‹ Les Maîtres-Chanteurs de Richard WagnerChapitre 20 sur 33 · Scène III · texte numérisé non relu

Scène III

A peine Sachs et Walther sont-ils sortis que Beckmesser, richementvêtu, entre dans l'échoppe du cordonnier, sous prétexte de faire arranger quelque chose à sa chaussure qui le gêne; c'est en boitant qu'il s'avance, et en se frottant l'échiné encore endolorie de la rossée de la veille. Il s'assied sur l'escabeau, réfléchit un moment, se relève, marche dans l'atelier toujours clopinclopant. Tout à coup ses yeux tombent sur le

papier placé sur l'établi. Qu'est-ce ceci? II le prend avec curiosité, le parcourt dans une agitation croissante et finalement sa rage éclate. «Ah ! ce savetier, cet hypocrite savetier, il veut concourir ce soir, quoi qu'il ait dit, il veut lui ravir Eva. » Il n'en faut plus douter, les vers sont là, l'encre est encore fraîche. Ces vers sont

le texte de son chant de concours Une

porte s'ouvre; d'un geste rapide, Bsckmesser met le papier dans sa poche, et Sachs reparaît en habits de fête. Le greffier, étouffant de rage, se répand en invectives contre le cordonnier, qu'il croit son rival, et lui reproche d'avoir été la cause de sa mésaventure nocturne. « Mais, répond Sachs, je travaillais à vos souliers, il fallait bien qu'ils fussent prêts pour la fête.» — «Et vous allez concourir?» dit le greffier. — Moi? concourir? vous vous trompez. j> Beckmesser sort alors le papier de sa poche : « Et ces vers? ils sont bien de votre main? Vous ne pouvez plus me cacher votre projet. — « Ces vers, je vous les donne», conclut tranquillement Sachs. Quelle joie! quelle aubaine! des vers de Sachs, pour lui, Beckmesser; c'est le succès certain. Et le stupide greffier s'en va pour pré-

parer sa musique, mais pas avant d'avoir fait promettre à Sachs qu'il ne révélerait pas le nom de l'auteur de la poésie.

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