VIL — MALGAIGNE
Cet auteur est surtout connu en chirurgie laryngée pour avoir préconisé un mode spécial de laryngotomie sous-hyoïdienne Voici les principaux temps de l’opération, tels qu’ils sont indiqués dans son Traité de médecine opératoire (édition de 1834, p. 499).
« On pratique une incision transversale dé dix-huit lignes à deux pouces de largeur, immédiatement au-dessous de l’os hyoïde dont elle doit longer le bord inférieur. Dans un second temps, on divise le muscle péaueier, la moitié interne de chacun des muscles sterno-hyoïdiens puis, tournant la pointe du bistouri en arrière et en haut, on incise dans la même direction transversale la membrane thyro-hyoïdienne et celle de ses fibres qui vont à l’épiglotte. On arrive alors sur la muqueuse que chaque expiration fait saillir au dehors. On la saisit avec des pinces et on la divise à son tour soit avec le bistouri, soit avec des ciseaux. Alors se présente l’épiglotte, repoussée dans la plaie par l’expiration. On la retient à l’aide des pinces, ou d’une simple érign'è, et l’on a à découvert tout l’intérieur du larynx, où l’œil peut facilement diriger les instru¬
ments ».
Malgaigne a aussi insisté, un des premiers, sur un traumatisme alors fort mal connu, les fractures du larynx , qu’il a fart précéder de quelques considérations (voir son Traité des fractures et des luxations, t. I, p. 408, Paris, 1847).
« Rares, c’est presque exclusivement chez les pendus qu’on les observe. Morgagni dit avoir vu quelquefois le larynx fracturé, et il note que c’était toujours sur des sujets âgés. Ramer a rencontré une fracture pareille chez un pendu qui portait une empreinte visible de la corde au niveau du larynx. On ne sait quel en était le siège.
« D’autres observations portent à penser qu’elle affecte de préférence le cartilage cricoïde. Valsalva en avait vu un
LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE DE PARIS
exemple; Weiss a trouvé ce cartilage rompu en nombreux fragments.
« Le cartilage thyroïde échappe davantage à l’action de la corde ; mais sa fracture peut être produite par une main ennemie qui presse fortement sur les deux côtés (cas de Ladoze, 1838). »
L’auteur en cite quelques-uns, notamment les suivants :
« On trouva le cou du mort serré par un mouchoir très épais, formant un lien de la largeur d’environ quatre travers dé doigt; mais, en même temps, le cou portait des écorchures et des contusions qui dénotaient la pression des doigts et des ongles.
« Le cartilage thyroïde présentait une fracture à bords inégaux, presque en forme d’S, de la longueur de quinze millimètres, s’étendant depuis quelques lignes au-dessous du bord supérieur de la partie droite du cartilage jusqu’à sa partie inférieure, et, depuis l’angle saillant formé par ses parties droite et gauche jusqu’à l’union des deux tiers postérieurs de la partie droite avec son tiers antérieur. Le sujet n’avait que 37 ans, mais il existait déjà une ossification très avancée de tout le cartilage.
« Deux femmes qui se trouvaient à l’hôpital s’étaient prises de querelle. L’une d’elles saisit son antagoniste à la gorge et la serra si fort qu elle brisa le cartilage thyroïde depuis sa partie supérieure jusqu’à sa partie inférieure. Vous concevez qu'il ne fut pas très difficile de constater la fracture et qu’il n'y avait aucun appareil contentif à appliquer. Du silence, du régime, petite saignée et la guérison fut parfaite.
« Marjolin pense que cettè fracture est favorisée par l’ossification du cartilage.»
Pour Vextraction des corps étrangers , Malgaigne était partisan de la trachéotomie ; cependant il pensait que, parfois, des manœuvres plus simples et à la portée de tous les praticiens étaient capables d'assurer le succès. En effet, dans le Journal de chirurgie de 1845, il mentionne les cas suivants :
« Nous citions, dans notre dernier numéro, un beau succès obtenu par M. Lenoir, parle simple renversement du tronc, pour l’éjection d’une pièce de monnaie tombée dans la bronche droite. En voici un nouvel exemple, rapporté par un journal anglais ; seulement le corps étranger n’était pas descendu si loin.
« Un individu s’amusait à- jeter en l’air un schelling et à le recevoir dans la bouche, quand tout à coup la pièce glissa dans la gorge et passa à travers la glotte. L’accident ne donna lieu