‹ Les Maîtres-Chanteurs de Richard WagnerChapitre 30 sur 33 · TROISIÈME ACTE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ACTE

Des trois actes des Maîtres- Chanteurs, le troisième est sans conteste le plus important, aussi bien par son extraordinaire variété que par son étendue. Son exécution intégrale ne dure pas moins de deux heures, et il contient à lui seul plus de musique, au sens le plus élevé

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du mot, que beaucoup de partitions de notre connaissance. A vrai dire, les motifs nouveaux n'y sont pas nombreux; on y retrouve la plupart des thèmes que nous avons notés dans les deux premiers actes; mais il s'y rencontre en plus une grande quantité de phrases mélodiques indépendantes et de la plus riche inspiration, des chœurs d'une admirable facture et des merveilles instrumentales dont quelques-unes ont été popularisées par les concerts du dimanche. Le troisième acte des Maîtres- Cliantciirs est par dessus tout l'acte des musiciens.

Voici d'abord le prélude : les violoncelles font entendre un thème lent et sourd, profondément amer, que les altos, puis les deuxièmes et premiers violons reprennent à tour de rôle; c'est le thème de la méditation de Sachs: Sostenuto espressivo

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f dimin.

Ce beau thème, au deuxième acte', accom-

* Ce thème ne figure pas, au deuxième acte, dans la partition pour piano et chant; il devrait se trouver exactement à la cinquième mesure de la page 221.

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pagnait déjà la chanson alerte et joyeuse du cordonnier; «il semblait exprimer alors la pensée iritime et bien sombre d'un homme qui présente à la foule un extérieur énergique, et maintenant ce thème se montre seul et se développe ; le masque joyeux est tombé; on voit la tristesse du visage. » Soudain les cors font entendre un chant solennel: c'est le choral de Sachs que le peuple chantera tout à l'heure à la fin de l'acte:

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c'est l'hymne glorieux dont Hans Sachs a salué Luther et la Réforme, et qui a valu à cet ancêtre une si grande popularité. Mais notre poète est cordonnier ; on entend, montant aux violons, la chanson qui au deuxième acte rythmait avec force le travail de l'artisan', ici plus lente, plus douce, et par des modulations admirables (oh ! ce passage de la tonalité de la majeur en celle de sol majeurV-) elle se perd dans le choral repris par les cors qui bientôt se taisent à leur tour pour laisser les cordes, auxquelles se joignent les clarinettes et les bassons, redire une fois encore le thème de méditation, mais plus fort, plus large, moins désolé, moins amer, car l'âme de Sachs est parvenue à l'extrême sérénité d'une douce et pieuse résignation, et le moment est venu pour lui de montrer sa grande bonté et sa puissante sagesse.

On s'est trop habitué à ne voir dans les Maîtres- Chanteurs que le côté extérieur de l'action, à savoir la lutte entre l'inspiration spontanée et les vieux poncifs des écoles décli-

• Voir page 145.

» Partition, page 283, les quatre dernières mesures.

LA PARTITION l53

nantes. Beckmesser, David et Magdalène sont les éléments joyeux de cette action extérieure. Mais il y a autre chose dans cette comédie lyrique, il y a une action intérieure, un vrai drame dont Hans Sachs est le héros isolé : c'est le renoncement du cordonnier poète à la main d'Éva, dont nous avons sommairement parlé dans l'analyse du poème ; et nous ne saurions mieux faire que de citer la remarquable page que M. Houston Stewart Chamberlain a écrite à ce sujet dans son livre le Drame Wagnérien; « La véritable action du drame étant tout intérieure, c'est la musique presque seule qui nous la révèle, avec le puissant concours, il est vcai, de la vision. Hans Sachs ne parle de lui-même qu'une seule fois, et encore très brièvement. C'est dans le quintette du troisième acte, au moment où tous les autres personnages sont ivres de leur bonheur:

Devant l'enfant exquise et pure,

J'aurais voulu chanter,

Mais la douce plainte de mon cœur,

Il fallait l'étouffer.

Ce fut un beau rêve du soir;

Et j'ose à peine y repenser.

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