‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 19 sur 117 · Il y a en effet des cas mixtes, généralement malins · texte numérisé non relu

Il y a en effet des cas mixtes, généralement malins

24 LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE DE PARIS

« Les symptômes par lesquels les ulcérations des voies aériennes se manifestent, débutent ordinairement d’une manière lente et graduelle.

« Quelquefois, ils succèdent aux phénomènes d’une inflammation aiguë des voies respiratoires.

« Dans une première période, lorsque les ulcérations commencent à se former et sont encore superficielles et peu nombreuses, le malade éprouve à la partie antérieure du cou une souffrance locale, qui manque souvent' du reste et se traduit, quand elle existe, avec des caractères très variables. C’est le plus souvent un sentiment de gêne dans le tube aérien.

« Ailleurs, c’est du chatouillement, du prurit, du picotement, de la chaleur, de la sécheresse que le malade éprouve quelquefois par intervalle, qui augmentent par la toux, les grandes inspirations, l’exercice de la parole.

« Ce symptôme est ordinairement accompagné, souvent précédé d’une altération de la voix, caractérisée par une raucité ordinairement permanente et progressive.

« La respiration est peu gênée, à moins que la membrane muqueuse environnant le tube laryngo-trachéal ne soit boursouflée, infiltrée.

« La déglutition est encore peu altérée.

« Dans certains cas, cependant, il y a douleur au passage du bol alimentaire; et, si les ulcérations occupent aussi l’épiglotte, la déglutition est plus ou moins difficile.

« Puis survient une toux brève avec expectoration variable en abondance, formée de crachats liquides, filants, spumeux, mêlés quelquefois de stries jaunâtres, quelquefois visqueuses, grisâtres, arrondies, demi-transparentes (Piorry).

«Dans cette première période, il y a encore peu de retentissement sur l’économie en général, à moins qu’il n’y ait coïncidence de tubercules plus ou moins avancés dans le poumon ou le tube intestinal.

« A mesure que les ulcérations se multiplient, gagnent en étendue et en profondeur, ces symptômes s’accusent.

« La douleur augmente ou se déclare ou se fait sentir en avalant ; quelquefois, elle devient piquante, lancinante ; elle augmente par la toux, la parole et les mouvements du cou. La phonation devient plus pénible et la voix s’altère de plus en plus : tantôt rauque, tantôt voilée, tantôt sifflante, comme déchirée, elle finit par s’éteindre complètement.

« La déglutition devient de plus en plus difficile avec douleur plus ou moins vive, proportionnée à la profondeur des ulcéra-

BAKTH

tions. Le passage des solides devient presque impossible et celui des boissons est difficile et détermine souvent des efforts de toux subite qui les repoussent par les fosses nasales ; la salive même ne peut être avalée sans souffrance et augmente les douleurs que le malade éprouve à l’arrière-gorge et qui s’étendent jusqu’aux oreilles.

« Si la respiration reste facile chez un grand nombre de malades, chez d’autres la dyspnée est intense, de plus en plus continue, et s’exaspère par accès pendant lesquels la respiration est bruyante, sifflante et l’inspiration toujours plus difficile que l’expiration ; le malade, sur son séant,implore du secours contre la suffocation.

« La toux est douloureuse, rauque, sifflante, quelquefois comme déchirée et amène souvent, avec peine, des crachats en partie muqueux, coulants ou mousseux contenant des stries blanchâtres ou des grumeaux opaques qui plongent au fond du vase. Quelquefois, le malade rejette, avec ou sans toux, une quantité variable de sang, dont l’émission est précédée le plus ordinairement d’une ardeur à la gorge et suivie de soulagement : on a vu même rejeter avec les crachats, des fragments des cartilages du larynx ossifié (Hunter).

«A l’exploration des parties, le larynx semble quelquefois proéminent ou légèrement déformé et ses cartilages paraissent, au toucher, avoir perdu un peu de leur souplesse. La pression est douloureuse et d’autant plus qu’on l’exerce sur un point plus élevé du tube aérien. A l’inspection de la gorge, quand on déprime la langue et qu’on fait bâiller, on n’aperçoit, dans quelques cas, qu’une simple rougeur; dans d’autres, on peut distinguer des ulcérations ou des cicatrices sur les parties les plus reculées et encore accessibles à la vue; cela se voit surtout pour les ulcérations de nature syphilitique qui existent fréquemment au fond de la gorge en même temps que dans le larynx, et deux fois aussi je l’ai constaté dans des cas d’ulcérations tuberculeuses.

« Quant au toucher par la gorge, il ne pourrait servir qu’à la recherche des ulcérations situées sur les bords supérieurs du larynx, et, selon Trousseau et Belloc, il serait très difficile de les reconnaître par ce moyen.

« L’auscultation du larynx ne fournit que peu d’éléments : comparé chez les sujets sains et chez ceux atteints d’enrouement et d’aphonie, le murmure respiratoire a paru plus rude chez ces derniers.

« -Il n’en est pas de même de celles qui existent avec boursouflement, végétations ou tumeurs ayant pour effet de rétrécir le

diamètre interne du larynx et on a plusieurs fois constaté pendant la vie, la présence de semblables lésions, par l’existence d’une espèce de murmure beaucoup plus bruyant dans le larynx, par un cri particulier entendu en ce point, et beaucoup plus prononcé dans l’inspiration, et par la faiblesse ou l’absence du murmure respiratoire dans la poitrine.

« Pour les symptômes généraux, quand la maladie est arrivée à ce point, les désordres ne restent plus bornés aux organes affectés*, et, si déjà le malade n’a présenté le dépérissement dû à une affection tuberculeuse du poumon, ayant précédé ou accompagné les ulcérations aériennes, les symptômes de cette dernière affection ne tardent pas ordinairement à survenir. En même temps aussi, l’on voit se déclarer tous ceux qui appartiennent à la diathèse tuberculeuse.

«Les téguments pâlissent de plus en plus, les traits s’altèrent, l’amaigrissement fait des progrès rapides, les extrémités se tuméfient, les forces diminuent, le sommeil se perd, les fonctions digestives se dérangent, le malade refuse la nourriture ou vomit le peu d’aliments qu’il ingère ; la soif s’allume que le malade ne peut ou n’ose satisfaire ; la peau devient sèche, chaude, se couvre de sueurs pendant la nuit, et la fièvre hectique consume le malade qui meurt d’épuisement, s’il ne succombe à un accès de suffocation.

« Tel est l’ensemble des symptômes qui coïncident avec les ulcérations aériennes et les altérations générales qu’elles entraînent ou qui se développent avec elles; mais ils sont loin d’êtres toujours aussi caractérisés, toujours aussi réunis.

« Quelquefois, ils sont à peine prononcés comparativement à la gravité des lésions que l’on rencontre après la mort.

« C'est ainsi qu’avec des lésions assez gravés, la douleur est souvent nulle, ou bien ce n’est qu’un peu de gêne et de la chaleur à là gorge.

«La voix est parfois conservée ou altérée par une raucité légère. La déglutition se fait avec facilité ou ne s’accompagne que d’une gêne à peine sensible. La dyspnée est assez peu prononcée, enfin la toux peut être assez rare.

« Ces différences dépendent en grande partie du nombre, de l’étendue et de la profondeur des ulcérations et s’expliquent d’ellès-mêmes sous ces trois rapports; mais elles dépendent beaucoup aussi de leur siège dans les diverses portions du tube aérien. On sait que toutes ne sont pas douées d’une égale sensi-' bilité. »

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