‹ Les Maîtres-Chanteurs de Richard WagnerChapitre 29 sur 33 · DEUXIÈME ACTE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ACTE

Sur d'étincelants trilles des flûtes, des hautbois et des clarinettes que soutiennent les tenues des cors, les cordes esquissent de rapides traits ascendants, et, dans un rythme très alerte et très gai, redisent le motif de la Saint- Jean.

* Partition : page 143 et suivantes.

- Partition : page ibo.

^ Partition : page i5i.

Le rideau s'ouvre, et, sur ce même thème servant d'accompagnement, les apprentis chantent en fermant les volets des maisons :

Vivace ma non troppo.

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David, à part, redit la ronde d^ la couronne; mais voici Magdalène venant savoir si Walther a été reçu Maître-Chanteur. Ici le motif de Magdalène a subi une légère déformation, et par sa nouvelle allure, témoigne de l'agitation de la nourrice:'

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*■ Partition: pige i36.

C'est sur le thème exprimant la ferme volonté ^ d'Éva d'épouser Walther ' que David apprend à Magdalène la fatale nouvelle. Il reparaîtra de nouveau, ce thème, quand la jeune fille regardera à travers les volets de Sachs pour savoir si la lumière brille encore chez le cordonnier; mais, cette fois, le motif du cordonnier lui servira d'accompagnement", ce qui veut dire que la blonde Éva ne pourra arriver à ses fins sans le secours du bon Sachs.

Magdalène s'en va en faisant de grands gestes de désolation, et les apprentis se moquent de David qui s'apprête à répliquer de la bonne façon, lorsque Sachs paraît au détour de la rue. En un clin d'œil tous se sont esquivés; et pour le punir d'avoir voulu se battre, Sachs refuse à David sa leçon quotidienne. Nous retrouvons là les motifs de David écolier que nous avons déjà entendus dans son récit du premier acte : ^

1 Voir page : 99.

2 Partition : page 162.

■' Partition: pages 3;, 161.

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Les quatre dernières mesures de ce fragment constituent en quelque sorte le tnotij professoral de Sachs; son élève David en fait usage, ainsi que nous venons de le dire, dans la scène où il initie Walther au dur apprentissage de la maîtrise, et précisément sur ces paroles: «De Nuremberg, un Maître illustre, mon professeur Hans Sachs, depuis un an met tout son zèle à m'inculquer son art. » On retrouve ces quatre mesures plus loin, dans la chanson que Sachs entonne de toutes ses forces pour empêcher Beckmesser de roucouler sa piteuse sérénade ;

et aussi à la fin du prélude du troisième acte, mais alors dans un rythme très lent où les douces sonorités des seules cordes enlèvent à ce motif toute sa sécheresse scolastique.

La scène qui suit, entre Pogner et sa fille Éva, est d'une douce intimité; nous y retrouvons les dessins d'accompagnement entendus au premier acte, quand Sachs demande aux Maîtres que le peuple soit juge avec eux dans le concours de la Saint-Jean ! ' Pogner voudrait bien entrer chez Sachs pour l'entretenir des événements du matin, car le cordonnier n'a pas approuvé son projet de donner Eva au vainqueur du concours. Mais il hésite, et ses réflexions sont accompagnées par une jolie phrase confiée à la clarinette, et soutenue par des harmonies, familières à Richard Wagner, dont on pourrait trouver de nombreux exemples dans Tristan et dans Parsifal:

* Partition : pages 8i et 162.

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Nous sera-t-il permis de noter en passant l'emploi parfois abusif que Richard Wagner a fait de cette vieille formule italienne, nommée grttppettol Dans cette phrase de sept mesures, on ne la rencontre pas moins de trois fois. Mais c'est dans le Tannhâuser qu'on la trouve le plus, à telles enseignes qu'on a pu appeler le deuxième acte l'acte des griippetti. En revanche, nous citerons deux oages de Wagner où l'usage

de cette formule produit un efifet extraordinaire: nous voulons parler de la fin du duo de Tristan et de la Transfiguration d'Isolde, construite en partie sur le même thème. Là, \e griippetto passe d'une mesure à l'autre au milieu de modulations successives aussi belles que hardies; quand il n'est pas à la voix, il est à l'orchestre ; mais l'habileté géniale, — disons le mot, il n'est point excessif en la circonstance, — avec laquelle le compositeur l'a employé, fait qu'il suffit à donner à ces deux mémorables pages une suavité et une légèreté incomparables.

On remarquera que la cinquième mesure de la phrase citée au dessus semble une esquisse du motif de la question que nous rencontrerons tout à l'heure. C'est qu'à ce moment précis, Pogner interroge Éva: «Et toi, ma fille, ne distu rien?» lui demande-t-il. Tous deux s'assoient sur le banc de pierre qui se trouve sous le tilleul, pour causer de la fête du lendemain, et aussitôt nous entendons le motif patronal de Nuremberg, suite d'accords martelés sur un rythme de marche pompeuse:

marcain

ii^iiiipiiigil

staccato

Ce motif aboutit par d'exquises modulations * au thème de l'amour naissant qui a apparu dès le début du premier acte, et qui deviendra par la suite le motif de W al ther chanteur ; car, au troisième acte, le chevalier le placera fort à propos dans son chant de concours.

Après un rapide dialogue entre Éva et sa nourrice, où nous percevons de nouveau le motif de Magdalcnc sous la forme inquiète que nous avons signalée plus haut -, nous arrivons à l'une des scènes capitales des Maîtres- Chanteurs où l'art de Richard Wagner semble vraiment tenir de la magie. Sachs est assis devant son établi ; par la porte ouverte, les parfums du sureau qui ombrage sa maison ont

* Partition : page i65.

- Voir page i23.

pénétré dans son échoppe et alanguissent son âme. Il voudrait travailler pourtant, et nous entendons le motif professionnel du cordonnier , scandé à la basse par les seconds violons et les altos :

p (loi ce

Mais il a beau vouloir se mettre à la tâche, le chant de Walther, qui fut une révélation pour lui, l'obsède et le rend impuissant au travail. Des images sonores l'assaillent de toutes parts. Ecoutez cette phrase que soupire la clarinette :

Molto moderato

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et cette autre que les cors dessinent par des tierces ascendantes et descendantes : '

PP (lolciisimo

■éztzi^:

Vous les reconnaissez ces deux phrases?

elles font partie, toutes deux, du chant de Walther qui a tant choqué les maîtres, à l'exception de Sachs qui y a deviné un monde nouveau pour l'art. Et c'est à ce monde nouveau que rêve le bon cordonnier au lieu de travailler aux souliers de Beckmesser. Ce chant, Sachs voudrait le retrouver ; mais désespérant d'y arriver, il se remet à l'ouvrage avec une sorte de rage pour étourdir son rêve, martèle la semelle sur le motif du cordonnier qui reparaît alors en valeurs augmentées et sur un rythme plus opiniâtre. Peine perdue ! les harmo-

' Partition : page 170.

nies pénétrantes dominent le bruit du marteau, Tâme de Sachs s'alanguit de plus en plus comme aussi l'orchestre, et le vieux maître s'abandonne à l'invincible charme de la nouvelle mélodie:

PJf dolce

elle s'étend, resplendissante, chantée tantôt par les cordes, tantôt par les bois ; le monologue de Sachs en est enveloppé, et le bon cordonnier finit par la chanter à son tour, mais dans un rythme très retenu, et soutenue par de larges harmonies que termine un arpège des harpes * :

* Partition : pages i-j'o et 174.

Molto soslenulo

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Sur les thèmes qui ont accompagné le premier chant de Walther, — celui où le jeune chevalier a célébré la forêt, l'oiseau, la nature, — Sachs achève sa méditation par une phrase «large

comme un choral, douce comme un lied, d'un charme extraordinaire et simple, si exquise, si naïve, si complètement allemande, dit M. Wilsing, qu'elle semble émanée du cœur même du peuple. ' »

Sachs s'est remis à l'ouvrage ; dans le murmure des cordes, on perçoit le dessin mélodique qui accompagnait les questions posées à Walther par Kothner, quand un gracieux motif monte de l'orchestre : c'est le motif cT Éva :

Moderato

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' Heinrich Wilsing : Die Mcistersinger von Nûrnbcrg, chez Schott, à Mayencc; cité par M. Edmond Barthélémy dans l'étude qu'il a publiée sur les Maîtres-Chanteurs, en collaboration avec M. Louis Pilate de Brinn' Gaubasi. (Dentu).

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Eva vient de paraître: elle s'assied sur le banc qui se trouve à la porte de l'échoppe de Sachs, et c'est en rusant qu'elle interroge le cordonnier pour savoir si Walther a été admis au concours des Maîtres; cette conversation est d'une exquise intimité, et la symphonie qui l'accompagne adorablement discrète ' :

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* Partition, page 17C.

l36 LES MAÎTRES-CHANTEURS

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On a appelé ce motif le motif de la question, et nous avons noté plus haut ' l'analogie qu'il y avait entre ce dessin mélodique et celui que l'on entend au premier acte lorsque Kothner interroge Walther avant l'épreuve du concours. N'oubliez pas que la jeune Eva veut précisément savoir comment Walthèr a subi cette épreuve, et vous ne serez pas étonnés de retrouver dans les deux dessins des progressions chromatiques très ressemblantes et une pâte orchestrale presque pareille.

Mais Sachs ne se laisse pas prendre au piège de cette fine mouche d'Eva, et le motif de la question accuse à chaque mesure, par de multiples transformations, l'état d'âme des deux personnages". M. Wilsing a très clairement

^ Voir page iio.

* Partition, de la page 177 à la page 184.

étudié ce curieux motif: «Le bref dessin de notes ascendantes, aux formes interrogatives, est tout de suite rejoint, en guise d'ambiguë réponse, par une sorte de contre-dessin ironiquement évasif. Coup sur coup, cette combinaison se produit; un nouveau dessin suit, plus long, étiré, auquel les triolets de la dernière mesure, railleurs et comme s'échappant, donnent l'intonation de l'ironie.»

Les réponses de Sachs, qui s'amuse à taquiner la jeune fille, sont loin de satisfaire la curiosité d'Éva; elle devient inquiète, et nous entendons le thème de l'embarras d'Éva, qui a déjà paru au premier acte :

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L'inquiélude d'Éva grandit; car Sachs continue à jouer celui qui n'a rien deviné du secret

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désir de la jeune fille, et, comme une chose toute naturelle, il confesse l'échec du chevalier. Là, nous entendons le motif de la question, décomposé dans un nouveau rythme ' ;

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poco cresc.

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A la troisième mesure de ce fragment, nous retrouvons une formule chère à Wagner, deux

' Partition, page 187.

LA PARTITION iSg

croches suivies d'un triolet qui conviennent à merveille pour donner à la phrase musicale une grande force expressive. La page la plus connue de Wagner oii cette formule produit un effet saisissant est celle qui, dans Tristan, termine la Transfiguration d'Isolde, dont nous avons parlé plus haut à propos du grupetto.

Revenons à notre sujet : Sachs, feignant toujours l'ignorance, non seulement annonce l'échec du chevalier, mais affecte même de s'en réjouir; il en parle comme un simple Beckmesser, et d'ailleurs nous entendons à l'orchestre les harmonies aigres et criardes qui caractérisent le greffier ; bref, il fait tant et si bien qu'Eva le quitte fort en colère. «J'avais vu clair! s dit Sachs en regardant s'éloigner la jeune fille, et, sur ces paroles, le motif de V embarras d'Eva reparaît', donnant naissance à une phrase admirable, mélancolique, touchante et noble à la fois. Car Sachs est sûr à présent de ce qu'il avait soupçonné: Éva aime le chevalier; s'il a osé penser un instant que la jeune fille, qu'il a vue grandir et qu'il s'est habitué à chérir, pût deve-

* Partition, page 191.

nir sa femme, comme le lui a dit Éva dans leur conversation, il doit chasser cet espoir de son vieux cœur. C'est là que commence le renoncement de Sachs, exprimé musicalement par la belle phrase dont nous venons ce parler.

Éva, furieuse contre Sachs, rencontre Magdalène, qui lui apprend que Beckmesser doit venir chanter une sérénade sous sa fenêtre. Le motif de Beckmesser, passant à Magdalène, devient pimpant, joyeux, presque beau ', Mais il s'agit bien du Beckmesser; Éva ne songe qu'à son chevalier, dont on entend bientôt le motif, précédant son arrivée. Sur un trait brillant des violons soutenus par un accord que plaquent tous les bois et les cors", Walther apparaît au dé:our de la rue. Au milieu des transports de la jeune fille, nous percevons les motifs de la question et de l'embarras d' Eva, mais sous une forme très expressive appropriée à la donnée dramatique de la scène. Puisque les Maîtres n'ont point voulu l'admettre, —

' Partition, page 192.

2 Partition, page 196.

nous entendons à ce moment le thème des Maîtres, — Walther propose à Éva de fuir avec lui; il la conduira dans son vieux castel, et là, il l'épousera. Cette scène n'est point un vulgaire duo d'amour, mais un vrai dialogue musical où éclate une juvénile ivresse. «Les âmes de Walther et d'Eva étincellent dans leurs yeux et volent sur leurs lèvres. Elles volent aussi dans l'orchestre. Leurs mélodies typiques, hors d'elles-mêmes, frissonnent, tressaillent, palpitent, s'irritent d'un injuste échec, s'emportent contre la sottise, maudissent la pédanterie, toujours esclaves de la pensée du drame, partout fidèles à leur rôle, soucieuses de remplacer le lieu commun banal, la fioriture vague, par la note précise, le détail exact. ' »

Mais quel est ce bruit qui interrompt le dialogue entre Walther et Éva? C'est la trompe du veilleur de nuit, et aussitôt commence la suave mélodie de l' enchantement de la nuit d'été -;

* Emile de Sainl-Auban, Un pèlerinage à Bayreuth, page 288.

2 Partition, page 204.

Moderato

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Il y a dans cette délicieuse inspiration deux motifs très distincts : celui de l' enchantement

proprement dit, et un autre dont la signification particulière se trouve précisée au troisième acte, et qu'on nomme le motif de V anxiété d' Eva; ce dernier motif exprime la tendre inquiétude qui, à l'heure présente, se mêle dans le cœur de la jeune fille aux joies de la nuit radieuse, et restera plus tard dans sa mémoire, inséparable ds leur souvenir. Les premières notes du thème que l'on entend au premier acte dans le choral luthérien, et que nous avons appelé le thème de la passion déclarée, suivent immédiatement r enchantement de la nuit d'été; elles accompagnent Eva rentrant chez elle pour revêtir le costume de Magdalène :

dolcissimo

âilîlifst

^ë^LSssi:

mais voici le veilleur de nuit qui passe dans la rue ; il chante sa mélopée sur des trémolos du

quatuor '; le radieux nocturne de l'enchantement recommence aussitôt que le veilleur a disparu, et nous entendons de nouveau le motif de la passion déclarée se transformant, au retour d'Éva, en une ravissante mélodie d'amour qui reparaîtra au troisième acte au moment du concours final; elle exprime, cette mélodie, l'exquise défaillance d'un cœur plein d'amour. Éva, en effet, va s'enfuir avec Walther, quand Sachs, qui est aux aguets depuis le commencement de la scène, dirige sur eux les rayons de sa lampe, — à cet instant précis, on entend le motif du cordonnier, — et les empêche ainsi de s'esquiver sans être vus; ils vont prendre la ruelle : mais cette issue leur est également fermée par Beckmesser dont l'arrivée nous est annoncée par un luth criard et faux. Le greffier vient chanter sa sérénade sous les fenêtres d'Eva. A peine a-t-il préludé que Sachs entonne à plein gosier une chanson lourdement scandée au début par son motif professionnel; bien qu'il y ait dans ce « Schusterlied » une ritournelle, une cadence trillée et autres formes surannées, elle

' Partition, page 2o5.

n'en constitue pas moins une petite merveille d'harmonie; on y retrouve le motif professoral que David a chanté au premier acte, et que nous venons de réentendre au commencement du second *. Il faut y noter aussi le thème suivant que l'on rencontre au prélude du troisième acte, ainsi d'aiUeurs que le motif professoral, mais dans un rythme très ralenti:

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Voilà le Beckmesser fort ennuyé; il venait pour roucouler son amour à Eva, et le cordonnier l'en empêche avec sa chanson. Comment faire? Il parlemente; mais Sachs n'écoute rien, il entonne le deuxième, puis le troisième couplet; il y ajoute quelques fioritures, des triolets;

1 Voir page i25.

l'orchestre aussi devient moqueur, et Beckmesser écume de rage. A la fin, il propose à Sachs de remplir les fonctions de marqueur pour sa sérénade. Nous ne pouvons, dans une si brève étude, relever tous les motifs qui reparaissent dans cette fin d'acte d'une verve endiablée et d'une variété musicale surprenante; mais à la simple lecture de la partition, on les reconnaîtra tous, rappelés par les circonstances et employés avec une habileté de main dénotant chez le compositeur une connaissance approfondie de l'art du contrepoint. Nous donnerons seulement les deux thèmes sur lesquels est construite toute la scène finale. D'abord le théine de la sérénade de Beckmesser ! '

Le ma-lin va pa - rai - tre qui me sciiible-ra beau.

puis le thème de la Bastonnade, qui a déjà paru dans la scène entre Sachs et Beckmesser -, mais

* Partition, page 241.

2 Partition, page 238.

ne commence vraiment à jouer son rôle qu'à partir du moment où David se précipite avec un gourdin sur le pauvre greffier':

Il faudrait un volume, nous le répétons, pour analyser clairement ces quarante pages de la partition qui terminent le second acte, commençant par cette sérénade de Beckmesser simplement accompagnée par un lulh, et aboutissant à une fugue à seize parties réelles soutenues par toutes les forces de Torchestre. Il faudrait noter les petits traits en sforzando des altos et des violoncelles soulignant chaque coup de marteau de Sachs, l'entrée successive de tous les instruments reprenant le motif de la sérénade, le staccato éperdu des flûtes, des clarinettes et des hautbois, l'apparition du motif de la bastonnade au moment où David rosse Beckmesser, les cris des voisins et voisines, des

• Partition, page 23g.

apprentis, des compagnons, des maîtres, tous descendus dans la rue et s'interpellant sur l'un ou l'autre des deux motifs, car ce sont ces deux thèmes qui forment le fond du tableau, et suivant l'ingénieuse expression de M. Camille Benoit*, Beckmesser est battu par ses propres motifs. « Le tout s'ajuste en un admirable tapage qui répercute tout le remue-ménage de la scène. Quelle autre forme mélodique aurait, mieux qu'une fugue, exprimé adéquatement cette prodigieuse bagarre, ce tohu-bohu de Téniers où se mêle le fantastique des sarabandes d'Holbein ? Wagner est, je crois, le premier qui ait fait ce merveilleux usage de la fugue ; ainsi employée, cette forme mélodique revêt une signification saisissante; on sent mieux combien elle est identique à la vie même, dont elle prend toutes les complexités et toutes les uniformités. Cette fugue, c'est Bach descendu à la halle; et c'est encore la neuvième symphonie de la bouffonnerie.- »

' Camille Benoît, Les motifs typiques des Maîtres- Chanteurs (chez Schott à Mayence).

2 Edmond Br.rthélemy, Les ^h^îtres - Chanteurs (Dentu).

Soudain retentit la trompe du veilleur de nuit, dominant les cris aigus des femmes, les vociférations des tiommes et le tapage de tout l'orchestre. C'est un sauve-qui-peut général. Sur une pédale du fa dièze, les sonorités décroissent; le motif de la bastonnade persiste toujours cependant, même quand le veilleur est passé, et que la lune monte lentement au-dessus des maisons sur un délicieux retour de l'enchantement de la nuit d'été. Enfin un basson ironique redit à son tour le thème de la sérénade quand Beckmesser roué, déconfit, tourne le coin de la ruelle en se frottant l'échiné, et le rideau se ferme sur le dernier accord.

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