IX. — PELLETAN
Dans les cliniques chirurgicales de Pelletan, on trouve une intéressante observation de polype du larynx , que nous croyons devoir rapporter ici, parce que, les faits de ce genre étant alors des plus rares, ce casa été mentionné d’une façon plus ou moins explicite par beaucoup d’auteurs. Elle présente du reste des particularités intéressantes. Ce fut, comme cela arrivait généralement alors, une surprise d’autopsie, d’autant plus que les phénomènes de suffocation présentés par le malade s’expliquaient parfaitement bien par l’hypothèse d’une laryngite spécifique, la vérole ayant déjà amené de graves désordres du côté du pharynx. Le malade mourut subitement d’un spasme de la glotte, fait ' démontrant tout le danger que peuvent faire courir ces tumeurs polypeuses, malgré la bénignité de leur structure. La longueur du pédicule permettait, dit Pelletan, d’introduire facilement la masse morbide entre les lèvres de la glotte qu’elle obturait alors complètement, et l’auteur pense plus à la possibilité de cette occlusion mécanique qu’à celle d’un spasme 1 , bien que le polype n’eût pas été trouvé entre les cordes vocales au moment de l’autopsie. Quoi qu’il en soit, voici comment s’exprime l’auteur (Clin, chirurg., t. I er , p. 15, obs. VIII), dont nous allons rapporter intégralement le texte :
Observation VIII. — « Il y a quelques années, il se présenta chez moi un homme de 30 à 40 ans, réduit à un état de maigreur extrême par une salivation qui durait encore et qui était la suite d’un traitement mercuriel inconsidéré. Il y avait destruction de là luette, d’une partie du voile du palais et ulcération gangreneuse àlaparoi postérieure du pharynx. Je prescrivis un traitement pour ce cas. Quelquesj ours après, on vint me chercher àlahâte, me disant que ce malade venait de mourir subitement. Il s’était jeté à bas de
1. Le spasme était alors fort mal connu. Voir, à ce sujet, l’article consacré à Blache.
LES MAÎTRES DE L’ÉCOLE DE Pi
son lit comme quelqu’un qui suffoque et était tombé incontinent sans vie apparente. On ajouta qu'il lui était arrivé plusieurs fois d être menacé de suffocation. Je pensai qu’une escarre avait pu se détacher et tomber dans l’ouverture de la glotte ou sur cette fente. Je fendis la trachée avec les précautions que j’aurais prises sur le vivant. Le doigt introduit dans le canal, je ne sentis rien. Je soufflai en vain de l’air dans les poumons, j’y présentai la vapeur de l’ammoniaque et n’obtins aucun résultat.
« A l'a,utopsie, je trouvai qu’il s’élevait du voisinage de la glotte une tumeur solide, du volume et de la forme d’une petite noisette, et tenant à un pédicule menu et assez long pour que la tumeur fût flottante ; elle n’était point alors engagée dans cètte fente, mais je l’y introduisis facilement, et il fut évident que c’était elle qui avait, à plusieurs reprises, été refoulée dans la glotte et repoussée au dehors, jusqu’au moment où une plus forte introduction avait suspendu la respiration et les autres mouvements de la vie. Appelé à temps, j’aurais sans doute pu rappeler ces mouvements. »