IL — BARTH
Barth est venu après Andral, après Cruveilhier, après Trousseau et Belloc. Il a donc pu profiter des travaux de ses devanciers sur les « ulcérations du larynx ». Mais il a su y ajouter par ses recherches personnelles, qui lui ont permis de faire de ces altérations morbides une étude magistrale. Pour la première fois, quoique bien timidement encore, on y voit affirmé qu’un certain nombre de ces lésions ont une origine spécifique et qu’elles sont dues à des tubercules dans le sens non d’Andral (folliculite) mais de Laenneç. C’était une véritable audace de révoquer ainsi en doute, dans certains cas, l’opinion adverse de Louis dont la réputation, fondée sur des travaux de tout premier ordre, était alors si grande et l’autorité pour ainsi dire incontestée.
L’auteur fait remarquer que les ulcérations du larynx, comme celles de la trachée et des bronches *, avaient été à peine entrevues par les anciens, les médiévistes et les auteurs des xvi e et xvn e siècles. Morgagni, le premier, les aurait décrites avec une certaine précision. « Mais, depuis, elles ont été fréquemment observées et leur histoire s’est enrichie d’une foule de notions éparses dans un grand nombre de traités généraux et de monographies publiées successivement par Lieutaud, Borsieri, Portai, Double, Laignelet, Sauvée, Cayol, Bayle, Papillon, Delpit, Maygrier, Pravaz, Franck, Hawkins, Louis, Andral, Trousseauet Belloc. » Malgré tant de travaux, le champ des recherches ne serait pas épuisé. « Mais, de ces auteurs, les uns n’ont étudié ces ulcérations que dans une de leurs variétés, comme lésion accessoire de la phtisie pulmonaire, les autres les ontenvisagées simultanément avec les altérations diverses qui peuvent donner lieu à la phtisie laryngée ou trachéale ou bien ne les ont considérées que dans une portion du tube aérien. »
Ces ulcérations peuvent-elles être le résultat d’une phlegmasie simple?Broussais et ses élèves avaient répondu affirmativement;
1. Sa monographie embrasse les ulcérations des voies aériennes tout entières. Paris, 1839.
LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE DE PARIS
depuis, le fait parut moins certain, « Sans chercher à retracer les causes de cette erreur qui sans doute avait sa principale source dans le peu de précision des études anatomopathologiques, il nous suffira de dire que les travaux consciencieux de M. Andral, ainsi que les recherches exactes et les relevés numériques de M. Louis, ont fait justice de cette opinion. Quant à nous, dans l’espace de huit années passées dans les hôpitaux comme interne et comme chef de clinique, nous n’avons trouvé qu’un seul cas d’ulcération de la trachée sans tubercules dans le poumon et ne paraissant dépendre d’aucune autre cause spécifique. » Le grand mot est lâché. Barth ne croit plus à des causes vulgaires, ou du moins il ne pense plus qu’un simple processus inflammatoire puisse donner naissance à ces sortes d’altérations morbides. Il revient à l’idée des anciens que les lésions sont de nature vénéneuse et dues à des conditions toutes particulières, dès que l’ulcère entre en jeu.
L’auteur reconnaît que, de toutes les parties du tube aérien, le larynx est le siège le plus fréquent des ulcérations. Il est à ce point de vue du même avis que Trousseau, que Hawkins et que Bayle. « Selon Andral aussi, la fréquence des ulcérations irait en décroissant de haut en bas dans les différentes parties de la muqueuse des voies respiratoires. » On sait que Louis avait adopté une proportionnalité inverse. Barth admet avec quelquesuns que, dans la tuberculose pulmonaire, le larynx est surtout frappé en arrière. « Sur l’épiglotte elle-même, elles siègent lé plus ordinairement à la face laryngée et surtout dans sa moitié inférieure. » Mais, en somme, tous les points de l’organe phonateur pourraient être intéressés. » Communes sur les cordes vocales, surtout à leur partie postérieure, on les rencontre fréquemment aussi à la face interne du cartilage cricoïde, à la base des aryténoïdes et à l’intérieur des ventricules. » Les ulcérations dues à un processus phlegmasique vulgaire s’observeraient surtout à la partie supérieure du larynx.
Le nombre des ulcérations serait variable et généralement en raison inverse de l’étendue de celles-ci.
Dans la syphilis, elles seraient peu abondantes, moins certainement que dans la tuberculose. « Tantôt isolées, tantôt contiguës, tantôt confluentes, elles affectent également une forme très variable. Souvent assez exactement arrondies dans le premier cas, elles sont ailleurs ovalaires, allongées, sinueuses et, dans le dernier cas, irrégulièrement circonscrites. » Au larynx, elles apparaîtraient plus inégales que dans la trachée et les bronches. Quelquefois dans la phtisie, on n’apercevrait que de petites taches