‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 102 sur 117 · VI. — LISFRANG · texte numérisé non relu

VI. — LISFRANG

En 1823, au début de sa carrière chirurgicale, Lisfranc a publié, sur Y œdème de la glotte, un petit mémoire paru dans le Journal général de médecine et qui n’a guère attiré l’attention que par les particularités touchant à la thérapeutique, très contestables, du reste, et les moins bonnes de son opuscule.

Bayle et surtout Serres, distingué médecin de l’époque, sont ses guides habituels. Ainsi que le créateur de la nouvelle entité nosologique, il regarde l’infiltration des replis aryténo-épiglottiques comme déterminée tantôt parle pus, tantôt par l’œdème; mais il accorde davantage au processus phlegmasique, que ses contemporains, sous l’influence des idées de Broussais, regardaient comme, l’acte morbide le plus important. « L’angine œdémateuse est une infiltration séreuse ou purulente ayant pour siège l’épaisseur des parois de l’orifice supérieur du larynx, d’où résulte une tumeur molle, capable d'empêcher la respiration et de déterminer promptement la mort. Cette maladie peut être produite par toutes les .causes des autres angines. M. Serres l’a vue terminer le croup d’une manière funeste. Il suffit, en effet, qu’il y ait inflammation des points que nous venons d’indiquer pour que l’angine œdémateuse puisse avoir lieu; mais, elle paraît plus spécialement se développer sous l’influence de la phtisie laryngée 1 , des mercuriaux 2 , des longues maladies, des scrofules et du scorbut 3 . »

Les lésions anatomiques indiquées par Lisfranc sont celles signalées par Bayle. Pour la partie clinique, il s’en tient.aussi à .cet auteur ou à son maître Serres, dont il reproduit l’enseigne-

1. Trousseau et Belloc développeront le rôle de cette affection dans l'oedème de la glotte.

2. On abusait alors des mercuriaux d’une façon extraordinaire, regardant les énormes doses comme nécessaires. La salivation était recherchée.

3. La conception qu’on se faisait du scorbut était très vague. On y faisait rentrer des accidents morbides absolument étrangers à l’affection.

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ment oral sur ce point. Ainsi, ce dernier aurait remarqué que la propagation de l’oedème à l’isthme entraîne la dysphagie même pour les liquides. « M. Serres a vu des sujets qui ne pouvaient pas avaler les liquides ; cela a lieu quand la tuméfaction se propage sur les tonsilles et sur la membrane muqueuse pharyngée.. » Toutefois le phénomène serait assez rare. L’on n’observerait ordinairement qu’un peu de gêne dans la déglutition.

« Pendant que cette dernière s’exécute et que les mouvements d’élévation, et d’abaissement du larynx se font, le malade se plaint d’un corps étranger qui monte et qui descend. »

Pour Lisfranc, cette sensation de corps étranger 1 , est très importante et justifiée ; car la symptomatologie ressemblerait, en somme, à celle d’un corps solide obstruant les voies aériennes supérieures. Parfois, dit-il, on observerait des quintes de toux sèche. « M. Serres a observé une tussiculalion fréquente sans expectoration.» Gomme ses prédécesseurs, Lisfranc insiste beaucoup sur la difficulté extrême de l’inspiration et la facilité de l’expiration qui s’accomplirait aussi aisément que d’habitude. Il adopte l’explication de Bayle, mais la développe beaucoup plus et l’appuie sur des expériences cadavériques intéressantes.

« L’examen de la. tumeur explique ce phénomène singulier. En effet, la partie supérieure du larynx présente une espèce de demi-sphère percée, à peu près vers son centre, d’une ouverture dont les parois sont taillées en biseau aux dépens de la face interne de l’organe. Il résulte de cette disposition que, si, avec un soufflet, l’on précipite de l’air sur la partie supérieure du larynx, il n’entre point dans la cavité de ce conduit ; que ' si, au contraire, la trachée est ouverte et qu’on insufflé un gaz par l’ouverture qui a été pratiquée,- il sort facilement par la glotte. Nous avons répété plusieurs fois, M. Ricard mon proseçteur et moi, cette expérience sur le cadavre. »

Lisfranc croit, comme Thuillier, que Y exploration digitale est ici la grande ressource du diagnostic et qu’elle est d’une exécution aisée. « Si on examine l’intérieur de l’arrière-gorge, on n’observe rien ordinairement qui puisse rendre compte des symptômës que le malade éprouve, mais porte-t-on les doigts indicateur et médius jusque sur la. partie supérieure du larynx qu’il est très facile d’atteindre 2 , l’on y sent manifestement une

1. Bayle et Thuillier avaient insisté également sur cette sensation de corps étranger, qui pousse certains malades, entrés dans une sorte de délire, à chercher à s’ouvrir le cou pour en arracher l’obstacle qui les étrangle.

2. Blache, Trousseau et quelques autres s’élèveront contre cette façon

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