‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 106 sur 117 · VIII. — NÉLATON · texte numérisé non relu

VIII. — NÉLATON

Comme c’est la coutume dans un traité de chirurgie, où il faut surtout préciser les grandes lignes, Nélaton se préoccupe, dans son ouvrage, à propos des traumatismes laryngiens , beaucoup plus des blessures du cou en général que de celles de l’organe phonateur, auxquelles cependant il consacre un court paragraphe. Il insiste sur leur polymorphie. « Ces plaies présentent un grand nombre de variétés. Le larynx peut être divisé en un ou plusieurs points ; la solution de continuité porte tantôt sur la portion sus-glottique, tantôt sur la portion sous-glottique. Un instrument piquant peut ' être introduit dans le larynx et n’y produire qu’une petite érosion. La membrane crico-thyroïdienne peut être intéressée avec ou sans les cartilages auxquels elle s’insère. » Rarement le pharynx situé en arrière serait atteint d’une façon concomitante, parce que. cet organe serait situé si profondément qu’il échapperait aux causes vulnérantes, à moins de circonstances toutes spéciales, telles que celles du cas publié par Fine (/. de méd. de Vandermonde, 1790, LXXXIII, p. 61). L’envahissement, parle sang, des voies aériennes constituerait le principaî des dangers les plus immédiats. Quand il y a pénétration dans la cavité de l’organe, on en serait averti par le sifflement de l’air au dehors pendant l’expiration et la phonation, Nélaton insiste beaucoup sur l’emphysème du tissu cellulaire, quand l’air ne peut s’échapper librement à cause de l’étroitesse et de l’irrégularité des bords superficiels de la plaie laryngée.- Parfois le gonflement se généraliserait comme chez le pâtissier, dont Ambroise Paré a rapporté l’observation. Ces sortes de plaies donneraient souvent naissance à des inflammations phlegmoneuses des plus redoutables, pouvant se propager aux médiastins et aux poumons, ce qui entraînerait fatalement la mort. Enfin, ces sortes de blessures aboutiraient assez souvent aux fistules aériennes, surtout quand il y a perte de substance, ou bien elles

NELATON 253

amèneraient un trouble parfois permanent dans le fonctionnement de l’organe, notamment dans la phonation.

L’article consacré par l’auteur aux corps étrangers des voies aériennes est tiré en grande partie de la thèse de concours de Bérard, en 1830, ainsi que Nélaton a soin de le reconnaître. Comme l’annonce le titre même du chapitre en question, l’écrivain embrasse dans son étude un sujet beaucoup plus vaste 1 que celui des corps étrangers du larynx, de telle sorte qu’une bonne partie des notions qu’il renferme ne nous concerne point. Les corps étrangers gazeux ou liquides ne seraient intéressants que parce qu’ils peuvent produire une asphyxie rapide on déterminer des brûlures étendues (éclatement d’une chaudière à vapeur) 2 ; nous ne signalerons que ce qui a trait aux corps étrangers solides. Nélaton étudie longuement, et peut-être un peu trop copieusement, leur nature, les vers intestinaux et les hydatides étant certainement tout à fait exceptionnels (cas de Hebrard, Casper [Gaz. méd., 1837), Peace {id., 1838), Kepp (id ,); voir aussi le tome XIX des Bulletins de la société anatomique , année 1844, p. 133). Si le corps est volumineux, si sa surface est anguleuse, il s’arrêterait volontiers dans le larynx, immobilisé qu’il est par l’étroitesse de la fente glottique ou fiché dans les parois mêmes de l’organe par une de ses irrégularités qui pénètre dans l’intimité des tissus. Les phénomènes réactionnels immédiats sont parfaitements décrits. La violence des quintes de toux chasserait souvent au dehors le corps étranger; sinon les crises asphyxiques réapparaîtraient sous des causes diverses. Il existerait d’ailleurs des rémissions prolongées, tout à fait trompeuses pour le diagnostic, dont Nélaton reconnaît la difficulté. Il faut avouer du reste que l’auteur demeure passablement bref sur la différenciation avec les maladies laryngées qui pourraient simuler les symptômes déterminés par l’accident, pensant, peutêtre avec raison, que les anamnestiques et la soudaineté des phénomènes morbides limitent beaucoup le champ des hypothèses.

La mort serait fréquente, dans une crise asphyxique; parfois, quand le mal s’éternise, il surviendrait des phénomènes réactionnels inflammatoires, des crachats sanglants et du dépérissement propre à inspirer des craintes de phtisie, mais à tort ; car le corps étranger serait incapable par lui-même de produire autre chose que du catarrhe, quoi qu’en aient dit les anciens auteurs 3 .

Page 1