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LES MAITRES JURÉS

Sous le régime des. corporations, pour les apothicaires comme pour les orfèvres, les cordonniers, les menuisiers, les boulangers ou les taillandiers, les maîtres jurés avaient pour mission de convoquer aux réunions, de concilier les différends, de visiter les boutiques, en un mot de veiller à

da stricte observation des règlements et de pourvoir à la

bonne administration de la communauté, Les maîtres jurés de notre corporation furent reconnus et leur organisation se trouva définie par le décret du 31 juillet 1640. De fait, ils existaient auparavant, mais avec des pouvoirs un peu flottants. Ils figurent régulièrement à travers les actes de la corporation. Ainsi, en un instrument du 21 août 1634, les maîtres apothicaires Michel et Rousselle interviennent et signent en qualité de maîtres jurés (ï). À la séance du 10 juillet 1640, tenue pour la réglementation, à laquelle Ferry de Haraucourt allait attacher son nom, le procèsverbal mentionne, comme maître juré présent, François Sommes et porte, comme absent, Jean Barot, second juré (?).

Aux termes du décret du 31 juillet 1640, instituant le régime corporatif des apothicaires, les maîtres jurés devaient être élus au nombre de deux, à la pluralité des voix, et cela pour un an. Régulièrement, chaque année, le second

(x) Registre des maîtres apothicaires, p. 41. (2) lire, pen:

juré devenait premier juré, évinçant le précédent occupant et remplacé lui-même par un nouveau maître. Parfois, la durée de cette fonction devait se prolonger au delà du terme établi, comme, au contraire, être abrégée de quelques mois. La réunion se tenait généralement en septembre, après la fête de la corporation, et nul ne pouvait, à peine d’une amende de 3 francs, se soustraire à cette assernblée, où les intérêts de la corporation étaient débattus. Nous le disions, être juré constituait une charge, mais aussi un honneur, distinction éphémère, passant de confrère à confrère, comme à la paroisse le tour du pain bénit. Ce sage roulement évitait les intrigues et les jalousies. Chacun attendait avec calme le moment de reprendre un pouvoir qui, pour être ainsi partagé, n’en était pas moins ambitionné. Les hommes, souvent, aiment à attirer les regards, ne fût-ce que pour un instant, et même au prix de leur tranquillité.

En application du nouveau règlement, nous trouvons, en 1651, comme maîtres jurés, noble Nicolas Lambert et Claude Alba. Ces noms ont été relevés sur un acte du 18 avril 1651, établissant un accord entre les chirurgiens et les apothicaires, ceux-ci, au nombre de six, savoir : les deux jurés, Jean Sirejean, Claude Harmant, Gabriel du Houx et noble Jean Barot (*). =

À partir de 1653, seulement, les maîtres jurés seront portés sur le registre de la corporation, où figurera le procèsverbal de leur nomination, savoir, pour cette année, Jean Barot et, comme assesseur, Gabriel du Houx, avec Jean Sirejean et Claude Harmant, comme conseillers. Au bas de cette pièce signèrent : Nicolas Lambert, Jean Barot, Jean Sirejean, Claude Harmant, Claude Alba, Gabriel du Houx, Christophe Barot, et François-Louis Urbain. Les maîtres apothicaires

(1) Registre des maîtres apothicaires, p. 21.

sont donc au nombre de huit, ou plus exactement, de sept, les deux Barot, père et fils, tenant la même boutique (°).

En 1655, 9 septembre, nomination de Gabriel du Houx, comme premier juré, et de Jean Sirejean, comme deuxième juré, avec Claude Harmant et Claude Alba, comme conseillers. En outre, Jean Barot, dépossédé par ce roulement de sa primauté, recevait, en compensation, la maîtrise de la confrérie. On compte alors à Nancy huit apothicaires, Louis Allary ayant été reçu membre de la corporation (°).

En 1656, 11 septembre, nomination de Jean Sirejean, comme premier juré, et de Claude Harmant, comme second juré, avec Claude Alba et Christophe Barot, comme conseillers. On remarquera le glissement du premier conseiller, promu second juré, en participation au même mouvement, sans que toutefois ce fût une règle. La mort de Nicolas Lambert réduisait à sept le nombre des maîtres apothicaires (5).

En 1658, 8 octobre, nomination de Claude Harmant, comme premier juré, et de Christophe Barot, comme deuxième juré, avec Jean Barot et Jean Sirejean, comme conseillers (4).

En 16617, 9 septembre, nomination de Christophe Barot, comme premier juré, et de François-Louis Urbain, comme second juré (5).

En 1662, 9 septembre, nomination de François-Louis Urbain, comme premier juré, et de Louis Allary, comme second juré (°).

(1) Registre des maîtres apothicaires, p. 30. (2) Ibid.

(Gb De37.

(4) Iliad.

És) bd, p.538:

(6) Ibid.

En 1664, 18 septembre, nomination de Louis Allary, comme premier juré, et de Jean Barot, comme deuxième juré, avec François-Louis Urbain et Christophe Barot, comme conseillers (*).

En 166$, 4 février, remplacement de Jean Barot, décédé, par Jean Sirejean (?). | |

Les lettres patentes du 4 mai 166$ devaient apporter quelques modifications au régime des maîtres jurés et en faire une fonction moins ouverte, et par là, plus autorisée et plus honorifique. Pour accéder dorénavant à cette charge et dignité, il fallait avoir exercé et pratiqué, pendant dix années consécutives, l’art et profession de maître apothicaire. Il était sagement tenu compte de l’expérience acquise. On évitait ainsi de voir les anciens obéir et céder aux jeunes, quand ces derniers avaient été appelés, suivant leur tour, à la tête de la corporation. À la pratique, on dut reconnaître les inconvénients de cette situation, peut-être affirmés par de menus incidents, dont la connaissance ne nous est point parvenue. Ces statuts maintinrent, pour les apothicaires, l'obligation d'assister aux séances, où se nommaient les maîtres jurés et les conseillers, mais en réduisant l'amende de 3 francs à 6 gros. Ce rabais est un indice que ces réunions étaient suivies avec assiduité et la lecture du procès-verbal confirme encore cette impression.

En 166$, 10 septembre, nomination, suivant le nouveau régime, de Jean Sirejean, comme premier juré, et de Claude Harmant, comme second juré, avec Christophe Barot et François-Louis Urbain, comme conseillers (5).

En 1666, 9 septembre, nomination de Claude Harmant,

(1) Registre des maitres apothicaires, p. 38.

(2) Ibid., p. 39.

(3) Ibid.

comme premier juré, et de Claude Alba, comme second juré, avec Jean Sirejean et François-Louis Urbain, comme conseillers (*).

En 1667, 7 octobre, nomination de Claude Alba, comme premier juré, et de Fleurant Grillot, comme second juré, avec Barot et Allary, comme conseillers.

Le lendemain, 8 octobre, nouvelle réunion des huit apothicaires de Nancy, Alba, Grillot, les deux Barot, Mengin, Collignon, Guillemin et Harmant. Remise par ce dernier des papiers et titres de la corporation entre les mains de Claude Alba, élu la veille premier juré, comme il est attesté par les signatures au procès-verbal des maîtres apothicaires (?).

En 1668, 10 septembre, nomination de Fleurant Grillot, comme premier juré, et de Christophe Barot, comme second juré, avec Jean Sirejean et Claude Alba, comme conseillers. Les papiers passent de Claude Alba à Christophe Barot, les archives participant au même mouvement (:).

En 1669, 9 septembre, nomination de Christophe Barot, comme premier juré, et de Louis Allary, comme second juré, avec Claude Harmant et François-Louis Urbain, comme conseillers (+).

En 1670, 9 septembre, maintien du même bureau (5).

En 1674, 10 septembre, nomination de Louis Allary, comme premier juré, et de François-Gabriel Collignon, comme second juré, avec Barot et Alba, comme conseil-

1ersi():

(1) Registre des maitres apothicaires, p. 40. (2) Ibid.

(3) Ibid., p. 47.

(4) Ibid.

(5) Ibid.

(6) Ibid., p. 48.

En 1675, 9 septembre, nomination de François-Gabriel Collignon, comme premier juré, et de François-Louis Urbain, comme second juré, avec Allary et Barot, comme conseille):

En 1676, 9 septembre, nomination de François-Louis Urbain, comme premier juré, et de Claude Alba, comme second juré, avec Gabriel Collignon et Louis Allary, comme conseillers (?).

En 1677, 9 septembre, nomination de Claude Alba, comme premier juré, et de Claude Harmant, comme second juré, avec Louis Allary et Sébastien Mengin, dit Dardeville, comme conseillers (3).

Le 27 juin 1678, remplacement de Claude Harmant, décédé, par Sébastien Mengin, dit Dardeville, comme second juré, avec François-Louis Urbain, comme conseiller (+).

Le 9 septembre de la même année, nomination de Louis Allary, comme premier juré, et de François-Louis Urbain, comme second juré, avec Claude Alba et Barthélemy Fondreval, comme conseillers, ce dernier étant, en outre, élu maître de la confrérie. La place de premier juré revenait, de droit, à Dardeville. Mais nous soupçonnons que la corporation subit alors une crise et que la discorde régna, soudain, au camp des apothicaires. Dardeville manqua à la séance, dont il devait avoir les honneurs; il y eut apparemment une discussion entre ses partisans et ses adversaires, sinon même, comme en certaines assemblées, des pugilats échangés. Le procès-verbal porte, en effet, cette mention accusatrice : « Les maîtres, après toutes affaires vidées, sont

(1) Registre des maîtres apothicaires, p. 48. (2) Ibid.

(3) Ibid., p. 49.

(4) Ibid., p. so.

demeurés tous quittes les uns avec les autres et bons amis, tesmoing leur cinq ceseaux (sic). » Signèrent au procèsverbal : Allary, Urbain, Alba, Grillot, Parterre, Simonnaire, Harmant fils, Fondreval (*).

En 1679, 9 septembre, nomination de François-Louis Urbain, comme premier juré, et, cette fois, de Mengin Sébastien, dit Dardeville, comme second juré, avec Barthélemy Fondreval et Anthoine Parterre, comme conseillers (?).

En 1680, 9 octobre, nomination de Mengin Sébastien, dit Dardeville, comme premier juré, et de Louis Allary, comme second juré, avec les mêmes conseillers (5).

En 1683, 8 avril, nomination de Louis Allary, comme premier juré, et de Barthélemy Fondreval, comme second juré (#).

En 1684, 27 septembre, nomination de Barthélemy Fondreval, comme premier juré, et de Anthoine Parterre, comme second juré (5).

En 1686, 9 septembre, nomination de Anthoine Parterre, comme premier juré, et de Jean Simonnaire, comme second juré (°).

En 1688, 9 septembre, nomination de Jean Simonnaire, comme premier juré, et de Jean Harmant, comme second juré (7).

Ce même jour, le coffre des papiers de la corporation passe de Louis Allary, qui en était dépositaire, aux mains des maîtres jurés, qui assumèrent la garde de ces archives.

(x) Registre des maîtres apothicaires, p. 50.

(2) Ibid., p. 51.

(3) Ibid. - (4) Ibid., p. 52.

(5) Ibid.

(6) Ibid., p. 53.

(7) Ibid.

Nous pouvons présumer que ce meuble doit être identifié avec le coffre massif, cerclé de fer et muni de deux serrures, qui échut à notre père, avec les titres et registres de la corporation, et que nous offrimes un jour au Musée lorrain.

En 1691, 10 septembre, nomination de Jean Harmant, comme premier juré, et de Jean Sirejean, comme second juré (°). |

La prochaine réunion eut lieu le 7 septembre 1708 : elle est donc étrangère à notre étude. À la fin du dix-septième siècle, le nombre des maîtres apothicaires se trouve réduit à 6, savoir : Harmant, Sirejean, Allary, Fondreval, Parterre et Simonnaire (?). Nancy comptait alors 10.000 habitants environ (5).

On a pu remarquer avec quelle régularité fonctionnait cet organisme, dont les membres, obéissant sans réserve à la règle, exécutaient, chacun à son rang, la fonction qui lui était dévolue. La corporation des maîtres apothicaires pouvait donc, par son ordonnance sinon par son importance, prétendre à la primauté dont elle était honorée dans les cortèges.

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