‹ Les Maîtres-Chanteurs de Richard WagnerChapitre 7 sur 33 · Scène II · texte numérisé non relu

Scène II

Pendant la conversation entre Walther, Éva et Magdalcne, quelques apprentis sont entrés à seule fin de disposer les bancs qui servent de sièges aux Maîtres-Chanteurs quand ils tiennent séance. Parmi eux se trouve l'apprenti de Hans Sachs, David, pour qui la nourrice Magdalène a des tendresses. Walther veut remporter la victoire au concours des Maîtres-Chanteurs? certes, c'est un noble désir ; mais avant d'oser briguer pareil ho ineur, il faut se soumettre à un long stage et à de durs travaux. Sur le désir de Magdalène, David, enchanté d'en remontrer à un grand seigneur, explique à Walther les conditions requises pour entrer dans la docte corporation. Oh ! ce n'est pas chose facile ! Il faut d^abord connaître tous les tons et tous les modes en usage chez les Maîtres-Chanteurs. Et

ces tons sont très nombreux. David ne les possède pas encore tous; mais il se flatte d'en connaître un assez grand nombre, qu'il énumère complaisamment au chevalier:

« Le ton bref, le ton long, le ton très long, le blanc velin, l'encre noire, le rouge, le bleu, le vert, l'églantier, la couleur paille, le grain de fenouil, le tendre, l'aimable, la rose de mai, le court amour, le douloureux oubli, le bouquet de thym, la fleur de giroflée, l'arc-en-ciel, la voix du rossignol, l'étain d'Angleterre, le parfum de cannelle, les fraîches oranges, le rameau de tilleul, la mélodie de la grenouille et celle des veaux, le gai chardonneret, le goinfre décédé, l'alouette, la limace, l'aboiement du chien, la jolie mélisse, la fleur de marjolaine, la peau du lion, le bon pélican, le fil du cordonnier habile »

Walther en reste confondu ; à quoi bon tous ces tons et ces modes? demande-t-il. David lui en donne la raison : « Ce ne sont là que leurs

noms, dit-il, il faut les dire Si vous groupez

des vers rimes, bien à leur place et bien coupés, propres à l'un des tons reçus, alors vous serez Poète élu. » Dans ce cas, répond Walther, qui n'entend rien à tous ces préceptes, mon seul

espoir est dans mon inspiration, et je ne dois compter que sur mes vers et mon chant.

Durant que David donnait à Walther cette leçon de maîtrise, d'autres apprentis sont arrivés et ont tout préparé pour la séance qui va avoir lieu : les bancs des Maîtres, l'estrade entourée de rideaux hermétiquement clos et derrière lesquels se tiendra le « marqueur », enfin la chaise haute, sorte de chaire où montera le chanteur ; ces préparatifs sont entremêlés d'espiègleries, et quand ils sont entièrement terminés, les apprentis, se moquant du chevalier qui veut entrer d'emblée dans la corporation, dansent une ronde endiablée interrompue soudain par l'entrée des Maîtres. Respectueusement, les apprentis se rangent le long du dernier banc.

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