‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 103 sur 117 · LISFRANC · texte numérisé non relu

LISFRANC

tumeur molle, un véritable bourrelet, signe pathognomonique de la maladie. »

Lisfranc ne croit à l’efficacité ni de la trachéotomie, ni du tubage, qu’il regarde comme des manoeuvres dangereuses et inefficaces L Il leur préfère de beaucoup la scarification des ligaments aryténo-épiglottiques.

« Convaincu, en faisant des autopsies, que des scarifications pratiquées sur le larynx évacuaient la sérosité ou le pus, sans même qu’on eût recours ordinairement à la pression, je pensais que l’on pourrait, sur le vivant, scarifier la tumeur ; j’ai employé ce moyen, il a été couronné d’un plein succès.

« Voici la manœuvre opératoire que j’ai indiquée depuis quatre ans dans mes leçons, avant de l’avoir mise en pratique sur l’homme vivant. L’on se sert d’un bistouri un peu courbe à lame étroite, longue et fixée sur son manche ; on a soin de. la garnir de linge jusqu’à une ligne de sa pointe. Le malade met ses mâchoires dans le plus grand degré d’écartement possible ; elles peuvent être maintenues dans cette position avec un morceau de liège placé profondément entre les arcades dentaires et dont une des extrémités sera soutenue par un aide.

« L’opérateur placé devant le malade, dont la tête repose sur un oreiller ou contre la poitrine d’un aide, porte ses doigts indicateur et médius de la main gauche dans la bouche, franchit l’isthme du gosier, arrive sur le bourrelet formé par l’esquinancie ; alors le bistouri, tenu par son manche comme une plume à écrire, est glissé à plat sur les deux conducteurs que nous venons d’indiquer; parvenu sur le larynx, le tranchant de l’instrument est dirigé en avant ou en haut; le manche en est élevé, puis abaissé à mesure que l’on presse légèrement sur la pointe ; ainsi la tumeur ne peut manquer d’être ouverte. Peut-être que des ongles longs et tranchants pourraient ouvrir la tumeur.

« Il faut d’abord faire peu de mouchetures ; car, à l’aide de la compression, souvent deux ou trois petites incisions suffisent.

« On les multiplierait si besoin était, comme nous l’avons observé. L’on, tâchera de les faire à la plus grandè distance possible les unes des autres pour éviter les résultats des inflammations.

devoir et restreindront singulièrement l’utilité et la possibilité de cet examen.

1. Thuillier, Bayle et les premiers auteurs qui ont écrit sur l’œdème de la glotte ne conseillaient la trachéotomie que par des motifs à priori. Ils ne la pratiquaient pas ; cette opération, malgré Habicot, malgré Louis, de l’ancienne Académie de chirurgie, Desault, Dupuytren, n’étant pas encore franchement entrée dans la pratique.

248 LES MAÎTRES DE l’ÈCOLE DE PARIS

« Les mouvements de déglutition, la toux, les efforts de vomissement peuvent rendre l’opération difficile, mais ils ne sauraient empêcher qu’elle'ne soit même assez facilement exécutée par une main exercée.

« Ces scarifications produisent l’écoulement de la matière infiltrée, et quelquefois un léger suintement sanguin qui opère un dégorgement salutaire ; la toux, provoquée par quelques gouttes de sang dans le larynx, contribue beaucoup à diminuer la tumeur.

« L’amendement remarquable qui s’est remarqué immédiatement après l’opération pratiquée sur les deux premiers malades traités par ce moyen, a successivement augmenté; sous l’influence de quelques gargarismes émollients et des boissons de même nature, la guérison a été complète et a été obtenue dans le court espace de huit jours.

« Sur deux autres sujets, l’opération a été un peu moins heureuse ; chez l’un, la respiration est bien devenue, sur-le-champ, plus facile, mais il s’est développé, vingt-quatre heures après, une inflammation laryngée aiguë qui, cependant, a été victorieusement combattue par l’emploi des antiphlogistiques, auxquels les dérivatifs et les astringents ont succédé ; chez l’autre, une inflammation assez forte est survenue deux jours après l’opération, le traitement ordinaire a été mis en usage; mais à mesure que les phénomènes inflammatoires ont baissé, l’œdème, qui n’avait pas complètement disparu, s’est accru;de nouvelles scarifications ont été faites, le malade a guéri.

« L’on avait épuisé sans succès, sur ces quatre malades, tousles moyens connus, abstraction faite de la laryngotomie et de la trachéotomie : ils étaient menacés d’une très prochaine asphyxie. »

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