‹ Les maitres chanteurs de NurembergChapitre 6 sur 20 · TL · texte numérisé non relu

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Citons enfin VA bendton {chant du soir) de maître Nachtigall, d'un très joli caractère chantant et qui se rapproche de la chanson populaire :

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Abgesang.

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Ces iTLonodies, si voisines encore de la psalmodie, sans ligne mélodique articulée, sans mesure et sans rythme, n'offrent qu'une médiocre substance musicale; on ne peut autrement s'étonner que Wagner n'ait pas trouvé à en tirer parti. Le seul élément mélodique qu'elles renferment, ce sont, en somme, les fioritures, et c'est justement cet élément que Wagner n'a pas manqué de retenir. D'un bout à l'autre de sa partition, on en retrouve partout, tantôt dans les voix, tantôt à l'orchestre, employées avec un à-propos merveilleux. Les ornements fleuris, les dessins se prolongeant sur une même syllabe, les cadences mélodiques les plus empanachées y sont véritablement prodiguées ; et ce qui est incomparable, c'est l'habileté

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avec laquelle le maître sait à l'occasion tirer des développements thématiques importants de ces simples broderies.

La page la plus surprenante à ce point de vue, c'est certainement le finale du deuxième acte, bâti tout entier sur les étranges arabesques dont s'orne le chant de Beckmesser. Dans ce prodigieux ensemble choral et instrumental, traité en manière defugatOj les dessins contrapontiques qui s'opposent et se combinent sont tous empruntés aux fioritures de la sérénade du greffier. C'est un enchevêtrement étrange et bizarre de voix, plein d'une ironie et d'un humour irrésistibles. Je ne sais pas ce qui, dans toute la musique, pourrait être comparé à cette page magistrale, pour l'intensité de l'effet comique, si ce n'est peut-être la savoureuse partition du Défi de Phœbus et de Pan ou la Cantate en l'honneur du Café de Jean-Sébastien Bach. C'est le même genre d'esprit parodique, et ce sont les mêmes procédés. Wagner, connut-il ces curieux spécimens de la verve satirique du vieux Kantor de Leipzig? Je l'ignore. Il est tout au moins curieux de noter la parenté du sens comique musical des deux maîtres; le rire de Wagner dans les Maîtres Chanteurs, c'est le rire de J.-S. Bach, dans ses cantates dramatiques bouffes.

Ne croyez pas que Wagner, en faisant chanter à Beckmesser des broderies si extravagantes, ait exagéré, qu'il ait poussé à la charge. Il n'en est rien ; il n'est pas allé un seul instant au delà de l'absolue vérité et je n'en veux pour preuve que les deux exemples suivants que je cueille au hasard dans

des partitions non pas de simples Maîtres chanteurs cette fois, mais de compositeurs en renom qui ont leur place dans l'histoire de la musique en Allemagne. Le premier est un fragment d'une cantate pour voix et instruments composée en l'honneur de la ville de Kœnigsberg par Henri Albert (i538) :

Ist es uns-rer Sai - tenWerk je

H^ J^ J- jiJ'Y^ f I p r^3^~^ '^i f '

einmal so wohl ge-lungen dass wir dir,o Kônigsberg, etwas

Gu .. tes vor- ge - sun -

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L'ornement final n'est-il pas vraiment d'un comique achevé ?

Le second exemple est un fragment d'une cantate dramatique, Z)za;z^ amoureuse, àe Reinhard Keyser, un maître estimé qui vécut au XVIP siècle. Voici, choisi entre beaucoup d'autres, l'un des traits qu'il impose à la voix de sa cantatrice :

- zen.

Wagner n'a certainement pas connu cet invrai-

semblable modèle de rancien st3de vocal allemand. La cantate de Reinhard Keyser, d'où il est tiré, n'est pas imprimée et elle a été publiée pour la première fois en 1884, dans les Monatskefte fur Mtisikgeschichte. Il aurait pu, il est vrai, rencontrer ailleurs des traits analogues au cours de ses recherches, car Reinhard Keyser n'est certainement pas le seul maître de ce temps qui ait écrit de ce style.

Quoi qu'il en soit, que les vocalises de Beckmesser aient été inventées par Wagner ou qu'il les ait puisées dans quelque vieil auteur, il m'a paru utile d'appeler l'attention sur ce curieux détail, ne fiit-ce que pour éviter aux Bellaigue et aux Pougin de l'avenir la peine de lui reprocher des lourdeurs et des exagérations caricaturales qui offensent leur délicatesse de goût, mais dont il ne s'est pas rendu coupable.

Remarquons enfin l'emploi très caractéristique que Wagner fait du choral, cette forme essentielle de riiymnodie de Téglise réformée. Toute la partition des Maîtres Chanteurs est comme imprégnée de la substance musicale de ces chants larges, solennels et profonds.

Le choral protestant est destiné, on le sait, à être chanté par la communauté des fidèles. Les thèmes mélodiques sont, par conséquent, très simples. Ils sont généralement^ empruntés à des airs populaires, quelques-uns même aux hymnes et aux chants liturgiques de l'église catholique. Chaque verset, correspondant à une période mélodique distincte, est marqué par im long arrêt. Primitivement conçu comme chant monodique, le

choral, déjà du temps de Luther, commença à être traité à plusieurs parties vocales ou instrumentales (orgue) par les maîtres polyphonistes du XVP siècle. Au xviiP siècle, avec J. -Sébastien Bach, il atteint l'apogée de son développement et reçoit la forme définitive qu'il a conservée jusqu'aujourd'hui.

Rien ne peut donner une idée de la majesté de ces chants religieux au rythme grave et lent, à l'ample ligne mélodique, quand ils résonnent sous la voûte du temple, entonnés par la masse des croyants soutenus par les puissants accords de l'orgue. C'est une saisissante, une inoubliable impression. Plus d'une fois, bien certainement, aux jours sombres de désespérance et d'angoisse à Paris, l'àme profondément religieuse de Wagner dut se reporter avec attendrissement vers ces cantiques émouvants, entendus autrefois à Leipzig ou à Dresde, et dans l'atmosphère desquels son enfance avait été élevée. Les souvenirs ne nous charment et ne nous saisissent jamais d'une étreinte plus caressante qu'aux heures de doute et d'accablement, loin du pays natal.

Tout naturellement, nécessairement en quelque sorte, au moment où il reprit l'idée des Maîtres Chanteurs, l'écho lointain de ces beaux chants dut bourdonner dans sa mémoire et se préciser à mesure que le poème se développait. L'histoire des Maîtres chanteurs est d'ailleurs intimement liée, tout au moins à Nuremberg, à celle de la Réformation. J'ai dit le rôle capital joué par Hans Sachs dans ce mouvement; grâce en partie à lui, dans aucune autre ville de l'Allemagne du Sud, Luther ne rencontra autant d'adhérents et d'aussi

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