‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 18 sur 117 · BARTH · texte numérisé non relu

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blanchâtres qui semblent être leur état rudimentaire. La perte de substance serait tantôt rougeâtre, tantôt blanchâtre. « Dans le cas de syphilis, suivant Hawkins, elles commencent ordinairement par de petites escarres de couleur jaunâtre, brunâtre, plus ou moins foncée. » Parfois lisses et unies, plus souvent inégales, elles présenteraient souvent des débris de muqueuse ou même de tissu cellulaire soüs-jacent à la muqueuse. Parfois il y auraitrelief, surtout quand il s’agit de syphilis, et ce relief serait dû soit à une tuméfaction en masse, soit plus souvent à la présence de végétations saillantes. Les bords seraient généralement relevés, décollés, parfois aplatis et alors parfois difficilement appréciables. Souples ici, là-bas ils se montreraient durs et lardacés. Leur couleur le plus souvent livide pourrait être pâle ou même d’un rose franc.

Barth insiste beaucoup sur les différences d’étendue de ces ulcérations,,qui pourraient aller delà grosseur d’une tête d’épingle à une surface parfois très considérable. Leur profondeur présenterait également de nombreuses variétés. La muqueuse pourrait être simplement entamée ou au contraire détruite, l’ulcère reposant sur le tissu cellulaire sous-jacent ou même sur le cartilage. On trouve alors le fibro-cartilage épiglottique, par exemple, épaissi, érodé, déchiqueté ou même troué en certains points, détruit à moitié ou emporté jusqu’à sa base (observations III et I). « Ici, les ligaments qui unissent les cartilages sont détruits, les articulations luxées, baignées de pus, les cartilages dépouillés deleurpérichondre, leur surface rugueuse, inégale, leur tissu rougi, en partie ossifié. Là ils sont plus ou moins érodés, nécrosés, perforés, avec formation de fistules (Andral). » Parfois, comme l’a vu cet anatomopathologiste, il s’établirait une communication entre le larynx et l’œsophage. Barth fait remarquer la coïncidence possible de lésions laryngées et de lésions pharyngées, celles-ci étant un excellent moyen de diagnostic différentiel. Ainsi, avant Ricord, avant Julliard, cet écrivain eut, en quelque sorte, pressentiment de la tuberculose gutturale.

Pour fixer les idées sur la syphilis de l’organe phonateur, Barth en donne une observation assez intéressante.

« Halais J. A., 32 ans, maçon, bien constitué, embonpoint moyen, assez coloré, de bonne santé ordinaire, a contracté à vingt-six ans des chancres sur la verge, pour lesquels il a fait,, à l’hôpital, un traitement d’un mois et dont il n’a été guéri que six semaines ou deux mois après sa sortie.

« Il n’avait ni maux de gorge, ni taches sur le corps, ni gonflement sur les os.

« Reçu à l’Hôtel-Dieu le 23 mai 1838, il souffrait depuis cinq

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mois ; sa maladie a débuté, sans cause connue, d’une manière lente, graduelle, sans fièvre, par un enrouement de la voix d’abord léger, augmentant de jour en jour accompagné de gêne de la déglutition ; toux sèche par intervalle et oppression qui l’oblige à interrompre son travail pendant quelques semaines. Deux mois avant son entrée, la déglutitian devient plus difficile et les boissons reviennent par le nez. L’enrouement persiste et augmente avec toux sèche et dyspnée, gêne à la gorge.

« Le malade ne maigrit pas pourtant, l’appétit se conserve ; ni dévoiement, ni sueurs.

« Vers le milieu de mai, le malaise augmentant, le malade entre à l’Hôtel-Dieu, dans le service de Chomel. La physionomie est naturelle, la face colorée, la température normale. Le malade ressent un peu de gêne derrière le cartilage thyroïde, et parfois légère douleur derrière le sternum ; voix rauque, à demi-éteinte. Toux sèche, sifflante, rauque, mais respiration peu gênée. Le larynx ne présente rien de remarquable ; il est indolent à la pression. Sur le fond du pharynx, on aperçoit plusieurs ulcérations profondes, à surfacë grisâtre, à bords épais, élevés.

« A la racine du gland, on voit un chancre 1 de la grandeur d’une pièce de dix sous qui, au dire du malade, s’est reproduit depuis quinze jours sans nouvelle contagion. L’appétit est-bon, toutes les autres fonctions sont en bon état.

Sous l’influence du traitement, le chancre s’améliore, mais les ulcérations pharyngiennes changent peu ; les symptômes ne s’amendent que légèrement et le malade s’obstine à quitter l’hôpital pour son travail. » Barth ajoute : « Comment ces ulcérations se développent-elles ? Quels sont les changements qu’elles peuvent subir? Il est infiniment probable que celles de nature syphilitique commencent ordinairement par une escarre, de même que dans le pharynx où l’on peut constater ce mode de production ».

. Pour les ulcérations des phtisiques, la tuberculose pourrait bien entrer enjeu.

« Quant aux autres ùlcérations, Andral pense que, dans un certain nombre de cas, les cryptes muqueuses des voies aériennes peuvent s’enflammer, se remplir d’un pus concret et s’ulcérer pour donner issue à la matière accumulée. Chez les phtisiques au moins, ajoute-t-il, on trouve assez souvent la muqueuse soulevée en divers points par de petits corps d’un blanc mat ou jaunâfre, sur lesquels la membrane s’enflamme et tend :

1. Les plaques muqueuses passaient alors pour être des chancres non contagieux, suivant Ricord.

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à s’ulcérer pour livrer passage à la matière tuberculeuse amassée au-dessous d’elle. Cette manière de voir est d’autant plus rationnelle qu’elle est d’accord avec ce qu’on observe généralement pour le ramollissement et l’évacuation des tubercules sous-muqueux; ces tubercules se rencontrent habituellement dans les voies aériennes, comme on les trouve dans l’intestin. » Barth décrit ainsi l’aspect de la surface interne du larynx : « La membrane muqueuse environnante a tantôt conservé sa couleur et son épaisseur naturelles, surtout quand les ulcérations sont peu nombreuses et superficielles ; tantôt elle est très pâle, décolorée; ailleurs, surtout dans la partie inférieure de la trachée, et lorsque les ulcérations sont grandes et nombreuses, elle est d’un rouge plus ou moins intense, tapissée quelquefois d’un détritus pseudo-membraneux, accompagné, dans quelques cas, d’un degré plus ou moins prononcé d’épaississement, d’induration et de friabilité (obs. III).

Dans certains cas on noterait une tuméfaction plus ou moins séreuse. « Le tissu cellulaire sous-muqueux présente parfois une infiltration séreuse plus ou moins considérable, principalement aux replis de la partie supérieure du larynx et les différentes pièces du tube aérien sont fréquemment ossifiées dans une étendue variable (obs. I). La cavité est d’ailleurs souvent baignée de pus et sa surface interne recouverte d’un mucus puriforme. » Barth admet, bien entendu, ici, la coïncidence habituelle d’une phtisie pulmonaire. « Dans le plus grand nombre des cas, on trouve en même temps des tubercules dans les poumons, dans les ganglions bronchiques, et les désordres qui en résultent sont ici plus, là moins avancés que ceux des voies aériennes, dont les ulcérations paraissent tantôt avoir précédé 1 , tantôt avoir suivi le développement des tubercules. »

S’il y a syphilis,les ulcérations « se compliquent fréquemment aussi de phtisie pulmonaire, dont les symptômes se manifestent dans le cours de l’affection du larynx et qui marche alors avec une grande rapidité vers une terminaison funeste 2 (Hawkins) ».

« Ces dernières s’accompagnent très fréquemment encore d’autres symptômes vénériens, tels que des ulcères, des pustules syphilitiques, des taches cuivrées sur la surface tégumentaire. » Le tableau morbide de l’auteur, sans égaler celui de Trousseau et Belloc, est intéressant par les détails très minutieux où entre l’auteur.

1. Trousseau et Belloc avaient déjà admis, contrairement à Louis, des phtisies laryngées primitives.

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