Scène II
Walther apparaît à la porte de la chambre, et Sachs lui adresse un bonjour cordial. «Comment avez-vous dormi?» lui demande-t-il ensuite. «J'ai fait un rêve merveilleux», répond Walther. «Heureux présage, conclut Sachs, contez-le moi». Walther hésite, d'autant qu'il ne veut plus entendre parler des règles des Maîtres-Chanteurs. Sachs ne songe certes pas à imposer ces règles, d'ailleurs trop nombreuses, au jeune poète; il se contente de lui exposer avec noblesse et chaleur le sens du chant du Maître, lui fait comprendre que seules les facultés ne suffisent pas, et que la culture artistique possède aussi sa haute valeur. Walther commence : la douce vision d'Eva lui inspire une admirable mélodie dont la phrase vibre, plane, et prend son essor vers l'azur. Sachs recueille sur une feuille de papier ces rimes chantantes. Voilà la première strophe achevée. Pour la seconde, le cordonnier-poète donne au chevalier quelques conseils ; la seconde s'achève aussi heureusement que la première, et aussi la troi-
sième. Sachs a trouvé la mélodie de son goût, et pour en conserver la forme intacte, il la fait redire encore une fois entièrement par Walther. Car il a son plan : ce chant ardent et sage à la fois, ce sera le chant de concours qui, devant le peuple assemblé tout à l'heure, fera remporter au jeune poète la main d'Eva qu'il aime. «Venez, dit Sachs, c'est le jour de tout oser.» Et ils entrent dans la chambre pour revêtir leurs beaux habits de fête. Le cordonnier a laissé sur son étabU la feuille de papier sur laquelle il a copié la poésie du chevalier.