‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 109 sur 117 · X. — ROUX · texte numérisé non relu

X. — ROUX

Roux a exécuté assez souvent la trachéotomie, à l'époque où cette opération n’était encore guère entrée dans la pratique. Les résultats qu’il en obtint, dans les cas de croup, ne paraissent pas du reste avoir été des plus brillants, si l’on s’en rapporte à ses confidences, lors de la célèbre discussion sur la trachéotomie, à l’Académie de médecine, en 1857. Il y . eut recours aussi pour des obstructions laryngées d’un autre genre, notamment une fois pour l’œdème de la glotte. Pendant qu’il ouvrait la trachée, la malade menaça subitement d’asphyxier. Roux supposa que les voies respiratoires étaient pleines de sang; il introduisit aussitôt une sonde avec laquelle il aspira une partie du liquide épanché; dès lors, la respiration ayant pu s’établir, la patiente revint à elle et fut définitivement sauvée.

Mais c’est pour s’être, un des premiers, occupé des sténoses cicatricielles du larynx que ce chirurgien éminent mérite surtout de fixer ici notre attention. Il eut, le premier, l’idée de s’attaquer à ces sortes de rétrécissements par la laryngotomie, comme l’ont proposé plusieurs habiles chirurgiens de notre époque.

Au moment où il fit paraître son intéressant mémoire, ces déformations du larynx étaient encore fort mal connues. Cependant Morgagni, dans f’épître XIV, paragraphe 23, avait signalé déjà, sur le cadavre d’un ancien syphilitique atteint, paraît-il, pendant sa vie, de phénomènes asthmatiques, des reliquats de processus cicatriciels dans le larynx, qui avaient notablement diminué le calibre de la cavité de cet organe. Depuis, on avait publié, en Angleterre et en France, quelques cas semblables, paraissant démontrer que la syphilis pouvait déterminer des sténoses notables de l’appareil phonateur.

On savait également que les traumatismes, en particulier dans les cas de tentatives de suicide, pouvaient aboutir, après cicatrisation, à des rétrécissements de nature et d’allure un peu difîé- C. Chauveau. — Les Maîtres de l’École de Paris, t. II. 11

LES MAÎTRES DE L’ÉCOLE DE PARIS

rentes. Le cas publié par le D r Raynaud, de Toulon, était resté célèbre à cet égard.

Néanmoins, ces sténoses, d’origine syphilitique ou traumatique, dont la littérature médicale ne possédait, du reste, que quelques exemples, étaient regardées comme de simples curiosités. Roux s’efforça de montrer qu’elles n’étaient pas néanmoins au-dessus des ressources de l’art.

Lors de sa communication à la Société de chirurgie, en 1852, il fut question, en outre des facteurs étiologiques cités plus haut, d’une autre cause de coarctation cicatricielle laryngée, la laryngotrachéotomie, quand la guérison de la plaie laryngée s’opère avec exubérance et rétraction du tissu cicatriciel. Après Denonvilliers, Trousseau et Gintracen signalèrent quelques exemples. Roux cita le cas d’un matelot qui, ayant été atteint de croup, subit la trachéotomie cricoïdienne. Il en résulta un tel rétrécissement du larynx, une dyspnée s.i considérable après le moindre effort, que le, malade fut déclaré impropre au service, deux ans après. Chez un autre sujet atteint de rétrécissement avec fistule, l’auteur put guérir celle-ci par la méthode d’occlusion par substitution. Enfin, chez un troisième malade, dont il rapporte tout au long l’observation dans son Mémoire, il s’agit encore d’un cas de croup contracté par un certain Mohamed, dans les prisons d’Oran. Il subit la crico-trachéotomie ; la respiration, ne se rétablit point par les voies naturelles et il continua à respirer par la fistule cutanée.

« Chez cet Arabe, ce qui ne doit pas surprendre à présent, en raison des précédents connus, la parole existait encore en l’absence, complète de la voix; mais, chez Mohamed, comme chez Leblanc, elle était faible et dépendait certainement des modifications que le tuyau bucco-labial imprimait à l’air mis en mouvement par l’ascension brusque du larynx, comme on le voit chassé dans un corps de pompe par la pression du piston.

« Rétablir les voies naturelles et rendre ultérieurement au malade la voix, la parole plus forte, en permettant à l’air de reprendre son cours à travers le larynx, la, bouche et les fosses nasales, était certainement une tentative digne de solliciter les plus grands efforts... Après tous les efforts infructueux de dilatation, je tentai la trachéotomie sous-hyoïdienne proposée par Malgaigne et restée, jusqu’ici, sans application. Avec des canules de courbures et de dimensions variables, j’ai soumis Mohamed à d’incessantes investigations qui m’ont appris que chez lui :

« 1° Le larynx n’était pas oblitéré, mais seulement rétréci, puisque j’étais parvenu à faire passer une sonde par la fistule trachéale et à la retirer par la bouche ; cependant, le rétrécissement était tel que pas une bulle d’air ne passait par le larynx ;

Page 1