier tenait sa boutique devant Saint-Epvre, angle de la rue de la Boucherie ; Nicolas Rousselle, rue du Four- Sacré (*); Jean Frehel et Marc de Billault, rue de la Boudière (5); Jean de Villiers, rue du Chastel (+); Hercules Haultevelle, place Saint-Epvre, et David Roual (sc), rue du Petit-Bourget, aujourd’hui rue du Petit-Bourgeois (5).
La corporation paraissait assise sur des bases solides. Cependant il fallut encore sévir et réglementer, tant les
(1) Registre des maîtres apothicaires, p. 5-6.
(2) Au bas de la rue Saint-Michel actuelle.
(3) Partie méridionale de la Grande-Rue, proche la rue des Maréchaux.
(4) « Des remparts au sud de la Ville-Vieille, jusqu’à la place Saint-Ëvre, courait dans une direction à peu près parallèle à la rue de la Bouditre une autre voie longitudinale. Elle s’appelle dans les rôles 1551-1552 et 1571-1572 la rue du Chastel. » Christian PrISTER, op. cif., t. Il, p. 274.
(s) Archives M.-et-M., G 663, fol. 1 v°, 4 v°, 6 v°, II V°, 14, 27 v°.
. MAITRES APOTHICAIRES s
abus, un instant réprimés, se renouvelaient; tels, pour employer une comparaison empruntée de circonstance à la botanique, tels renaissent, en nos jardins, le pourpier, le chiendent ou la mercuriale aprés leur extirpation.
En conformité du nouveau régime, établi en 1623, se firent recevoir à la maîtrise sept apothicaires, savoir :
Jacques de Belleau, le 18 avril 1623;
Joseph Michel, le 25 avril 1623 ;
Claude Lepage, le 30 avril 1623 ;
Noble Jean Barot, le 3 mai 1623;
Jean Caillet, apothicaire à Son Altesse, le 10 maï 1623; François Haudevel, le 31 mai 1623;
Charles Rousselle, le 31 mai 1623 (°).
Ce fut, on le voit, une véritable promotion, et 1l fallait, pour être agréé, produire des titres de bon aloi, sans que nous recherchions si la faveur ne pouvait parfois grossir les mérites du candidat en vue et faire pencher enfin un plateau un peu léger. Rien ne nous permet, il nous plaît de le confesser, de produire une affirmation aussi téméraire : mais, au contraire, nous pouvons démontrer, par un exemple, combien ces examens étaient sérieux et équitables. Un nommé Jean Peltre subit ses épreuves le 4 juin 1624. Son électuaire solide ayant été jugé insuffisant par le corps des apothicaires, appelés à se prononcer sur le mérite ou le démérite du postulant, ce dernier se vit exclu et refusé et il dut aller s'établir à Saint-Nicolas-de-Port, où, sans doute, les nouveaux règlements n'étaient pas encore en vigueur. Cet échec est gravement et durement enregistré aux archives de la corporation. « Il n’a satisfait à rien », est-il écrit pour sa confusion (*).
(1) Registre des maîtres apothicaires, p. 6.
(2) Ibid. à
Ces épreuves, cependant, étaient peu chargées relativement. Elles furent bientôt renforcées. En 1624, sans que le nouveau régime ait été applicable, selon toute apparence, à Jean Peltre, il fallut, aux termes du règlement du 20 avril, non plus subir un seul examen et produire une seule préparation pour le chef-d'œuvre, mais bien, après justification de trois années d’apprentissage, soutenir deux examens Cherborisation et démonstration de drogues) et fournir cinq préparations. Le niveau des études pharmaceutiques se relevait considérablement, sans aucune transition, EU désormais, au regret sans doute de la médiocrité, il sera nécessaire de se condamner à un laborieux apprentissage, de concentrer son énergie et son intelligence sur des études longues et difficiles, pour être reçu à son tour à la maitrise. Par là fut opérée une sélection des plus heureuses, les nouveaux aspirants devant, pour aborder une profession aussi savante, faire appel à toutes les forces de leur volonté, à toutes les lumières de leur esprit.
Le premier candidat reçu sous le nouveau régime fut Nicolas Rouyer, à la date du 10 septembre 1626. Sans déprécier ses prédécesseurs, le nouveau maître dut acquérir, à ses propres yeux, une supériorité que ces derniers étaient trop justes et trop bienveillants pour lui contester.
Puis vinrent successivement, avec des distances témoignant tant du choix des candidats que de la bonne observation des règlements, en ce qui concerne la limitation du nombre des apothicaires à Nancy :
Philippe Graillot, reçu le $ novembre 1627;
Noble François Somme, reçu le 11 novembre 1628;
Charles Lalement, apothicaire à Monseigneur le Cardinal (*), reçu le 10 mai 1629;
(1) Le cardinal Nicolas-François de Lorraine.
Jean Gravelle, reçu le 15 juillet 1629;
René Thyriet, reçu le 6 octobre 1629;
De la Haye, reçu le 9 octobre 1629;
Noble George Gaston, reçu le 18 décembre 1631; Noble Nicolas des Richard, reçu le 19 février 1632; René Boilot, reçu le 11 janvier 1633;
Anthoine Lejeune, reçu le 26 novembre 1634; Claude Lambert, reçu le 17 août 1636;
Nicolas Jennois, reçu le 7 mars 1638 (*).
Sur ces entrefaites, en 1640, Ferry de Haraucourt, bailli de Nancy, édictait les nouveaux et importants règlements étudiés en détail au chapitre précédent. Les examens deviennent plus rigoureux encore, le temps de l’apprentissage se trouve prolongé et étendu à un stage de cinq années, dont deux passées à l'étranger. À ce régime furent soumis, dés 1639 :
Jean Sirejean, reçu le 27 février 1639 ;
Claude Harmant, reçu le 3 mars 1639.
Ensuite nous trouvons :
Claude Alba, reçu le 29 mars 1640; Gabriel du Houx, reçu le 22 septembre 1643; Noble Christophe Barot, reçu le 17 juin 1653.
Ce dernier, fils de noble Jean Barot, bénéficia, le premier, des dispenses et privilèges, réservés aux fils de maîtres, après un accord établi entre les docteurs en médecine et le corps de la pharmacie. Le postulant, interrogé d’abord sur ses connaissances en général, puis, à quelques jours de là, le matin sur les drogues et le soir sur les plantes, prépara, comme chef-d'œuvre, la seule confection Hamec major, à la satisfaction de ses examinateurs. Exempté des droits de
(1) Registre des maitres apothicaires, p. 6-7.
maîtrise, se montant pour les autres à so francs ("}, il versa simplement 16 francs barrois pour la confrérie (*). Après noble Christophe Barot se présentèrent :
François-Louis Urbain, reçu le 9 septembre 1653. Il devint apothicaire de Son Altesse ;
Louis Allary, reçu le 23 décembre 1654.
Fleurant Grillot, né à Toul, dont le nom suit, avait fait ses années d'apprentissage chez Claude Michel, maître apothicaire en cette ville. Ayant épousé la fille de noble Nicolas Lambert, susnommé, son associé pendant deux ans, le dit Grillot demanda l’autorisation de se porter comme aspirant à la maitrise de Nancv. Assemblés, à cet effet, au logis du sieur Sirejean, le 17 avril 1655, sous la présidence de noble Jean Barot, premier juré, le corps des apothicaires acquiesça à la sollicitation du postulant, eu égard à sa situation de gendre et associé de confrère, et quoique ayant pratiqué son apprentissage en une autre ville. Maître Claude Harmant fut désigné pour lui servir de conducteur. Fleurant Grillot fut reçu le 18 septembre 1656 (3).
Nicolas Guillemin, dernier de la liste, reçu le 1$ septembre 1664. Il prêta serment, en séance solennelle, entre les mains du sieur Urbain, susnommé, apothicaire de Son Altesse et premier juré, en présence de deux médecins et du corps entier des maîtres, ses confrères. Il était apothicaire de Monseigneur le duc Nicolas François de Lorraine (+).
Cependant, le duc Charles IV octroyait enfin, par lettres patentes du 4 mai 1665, les statuts qui, nous le savons, allaient régir définitivement la corporation des maîtres apothicaires. Sous ce régime, de nouvelles difficultés attendaient le postulant, de qui les connaissances les plus étendues étaient exigées, notamment celle du latin, nécessaire à la
(1) Le registre, à vrai dire, porte la mention de « quarrente » francs, en rectification du chiffre de 50 francs, inscrit primitivement. Voir, pour les tarifs, page 51.
(2) Registre des maîtres apothicaires, p. 10-11.
(3) Ibid., p. 32.
(4) Ibid., p. 7-8.
compréhension des ordonnances. Les épreuves devinrent plus sévères encore, un troisième examen fut imposé. On peut regarder comme des savants, au regard de cette époque, tant ils avaient appris et tant ils avaient déjà pratiqué, les maîtres apothicaires qui satisfrent à ces dures conditions, savoir :
François-Gabriel Collignon, reçu le 3 juin 1665 ;
Sébastien Mengin, dit Dardeville, reçu le 17 octobre 1665 ;
Barthelemy Fondreval, gendre de Claude Alba, susnommé, reçu le 7 avril 167$, avec les dispenses usitées et après versement de 25 francs pour la maitrise, de 8 francs pour la confrérie et de 25 francs pour le droit des statuts;
Anthoine Parterre, gendre de Jean Sirejean, susnommé, reçu le 9 juillet 1677, avec les dispenses et privilèges, à cause de sa parenté, ayant payé les droits de sceau et la moitié seulement des frais et prêté serment entre les mains du sieur Urbain, premier juré, et en présence de Perrin, médecin, et du corps entier des maîtres apothicaires ;
Jean Simonnaire, reçu le 10 novembre 1677, après avoir prêté serment entre les mains du sieur Claude Alba, premier juré, et acquitté les droits du sceau et des statuts;
Jean Harmant, fils de Claude Harmant, susnommé, reçu le 13 juillet 1678, avec les dispenses et privilèges, et après avoir prêté serment entre les mains du sieur Claude Alba, premier juré;
François Belleau, fils de Jacques de Belleau, reçu le 12 décembre 1678, conformément au règlement applicable aux fils de maîtres;
Jean Sirejean, fils de Jean Sirejean, susnommé, reçu le 17 août 1683, après avoir prêté serment devant le corps des maitres apothicaires, assemblés au logis du sieur Louis Allary, premier juré (*).
Le pénultième de cette longue liste, François Belleau, troubla un instant la paix de la corporation. Fils de maître, il se permit, au mépris des règlements, de tenir boutique ouverte, sans avoir passé les examens ni reçu la maîtrise. Enjoint par Fleurant Grillot, au nom des apothicaires, de
(1) Registre des maîtres apothicaires, p. 8-9, 67. .
LA VIE CORPORATIVE rec
fermer son officine, à moins de satisfaire aux conditions exigées, comme il est constaté en un acte du 9 janvier 1658, le contrevenant prétendit subtilement occuper les lieux au nom de sa mère, veuve de maître, conformément à son droit. Sur une objection que sa boutique était distincte, ayant été transférée hors du logis de cette dernière, il allégua des difficultés avec ses sœurs et beaux-frères. Le procèsverbal, relatant la sommation et la réponse, est signé par François Belleau, Fleurant Grillot, Jean Noirjean, huissier, témoin, et le sieur Chambre, tabellion général du duché de Lorraine. Pierre Villemin, manouvrier, appelé comme second témoin, mais ne sachant écrire, se borna à apposer sur la pièce sa marque ordinaire (*).
Un procès fut aussitôt engagé. Les maîtres apothicaires adressèrent, le 16 janvier, une requête à Jean-Baptiste Colbert, chevalier, seigneur de Saint-Pouanges (*?), Villarcerf (3) et autres lieux, conseiller ordinaire du Roï, intendant de justice, police et finances en Lorraine et Barrois, villes et évêchés de Metz, Toul et Verdun, etc. La procédure suivit son cours régulier : ordonnance, portant assignation aux parties de comparoir par-devant le sieur Serre, commissaire délégué à l'instruction du procès; rapport de ce dernier; déclaration du défendeur, en date du 28 janvier; réplique des demandeurs, avec production des chartes et règlements de la corporation.
Le 18 mars, fut rendu un arrêt, par lequel le sieur François Belleau était condamné à tenir sa boutique fermée, conformément à la requête des maîtres apothicaires, à moins de satisfaire aux conditions imposées par les chartes et règlements, et cela sous peine de subir une amende de
(1) Registre des maîtres apothicaires, p. 45. (2) Saint-Pouange, Aube, arr. Troyes, cant. Bouilly. (3) Villacerf, Aube, arr. et cant. Troyes.
100 francs. Le défendeur devait, en outre, payer les dépens, taxés à 12 francs, et les « espices » se montant à 6 francs. Cet arrêt portait les signatures de Colbert et de Serre. IL fut signifié, le 22 mars, à François Belleau par le sieur Chardot, sergent au bailliage de Nancy, parlant à la personne de sa femme, avec réitération au sieur Belleau lui-même (*).
Ce dernier dut payer et céder. Il mena depuis la vie bourgeoise, sembla de dépit abandonner la profession, puis, vingt ans après, se ravisant, il se fit recevoir à la maîtrise, en la séance du 12 décembre 1678. Les apothicaires, on le voit, étaient inflexibles sur la question des règlements, et cette rigidité de principes, à laquelle, on aime à le croire, toute animosité était étrangère, honore grandement notre corporation.
Tel est le tableau complet des maîtres apothicaires ayant exercé, à Nancy, leur art et profession, au cours du dixseptième siècle, dans les deux villes Vieille et Neuve. Ces noms ont disparu de nos façades, de nouvelles dynasties se sont créées. Les officines, où nos pères venaient à justes deniers acheter la santé, offraient, dans le cadre le plus pittoresque et le plus mystérieux, les remèdes salutaires pour la guérison des maladies, humeurs ou vapeurs assaillant notre pauvre humanité. Un vague effroi, comme devant le surnaturel, étreignait le valétudinaire, attendant, muet, la composition de son aporème ou la délivrance de ses frochisques. Nous avons tenu à reproduire, en illustration, un de ces intérieurs, un peu différents des nôtres : une gravure de Le Clerc où figure comme motif principal le maître apothicaire faisant, en présence de ses confrères, une leçon et démonstration à ses apprentis, un jeune valet exécutant une pesée et un autre activant ses fourneaux; à droite, par la
(1) Registre des maitres apothicaires, p. 45-46.