‹ Les maitres chanteurs de NurembergChapitre 18 sur 20 · A PROPOS DE LA PREMIÈRE A MUNICH · texte numérisé non relu

A PROPOS DE LA PREMIÈRE A MUNICH

Dans un opuscule trop peu connu : Sur le comé^ dien et le chanteur (Ueber Schauspieler und Sànger), qui se trouve au tome IX de ses Gesamnielten Schriftent Wagner rappelle en quelques mots sesimpressions de la première représentation à Munich :

Jamais je n'ai eu avec un personnel d'opéra, commerceplus intimement satisfaisant qu'à l'occasion de la pre-mière exécution des Maîtres Chanteurs à Munich. A la fin de? la répétition générale, j'éprouvai le besoin d'exprimer àchacun des collaborateurs, depuis le premier des maîtres jusqu'au dernier des écoliers, mon sentiment d'incompa^ rable joie de ce que, renonçant si rapidement à toute tradition de l'opéra, ils s'étaient fait, avec le zèle le plus dévoué et la plus absolue abnégation, une manière de jouer dont la justesse était sans doute conforme à leur sentiment person-^ nel, mais dont ils avaient dû acquérir la pleine conscience pour qu'elle se manifestât avec autant de bonne volonté. En les quittant, je fus en mesure de leur réitérer ma conviction^ de nouveau confirmée, que si le théâtre avait été véritablement corrompu par l'opéra, c'était par l'opéra seul qu'il pouvait être ramené à son ancienne élévation. Cette audacieuse confiance, l'exécution de mes Maîtres Chanteurs me l'avaient rendue.

... Si d'un côté, un spirituel ami a pu assurer que mort style orchestral lui paraissait une fugue ininterrompue devenue opéra, d'autre part, mes chanteurs et choristes savent parfaitement qu'en se rendant maîtres de la tâche musicale si difficile qui leur incombait, ils avaient appris la véritable façon de dire le dialogue continu, si bien que finalement cela leur semblait aussi aisé que le langage usuel.

"Eux qui croyaient lorsqu'il s'agissait de chanter l'opéra., devoir tomber immédiatement dans les crampes d'un faux pathos, tous ils se sentaient maintenant incités à mener le dialogue rapidement, avec vivacité et naturel, et, de ce point seulement, à hausser insensiblement l'expression pour s'élever au pathos de l'émotion. A leur grand étonnement, ils arrivaient ainsi à des effets qu'auparavant leurs plus violents efforts ne parvenaient pas à leur faire obtenir.

Ajoutons à cette intéressante observation les notes suivantes que Wagner consacre aux Maîtres Chanteurs dans un de ses derniers écrits : Voulonsnous espérer ? ( Wollen wir hoffen r), inséré au tome X des Gesammelten Schriften.

En m'occupant de la composition et de la représentation des Maîtres Chanteurs^ que je désirais d'abord faire jouer A Nuremberg même, je fus guidé par l'idée de présenter au public allemand l'image de sa véritable nature jusqu'alors défigurée plus ou moins à la scène. J'espérais qu'en retour j'obtiendrais de la partie la plus élevée et la plus sérieuse de la bourgeoisie allemande, une reconnaissance sincère et cordiale. L'excellente première représentation au théâtre Toyal de Munich reçut l'accueil le plus chaleureux; mais, chose étrange, parmi les assistants, ce furent quelques Français venus à Munich qui se montrèrent le plus vivejnent frappés de cette essence nationale de mon œuvre et qui la saluèrent de leurs applaudissements. Au contraire, Tien ne trahit une impression semblable à l'observateur de Ja partie munichoise du public. L'événement prouva que les espérances mises par moi en Nuremberg étaient tout à fait illusoires. Le directeur du théâtre de cette ville s'adressa l>ien à moi pour acquérir V opéra nouveau ; ayant appris en même temps qu'il était question d'élever là-bas un monument à Hans Sachs, je n'imposai d'autres conditions au directeur, en fait d'honoraires, que de verser la recette de la

première représentation comme contribution aux frais de l'érection de ce monument. A cette proposition le directeur ne ût pas la moindre réponse. C'est alors que mon œuvre se mit en route par les voies ordinaires vers d'autres théâtres ; elle était difficile à exécuter, ne réussit que rarement, fut rangée dans la catégorie opéra, sifflée par les juifs et livrée à son sort par le public allemand, comme une curiosité bonne tout au plus pour être accueillie avec des hochements de tête. — Ce serait une chose instructive et certainement caractéristique pour notre situation artistique, si je racontais les déboires qu'à mon grand étonnement je dus •subir à propos des Maîtres Chanteurs de la part de nos deux plus grands théâtres, celui de Berlin et celui de Vienne. Dans mes négociations avec les directeurs de ces théâtres -de Cour, il me fallut un certain temps avant de reconnaître, dans les artifices dont ils usaient à mon égard, qu'au fond leur désir était non seulement de ne pas donner mon ouvrage, mais d'empêcher qu'il ne fût donné sur d'autres •scènes : l'apparition d'une nouvelle œuvre de moi provoquait manifestement une véritable terreur. Ce n'est qu'après avoir, par égard pour mon éditeur, renoncé aux exigences qui devaient m'assurer une exécution vraiment correcte, qu'il me fut possible d'obtenir une exécution de mes Maîtres Chanteurs, par exemple sur le théâtre de Dresde.

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