‹ Les maîtres apothicaires de Nancy au dix-septième siècleChapitre 6 sur 67 · FE · texte numérisé non relu

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son gendre et son neveu, lequel, loin de jouer, comme son prédécesseur, un rôle des plus modestes, accusera bientôt une personnalité des plus inquiétantes, se jetant, avec sa fortune, à travers les plus graves événements. Né le $ avril 1604, le futur partenaire de Richelieu était le fils de François, comte de Vaudémont, et de Christine de Salm (). Après avoir épousé sa cousine Nicole de Lorraine, duchesse légitime, il régna d’abord conjointement avec elle, puis, abusant de la faiblesse et de la nonchalance de cette dernière, héritage du doux Henri II, il parla en maître et, avec la complicité de son père, duc intérimaire sous le nom de François If, accapara entièrement le pouvoir, dont il devait faire un si funeste usage. Nous le retrouverons tantôt sur le chemin de l'exil.

Son père, François de Vaudémont, frère du duc Henri IF, eut en outre trois autres enfants, un fils et deux filles :

1° Le cardinal Nicolas-François de Lorraine, qui remit son chapeau en 1634 pour épouser, comme nous l'avons vu plus haut, sa cousine Claude de Lorraine. Il fut par instants, comme le père, au début du règne, duc intérimaire, lorsque les imprudences de son frère obligeaient ce dernier à se dérober, sans tromper d’ailleurs le redoutable adversaire, auquel ce petit manège ne pouvait imposer. Comme négociateur auprès de Richelieu, il montra du courage et, parfois, une certaine habileté. À Nicolas-François il était réservé de perpétuer la race de Gérard d’Alsace, que le duc Charles IV laissait éteindre;

2° Henriette de Lorraine, née le 16 avril 1605 et mariée, le 23 mai 1621, à Louis de Guise, baron d’Ancerville, comte de Boulay, prince de Phalsbourg, fils naturel du cardinal de Lorraine, assassiné à Blois, et d’Aimerie de

(x) Christine était fille de Paul, comte de Salim, et de Marie Le Veneur.

Lescheraine, dame de Grimancourt. Caractère et tempérament de belle frondeuse ;

3° Marguerite de Lorraine, née en 1613, laquelle épousa secrètement, le 3 janvier 1632, Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII. Cette aventure devait précipiter les événements dont notre pays fut le théâtre.

En 1633, après le siège de Nancy, la Te de la Lorraine fut occupée par les Français et, non sans dignité, le duc Charles IV se retirait en Belgique avec sa petite armée. Ses États furent donc administrés au nom du Roi, représenté par un gouverneur. Cette situation devait durer, Richelieu ayant atteint le but depuis longtemps poursuivi. Les transactions, pour accommoder les intérêts, seront illusoires, tel le traité de Saint-Germain-en-Laye, sitôt signé, sitôt contesté.

Le traité de Montmartre, conclu le 6 février 1662, devait dans une certaine mesure apporter une solution à cette équivoque. Aux termes de cet instrument, le duc Charles IV cédait ses États à la couronne de France moyennant la reconnaissance du titre de prince royal qui lui conférait des droits éventuels, combien hypothétiques, à la couronne des Bourbons, et la jouissance viagère de ses duchés. Ce rêve, à défaut de la réalité, pouvait séduire un prince ambitieux, auquel le malheur avait laissé quelques illusions; mais ses sujets, dont il disposait à son gré, ne partageaient aucunement la même satisfaction. Ces loyaux Lorrains, ayant donné leur foi au prince légitime, entendaient lui rester fidèles, envers la fortune et envers lui-même. Inconscient de son acte, ou du moins de sa portée, Charles IV revint alors en cette Lorraine dont il reniait le passé et consacrait de sa signature les nouvelles destinées. Ce fut le 6 septembre 1663, date de sa seconde entrée en sa capitale. À ce moment, narre, en une brochure; M. Justin Favier, il son-

geait, comme intermède, à épouser Marianne Pajot, fille de l’apothicaire de M'° de Montpensier (*). Mais ce mariage fut empêché au dernier moment par le roi de France, qui opposa son autorité à cette irrévérence et qui « dans la proximité de cette funeste alliance — écrit un contemporain — apporta quelque ordre à ce désordre, faisant loger cette petite créature dedans un monastère ». Le vieux duc, déjà septuagénaire, résista à cet obstacle avec un entêtement sénile, qui se traduisit en épanchements plutôt acerbes. A la boutade du Roi, disant que, époux de Marianne Pajot, le duc devrait ajouter une seringue à ses armes, Charles IV répondit avec une tranquille audace : « J'y aurais mis trois fleurs de lys au bout, et cela eût parfaitement ressemblé au sceptre de Votre Majesté (*)! » Le front olympien du Roi-Soleil, dont la grandeur courbait le buste des courtisans et glaçait sur les lèvres la parole du favori, dut se froncer à cette impertinence: le corps des maîtres apothicaires, couvert du mépris royal, était vengé..

Il était écrit au livre du destin que la corporation devait être mêlée encore à la vie galante du bon duc. Ce dernier avait pour entremetteuse une matrone de notre ville, la femme du maître apothicaire La Haye, dont le nom se retrouvera ultérieurement. Que la corporation dont chacun des membres est sans tache jette à la nôtre la première pierre!

Charles IV devait résider dans ses États jusqu’en 1670. À cette époque, il est obligé, par ses imprudences, de les

(x) Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, la grande Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans et de Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, sa première femme.

(2) Justin Favier, Notes et Documents sur la vie privée de Charles IV, duc de Lorraine, tirés des papiers de son confesseur. Nancy, Voirin, 1895, p. 2 et 13:

quitter à nouveau pour ne plus les revoir et mourir en exil à Allenbach (Palatinat) le 18 septembre 1675, à l’âge de soixante et onze ans, après avoir régné effectivement de 1624

à 1633, et de 1664 à 1670. En 1673, Louis XIV vint en personne à Nancy et alors la Lorraine connut une nouvelle occupation pendant de longues années.

A Charles IV succède son neveu Charles V, fils de Nicolas-François et de Claude de Lorraine, dont le mariage, nous le disions, assura la perpétuité de la race de nos ducs. Le jeune prince régna nominalement, étant exilé de ses États. Il se fixa à Vienne, batailla contre les Turcs — les temps ont changé depuis et le mécréant est un allié — et mourut à Wels, près de Vienne, le 18 avril 1690, à l’âge de quarantehuit ans, laissant, pour succéder à ses droits au trône de Lorraine, son fils Léopold.

Le traité de Ryswick, en 1697, rendit à ce dernier le duché de Lorraine. Le duc fit son entrée à Nancy le 17 août 1698, entrée retardée par la mort de sa mère, Marie-Éléonore d'Autriche, survenue à Vienne le 17 décembre 1697. Il figurera sur les chartes, mandements et lettres patentes, avec le titre de Son Altesse Royale, titre reconnu par l'Empereur et confirmé enfin par Louis XIV, au grand scandale de Saint- Simon. Léopold mourut le 27 mars 1729, âgé de quaranteneuf ans.

Parmi les personnages secondaires, dont le nom se rencontrera, citons encore le cardinal Charles de Lorraine, évêque de Metz et de Strasbourg, frère puîné du duc Henri I, et Henri de Lorraine, marquis de Moy, comte de Chaligny, appartenant à une branche cadette de la maison ducale (*).

(1) Christian Prister, Histoire de Nancy. Paris, Berger-Levrault, 1902, 1908, 1909, t. Il, p. 523-537; t. III, p. 1-191 et suiv.

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