‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 21 sur 117 · BATUE · texte numérisé non relu

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distingue avec soin de la laryngite polypeuse (c’est-à-dire membraneuse ou croup).

Comme on le voit, il s’agit de laryngites suraiguës analogues à notre phlegmon laryngé et non de l’œdème de la glotte.

Borsieri ( Institntiones medicinæ praticæ, vol. III, p. 364, Lipsiæ, 1798), en parlant des angines aqueuses, lymphatiques, pituiteuses, œdémateuses des auteurs, angines qui affectent en général l’arrière-bouche et ne sont accompagnées d’aucun danger, ajoute, signalant nettement la propagation de certaines isthmites au larynx : « Negari tamen haud potest interdum hujus modi anginas periculosas, cum nempeepiglôttidem,glottidem, etlaryngem affichant, aut aliter vias spiritus angustiores reddunt, vocis raucitate, aphonia tussi, stertore aliisque cognoscitur. »

Dans son premier mémoire sur la bronchotomie, le célèbre Louis, de l’ancienne académie de chirurgie, a rappelé l’existence, dans la littérature médicale, d’un certain nombre d’angines graves, suivies de laryngites et ayant déterminé de graves phénomènes de suffocation.

Sestier, qui a publié, sur l’œdème de la glotte, l’excellente monographie que l’on sait et qui a fait de l’affection un remarquable historique, en a signalé d’autres, notamment l’observation clinique de l’affection qui détermina la mort de l’illustre fondateur de la république des États-Unis d’Amérique, Washington ( The medical repository of New York , vol. III, p. 311).

« Dirigeant quelques travaux à son habitation, dans son domaine rural delà Virginie, ce grand homme fut exposé à une petite pluie qui lui mouilla la nuque et les cheveux. Il fut pris pendant la nuit d’un frisson violent, avec constriction de la gorge, légère dysphagie, enrouement, toux peu considérable, et de dyspnée qui fit très rapidement des progrès alarmants. On fit coup sur coup deux saignées générales et on appliqua un vésicatoire sur la partie antérieure du cou. On administra en même temps des doses modérées de calomel suivies d’un lavement ; aucun avantage ; la respiration devient de plus en plus difficile. Vers trois heures et demie, quatrième saignée de trente-deux onces sans le moindre soulagement. Inspiration de vapeur d’eau et de vinaigre ; grains de calomel suivis de 5 ou 6 grains de tartrate antimonié de potasse par petites doses ; résultat nul, à part une abondante évacuation alvine. Cependant les forces paraissent diminuer considérablement : vésicatoires aux extrémités et cataplasme de son et de vinaigre sur la gorge. La parole, pénible au début, devient presque impossible ; la respiration de plus en plus laborieuse, imparfaite et entrecoupée, et la mort arrive à onze heures et G. Chauveau. — Les Maîtres de l'École de Paris , t. II. 3

demie dans la nuit du 14, le malade ayant conservé toute sa présence d’esprit. La nécropsie ne fut pas faite. La maladie n’a duré que vingt-quatre heures environ ».

Sestier, à ce propos, fait les remarques suivantes :

« Le croup des adultes ou des vieillards ne marche pas avec cette excessive rapidité. — Etant admis comme infiniment probable, sinon comme certain, que Washington a succombé à une angine laryngée œdémateuse de forme inflammatoire aiguë, nous trouvons ici un remarquable exemple de l’insuffisance des saignées abondantes et répétées coup sur coup dans le traitement de cette affection; bien plus, loin de s’améliorer, la maladie, dans cette observation, ne fit que s’aggraver de moment en moment.

« Combien il est à regretter que la trachéotomie, proposée alors par le D r Dick, n’ait pas été acceptée par ses confrères. »

% Sestier conclut ainsi de cette observation et de celles publiées auparavant :

1° « On voit des adultes succomber rapidement à une inflammation delà gorge. Or, une angine simple se termine fort rarement d’une manière funeste, et comme d’ailleurs il n’est fait mention, chez ces malades, ni de fausses membranes, ni de gangrène de l’arrière-bouche, il paraît très probable qu’ils étaient affectés d’une angine laryngée œdémateuse subordonnée à une inflammation aiguë et simple de la gorge.

2° « D’autres adultes, auparavant bien portants, ont été promptement enlevés par une angine, sans que l’arrière-bouche parût affectée. Il ne s’agit pas ici de laryngite érythémateuse; car cette espèce de laryngite, ordinairement liée à une angine gutturale aiguë, n’entraîne presque jamais la mort des adultes. Il s’agit encore moins de croup ; car, chez les adultes, cette affection est presque toujours précédée d’une inflammation pseudomembraneuse de la gorge; et d’ailleurs, chez eux, le croup ne marche pas avec une pareille rapidité. Nous pouvons donc croire que ces malades ont été atteints d’angine laryngée œdémateuse succédant à une inflammation aiguë du sommet du larynx.

3° « Et cette angine laryngée œdémateuse paraît presque démontrée chez quelques adultes leucophlegmasiques, affectés de suffocation laryngée, avec énorme infiltration du cou, avec engorgement œdémateux de l’arrière-bouche, et présence de cloches pleines d’eau sur le voile du palais. »

Morgagni, l’illustre, anatomo-pathologiste qui régularisa et mit en règle absolue la pratique des autopsies, chaque fois que la chose était possible, a signalé assez exactement les lésions morbides qui caractérisent l’œdème de la glotte ; et, à ce point de

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vue, il n'v a qu’à s’associer au juste éloge que lui adresse Sestier. Mais il ne faut pas se dissimuler, du reste, que le. côté clinique de la question lui a échappé. 11 a même attribué la mort du malade chez qui il avait découvert l’infiltration séro-purulente des replis aryténo-épiglottiques à l’apoplexie séreuse concomitante.

Ainsi, dans sa quatrième lettre {De l'apoplexie séreuse , § 24), il mentionne le cas d’un charpentier affecté d’un gonflement très considérable de la joue, et qui s’étendait jusqu’au-dessous du menton et de l’oreille. La mort fut presque subite. A l’ouverture du cadavre, on trouva les tissus qui recouvrent la parotide engorgés de sérosité; du sang comme extravasé avait envahi la face postérieure du pharynx et d’autres parties intérieures du cou. Les membranes qui tapissent la racine de la langue, les amygdales et tout Vextérieur du larynx, étaient très engorgées d'une sérosité visqueuse et jaunâtre , de telle sorte cependant que les amygdales elles-mêmes, et l’intérieur du pharynx, étaient dans l’état naturel. « Conspectæ igitur sunt membranæ quæ linguæ radicem, tonsillas et exteriorem undique laryngem convestiunt, lento sub flavo sero plurimum turgidæ sic tamen, ut tonsillæ ipsæ, et canalium quos memoravimus, interiora secundum naturam se haberent. »

L’infiltration des replis aryténo-épiglottiques n’est ici, comme on le voit, qu’assez vaguement décrite ; mais elle l’est beaucoup plus exactement dans les deux observations qui suivent.

La première est rapportée dans la même lettre (§ 26).

Il s’agit d’un paysan âgé de quarante ans, atteint d’une affection qui paraît avoir été la fièvre typhoïde. A l’ouverture du cadavre, on trouva, entre autres lésions, une tumeur à peu près de la grosseur d’une noix, occupànt, avec la gencive à laquelle elle était continue, la partie droite du palais, à l’endroit où une des dents molaires était extrêmement cariée ; cette tumeur était remplie, de pus. La membrane qui recouvre le voile du palais et les parties contiguës, ainsi que l’extérieur du larynx jusqu'au sommet de l'épiglotte, était livide au dernier degré, déchirée, et laissa voir, après qu’elle eut été incisée, une infinité d’espèces de cellules dont les parois, minces et un peu rouges, étaient distendues par une sorte de gélatine. Ce qui était au-dessous de ces cellules paraissait être sain ; mais la face interne du larynx, près de la glotte, était teintée d’une couleur rougeâtre, et les côtés mêmes de la glotte qui, du reste, avaient la couleur blanchâtre ordinaire, étaient beaucoup plus rapprochés qu’ils ne le sont habituellement. « Porro membrana qua uvula, et contiguæ partes, atque exterior larynx ad. extremum usque

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epiglottidis apicem conteguntur, cum in summo livida erat, tum concisa innumeras quasi cellulas sub se ostendit, quarum tenues, et subrubri parietes quadam, ut sic dicam, gelatina cellulas complente, distendebantur. Quæ hiscellulis suberant, ea quidem sana apparebant ; at interior tamenlaryngis faciès subrubro colore prope glottidem infecta erat, ipsaque glottidis latera, quæ ceteroquin albicabant, ut soient, multo magisquam soleant, connivebanL » Dans sa lettre XLIV (§ 3), Morgagni parle d’un sujet de trente-trois ans environ, qui succomba à une violente angine inflammatoire, malgré des saignées répétées. A l’ouverture du cadavre, on trouva la membrane qui recouvre les tonsilles épaissie par la sérosité, semblable à de la gélatine jaunâtre. L’épiglotte. était tuméfiée par de la sérosité et du sang.

Puis, l’auteur décrit une lésion qui rappelle les. bourrelets de l’angine œdémateuse inflammatoire. En effet, il s’élevait de chaque côté du sommet du larynx une protubérance un peu moins grosse que l'épaisseur du petit doigt, etc. « Vous auriez dit deux condylomes enflammés... »

« In singulis enim lateribus se attolebat in singulas protuberantias paulo minori quam digiti minimi crassitudine. Hæc ab regione imæ basis cricoidis cartilaginis profectæ, et inter ascendendum convergentes, eo usque perveniebant, ut altitudinem cartilaginum arytœnoidum aiiquanto superarent, ab his tamen, ab eaqùe summa laryngis parte omnino sejunctæ, reliquæ inferiori adhérentes. Duo inflammata condylomata esse dixisses, forman et colorem aspiciens eumdem videlicet atque ad epiglottidem descripsi, nisi quod in his plus erat ex coccineo, minus ex fusco. »

Dans son traité d’anatomie pathologique, le célèbre Bichat, après avoir décrit la membrane muqueuse qui tapisse le larynx, ajoute « que la portion qui forme l’ouverture supérieure du larynx est soumise à une espèce particulière d’engorgement séreux qui ne se manifeste en aucun autre endroit, et qui, épaississant beaucoup ses parois, suffoque souvent en très peu de temps les malades. Les auteurs, dit-il, ont indiqué les symptômes de cette angine particulière ; mais ils ne connaissent pas l’état anatomique que présentent alors les parties ».

Plus loin (p. 404), Bichat mentionne le résultat de plusieurs vivisections faites sur des chiens, et dans lesquelles il fît des incisions au-dessous de la langue en perçant l’épiglotte ; il cite ce détail : « Une fois un des chiens soumis à cette expérience est mort le lendemain d’une angine séreuse exactement analogue à celle qui suffoque tout à coup les malades et qui a son

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siège dans les deux replis de, la membrane muqueuse étendus entre les aryténoïdes et l’épiglotte. » Sestier s’exprime ainsi à propos du passage de Bichat que nous venons de mentionner : « A l’exception des descriptions et des indications anatomiques de Morgagni et de Bichat, on voit combien, avant Bayle, les documents relatifs à l’angine laryngée œdémateuse étaient vagues et imparfaits, et combien par conséquent nous avons raison d’attribuer à cet auteur la découverte de l’affection dont nous parlons, puisque, le premier, il en a très nettement décrit à la fois les lésions et les symptômes. »

Bayle fit deux travaux successifs sur l’œdème de la glotte : l’un resté inédit dans les cartons de la Faculté, l’autre qui est son article du Dictionnaire en 60 volumes.

« Cinq années s’étaient écoulées, dit Sestier, après la lecture du premier mémoire deBayle, lorsquele D r Finaz, de Seyssel, publia, dans sa thèse ayant pour titre : « Quelques observations chirurgicales recueillies à l’Hôtel-Dieu de Lyon » (1813, n° 78, p. 9, Paris), une observation d’angine laryngée œdémateuse fort intéressante, puisque l’auteur indique , le premier , l'emploi du toucher , dans le but de reconnaître l’état du sommet du larynx... « Le doigt, porté jusqu’au cartilage épiglottique, ne me fit rien reconnaître de particulier », dit-il. — Une autre circonstance qui augmente encore l’intérêt attaché à cette observation, c’est que le D r Finaz est aussi le premier qui ait proposé la sonde de gomme élastique dans le cas d’angine laryngée œdémateuse. » Le premier mémoire de Bayle n’avait pas été publié ; mais les conclusions avaient été assez vite divulguées . dans le public médical de l’époque, du moins dans celui qui fréquentait les hôpitaux parisiens. Thuillier, le successeur immédiat de Bayle, qui consacra, en 1815, sa thèse à l’étude clinique de l’affection ( Essai sur l'angine laryngée œdémateuse par Thuillier, chirurgien interne de l’Hôtel-Dieu. — Dupuytren, président, Richerand, Vauquelin, Désormeaux, examinateurs), ne parle pas beaucoup de son devancier. Dans une note annexée au traitement (p. 23), il se contente de dire : « M. Bayle a fait un travail sur cette maladie sous le titre de mémoire sur l’œdème de la glotte ; mais, comme ce mémoire fait partie de ceux de a Société de médecine, il m’a été impossible d’en prendre connaissance. Je sais seulement que M. Bayle a constamment remarqué, dès le commencement de la maladie, l’altération du timbre de la voix qui devient rauque et affaiblie, la difficulté de l’inspiration, tandis que l’expiration reste libre et des accès de suffocation, qu’en outre, à l’ouverture des cadavres, il a trouvé

des altérations semblables à celles que j’ai vues. » L’auteur ne fait en somme mention que de Boerhaave à propos de l’angine aqueuse. D’après lui, Mead et Hoffmann auraient signalé aussi, quoiqu’assez vaguement, l’œdème de la glotte. Puis il cite Van Swieten qui, commentant son maître, dit que le mal s’annonce par des frissons, une violente fièvre : la douleur de gorge ne surviendrait qu’après.

L’étiologie et la symptomatologie du mal sont tracées assez brièvement par l’auteur. « Cette singulière maladie, qui jusqu’à présent au moins,, à ma connaissance, n’a été observée que chez des personnes affaiblies par une maladie antérieure, consiste dans l’infiltration séro-purulente ou simplement séreuse du tissu cellulaire qui unit la membrane muqueuse du larynx aux cartilages qui forment l’ouverture supérieure de cet organe. Elle commence à se manifester ordinairement le soir et présente les symptômes suivants : Le malade se plaint d’abord, sans avoir éprouvé de frissons, pas même d’horripilations, d’un mal de gorge qui lui donne la sensation de la présence d’un corps étranger situé à la partie de la région antérieure du cou qui correspond à l’extrémité supérieure du larynx. Cette douleur qui augmente légèrement par la pression n’est accompagnée d’aucun gonflement extérieur. La déglutition-est libre ou 'peu gênée ; mais, pendant qu’elle s’exécute, le malade dit que le corps monte. Sa respiration offre des altérations constantes et faciles à saisir ; elle est de suite, pour ainsi dire, tellement gênée, que les malades sont obligés, pour ne pas suffoquer, de se tenir sur leur séant, et de porter la .tête en arrière. L’inspiration douloureuse, bruyante, sans être aiguë et quelquefois entrecoupée, ne se fait qu’avec la plus grande difficulté, tandis que l’expiration est aussi libre qu’à l’état sain. La voix est rauque et affaiblie. Les autres fonctions n’ont éprouvé aucun changement. Il n’y a pas de fièvre, néanmoins le pouls est plus fréquent qu’à l’ordinaire. Mais cet état n’est.pas de longue durée; la maladie fait des progrès si rapides qu’en peu de temps les symptômes deviennent alarmants. La respiration est de plus en plus gênée ; l’inspiration presque impossible fait éprouver une gêne cruelle. La tête est constamment portée en arrière. Le.pouls devient petit, serré et très fréquent; la face se colore d’un rouge violacé; le couse gonfle légèrement; la suffocation paraît imminente... Bientôt la mort est certaine. »

Thuillier ne se préoccupe pas beaucoup des difficultés du diagnostic; car, suivant lui, le toucher digital permet facilement de se tirer d’embarras. « Le doigt porté jusqu’à la base de la langue,

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vers l’extrémité supérieure du larynx, fait découvrir une tumeur molle, une espèce de bourrelet au pourtour de l’ouverture de cet organe. Rien n’est aisé comme d’explorer 'le larynx-, La bouche étant tenue ouverte à l’aide d’un corps solide placé entre les dents molaires et la tête appuyée, on porte le doigt indicateur de l’une et de l’autre main le long de la paroi moyenne de la langue, jusqu’à sabase, et, de là,en passant sur l’épiglotte, on l’introduit dans le larynx. Il est donc très facile d’acquérir un signe qui ne laisse aucun doute sur l’existence de la maladie. » Thuillier ajoute en outre, à ce propos : « M. le prof. Dupuytren, qui a bien voulu pratiquer plusieurs fois l’exploration du larynx sur la malade qui fait le sujet de la 6 e observation, s’est convaincu de sa facilité et a reconnu l’existence de l’angine. Outre les avantages qu’offre l’exploration pour éclairer le diagnostic des maladies de la gorge, il est probable qu’elle sera utilement employée dans quelques cas comme moyen thérapeutique.- » En effet, Dupuytren, chez une femme atteinte de cancer de la partie inférieure du pharynx aurait diminué par des pressions répétées (massage?) la tuméfaction des bourrelets aryténo-épiglottiques et aurait ainsi, suivant l’auteur, apporté un soulagement notable et durable.

En réalité, c’est dans les six observations de cet écrivain qu’il faut rechercher l’histoire clinique et les lésions de l’œdème de la glotte. Dans le 1 er cas, chez un cachectique encore jeune, une éruption pustuleuse (varicelle) amène de la dyspnée respiratoire, mort rapide. Dans le larynx, à l’autopsie, on trouva le tissu cellulaire de l’orifice supérieur du larynx rempli d’une matière visqueuse, épaisse, comme purulente, qui ne s’échappait pas bien des mailles du tissu lamineux par pression. Dans le deuxième cas, le mal succéda à un fort mal de gorge. La dyspnée devient rapidement très intense; on pensa à la trachéotomie, mais, quand le docteur Pelletan vint pour l’exécuter, le malade avait succombé. Dans le troisième cas, l’affection survint dans la convalescence d’une fièvre adynamique (fièvre typhoïde, laryngo-typhus?). Mêmes faits à peu près dans la quatrième observation. A l’autopsie des deux sujets, seule l’ouverture supérieure du larynx était lésée comme cela a lieu d’habitude. La cinquième observation est celle d’un phtisique mort par suite du gonflement des replis aryténo-épiglottiques et de l’épiglotte; elle avait été recueillie par Bayle et publiée dans.le/ournal de médecine de Corvisart, le mois de germinal an XIII de la République. La sixième observation est d’une étiologie assez confuse. Il y avait laryngite chronique ; mais la malade fut prise d’une

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fièvre bilieuse simple, dans la convalescence de laquelle l’œdème de la glotte éclata. Dyspnée rapidement croissante pendant l’inspiration sèulement. Au toucher digital, Thuillier reconnut à gauche seulement le bourrelet œdémateux. Pose de vésicatoires, expectoration abondante, et, à la suite de celle-ci, guérison. Asselin et Dupuytren contrôlèrent le diagnostic. A ce sujet, l’auteur dit que MM. Roux et Asselin « ont rencontré plusieurs fois l’angine œdémateuse dans leur clientèle particulière. Une observation semblable a été perdue dans les cartons de M. le prof. Dupuytren. M. le professeur Récamier a vu plusieurs fois l’angine œdémateuse. »

Thuillier, chirurgien déjà exercé, comprend que seule l’intervention chirurgicale hâtive peut sauver les malades. « Comme il a été constaté dans le plus grand nombre des observations recueillies jusqu’à ce jour, que les dérivatifs conseillés par Roeerhaave et employés depuis par plusieurs médecins justement estimés ne doivent leur inefficacité qu’à la promptitude de la suffocation, il s’en suit que, pour faciliter leur action salutaire, on devra promptement recourir à l’opération de la laryngotomie ou à l’introduction d’une sonde de gomme élastique dans le larynx. Vainement, objecte-t-on, que, dans certains cas, les poumons étaient très lésés. Le plus souvent les autopsies ont démontré que ceux-ci étaient sains et que seul l’orifice supérieur du larynx était intéressé. La trachéotomie est parfaitement indiquée par le siège de la maladie et par l’imminence de la suffocation ; néanmoins, je lui préférerai l’introduction d’une sonde en gomme élastique dans le larynx. Si le malade pouvait la supporter, elle aurait tous les avantages de l’opération sans en partager les inconvénients. De plus, elle exercerait une compression salutaire sur les parties œdématiées. »

Travaux de Bayle. — En 1817, Rayle fit paraître, comme nous l’avons dit plus haut, dans le Dictionnaire en 60 volumes , une étude très détaillée du mal que nous allons analyser, étude qui a fixé en quelque sorte l’état de la question jusqu’à l’apparition du célèbre mémoire de Rouillaud.

L’auteur avait tout d’abord imposé à l’affection décrite pour la première fois par lui l'appellation, d’œdème de la glotte, désignation mauvaise ; car elle ne s’accorde nullement avec le siège réel des lésions. Plus tard, il la nomma d’une façon plus exacte.

« On pourrait donner à cette maladie le nom d'angine laryngée œdémateuse , parce qu’elle n’est autre chose qu’une infiltra-

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tion séreuse de la membuane qui tapisse le larynx et que tous les symptômes qu’elle présente sont l’effet de cette infiltration. »

En présence de ce liquide tremblotant, enfermé dans les mailles du tissu cellulaire si abondant à l’orifice supérieur du larynx, Bayle avait conclu à un épanchement hydropique.

« Toujours, dit-il, les bords de la glotte 1 sont gonflés, épaissis, libres et comme tremblotants. Ils forment un bourrelet plus ou moins saillant et très infiltré d’une sérosité qu’il est très difficile de faire écouler 2 , merhe en comprimant entre les doigts une portion de la membrane à laquelle on à fait plusieurs incisions. Un tissu cellulaire extrêmement dense retient le liquide dans un réseau très serré dont il semble que les aréoles ne communiquent point ensemble 3 ... Les bords de la glotte infiltrés et gonflés sont disposés de telle manière, que toute impulsion qui vient du pharynx les renverse dans Vouverture de la glotte , qu'ils bouchent plus ou moins complètement,tandis que toute impulsion qui vientde la trachée-artère repousse ces bourrelets sur les côtés de Vouverture de la glotte dont l'orifice devient très libre. » Le larynx paraîtrait souvent intact ou au contraire enflammé et plus ou moins gravement altéré. « On n’y voit quelquefois qu’un gonflement œdémateux, léger et uniforme; d’autres fois on y aperçoit des taches rouges et des vaisseaux rouges et injectés. On y a aussi découvert une altération plus ou moins étendue 4 (phtisie laryngée), soit sur les cordes vocales, soit dans les ventricules, soit à la base du cartilage cricoïde (périchondrite cricoïde dont Cruveilhier se fera plus tard l’historien). Chez d’autres sujets, il y a un abcès dafts le larynx ou tout auprès (racine de la langue?). On a aussi observé la carie des cartilages de cet organe (périchondrite diffuse). Les poumons sont ordinairementbien crépitants et flasques en avant. Ils sont un peu gorgés de sang dans leur partie postérieure; mais cet engorgement n’est pas plus considérable que celui qu’on trouve chez les individus qui ont succombé à toute autre maladie en conservant jusqu’à la fin la liberté de la respiration. » Donc, pas d’asphyxie d’origine pulmonaire, mais bien d’origine laryngée.

1. A l’époque de Bayle, le terme glotte n’avait pas encore le sens précis et étroitement limité qu’il aura plus tard.

2. Comme dans tous les œdèmes inflammatoires, le liquide est ici très visqueux et chargé de fibrine.

3. Bichat avait considéré, d’après les résultats de l’insufflation pratiquée par les bouchers pour détacher les peaux, que les aréoles de ce tissucellulaire communiquaient ensemble.

4. C’est Cruveilhier, puis Trousseau et Belloc, qui feront surtout ressortir cette variété spéciale d’œdème de la glotte.

La symptomatologie de l’œdème <de la glotte a été très nettement dépeinte dans les lignes suivantes, au début de l’article de Bayle. « L’angine laryngée œdémateuse est caractérisée par une gêne constante de la respiration produite par le gonflement œdémateux des bords de la glotte. Cet œdème n’est pas ordinairement accompagné de fièvre. Il rend l'inspiration difficile 1 et sifflante , tandis que /’expiration reste facile. Il détermine une gêne constante dans le larynx et il occasionne de loin en loin des accès de suffocation, pendant lesquels l’inspiration, devenue très sonore et très bruyante, est presque impossible, quoique l’expiration soit toujours facile. » Ce faciès de l’affec-tion devrait toujours suffire, suivant Bayle, pour différencier cet état morbide des états laryngés où il y a aussi gêne plus ou moins accentuée au passage de l’air et c’est pourquoi il s’exprime ainsi : « Cette courte exposition du siège, de la nature et du caractère essentiel de l’angine laryngée œdémateuse, est suffisante pour faire connaître cette maladie et pour empêcher de la confondre avec certaines autres affections qui ont avec elle quelques autres rapports. En effet, les symptômes et les signes de l’angine laryngée œdémateuse sont si bien tranchés et son diagnostic est si facile qu’il est impossible de la méconnaître après avoir lu sa description 2 . »

Le début est, dit Bayle, assez variable ; parfois il serait brutal et accompagné de phénomènes de strangulation, mais ceci serait assez rare. « L’angine laryngée œdémateuse peut débuter parla suffocation, accompagnée de douleur dans la région du larynx (par exemple à la suite d’inflammation .suppurée, comme on le sait aujourd’hui, siégeant à la base de la langue, ex. tonsillite linguale), mais ordinairement son invasion est bien moins effrayante . Elle ne se déclare d’abord que par un sentiment de malaise dans le larynx; les malades cherchent à s’en débarrasser en faisant une expiration, forte et sonore, pour expulser les mucosités qui semblent obstruer ou gêner le larynx. Ils portent souvent la main à cette partie où ils disent ressentir une gêne, un malaise, plutôt qu’une douleur. Ils essaient très fréquemment d’avaler un corps étranger qu’ils croient sentir à l’entrée de l’œsophage. La

' l. Cette difficulté de l’inspiration est caractéristique quand elle existe; mais Trousseau fera voir plus tard que l’expiration aussi peut être gênée quand les parties sont dures et fortement empâtées, de façon à gêner le cours de l’air dans les deux directions, de telle sorte que cet auteur dénie au fameux signe de Bayle l’importance et la constance qu’on lui avait assignées un peu théoriquement.

2. On a vu que Thuillier regarde l’affection comme si caractéristique qu’il a beaucoup abrégé le tableau morbide.

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voix est un peu rauque. Il n’y a point de fièvre, et la santé paraît assez bonne. Cependant, au bout d’un, deux, trois ou quatre jours, la maladie augmente; les efforts pour débarrasser le larynx se multiplient et il s’établit parfois un s expuition de crachats glaireux plus ou moins abondants ; la voix devient plus rauque, s’éteint même quelquefois, et il y a, par instant, un peu de gêne en respirant; mais cette gêne est de peu de durée. Insensiblement, la respiration devient un peu plus bruyante et presque comme râlante. Cependant les secousses volontaires imprimées au larynx par l’expiration prompte et sonore, destinée à expulser ce qui gêne cet organe, détermine l’expuition de crachats glaireux, et alors l’inspiration fait entendre un bruit sec tout à fait particulier. Le pouls n’offre encore, à cette époque, aucun changement, l’appétit persiste et le malade ne s’inquiète pas de son état. Bientôt, chez quelques sujets, survient un peu de toux par instant, mais fort légère et assez rare, et la gêne de la respiration est habituelle, quoique pendant des heures entières, elle soit peu considérable 1 . »

A la période d’état, le tableau morbide apparaît à la fois, dit Bayle, et plus grave et mieux caractérisé ; car il s’y ajouterait une dyspnée plus permanente et des accès de suffocation d’une allure spéciale. « Pendant cette suffocation, la tête est portée en arrière, l’inspiration est très difficile et bruyante, l’expiration très facile 2 . A la fin de l’accès, la respiration devient un peu plus libre ; souvent elle reste plus gênée qu’avant l’accès, et d’autres fois elle redevient aussi libre ou même plus libre ; le malade reprend son état antérieur et il passe plusieurs heures, quelquefois même plus de huit jours (nos oedèmes de la glotte des phtisies laryngées ou des laryngites syphilitiques) sans éprouver de nouvelles suffocations. Elles arrivent au bout d’un temps plus ou moins éloigné, et elles deviennent de plus en plus violentes ; puis elles se rapprochent et, dans l’intervalle, la respiration devient progressivement plus grave et plus bruyante, surtout- pendant le sommeil ; quelquefois elle paraît libre de nouveau pendant plusieurs heures et la voix est un peu moins

1. Parce que le spasme ici n’est pas tout à fait absent. C’est lui qui aggrave les troubles dyspnéiques ; quand il cessé, la respiration devient plus libre.

2, On a expliqué cela mécaniquement,comme on l’a vu plus haut; mais le spasme de la glotte joue aussi son rôle, car dans certaines lésions dontlè siège est autre que celui de l’œdème, on peut parfois observer des phénomènes analogues aux précédents. L’expiration survient alors au moment de la détente.

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rauque ou moins éteinte. De nouveaux accès et une nouvelle gêne survenus ordinairement pendant le sommeil, et quelquefois pendant la veille, déterminent bientôt de nouvelles angoisses. L’appétit diminue, mais cesse rarement tout à fait. Le pouls devient moins régulier. » Cependant le tableau morbide ne serait pas encore bien effrayant, de telle sorte, dit Bayle, « que si on n’a pas déjà vu la funeste issue de cette affection, on ne peut encore se persuader que la vie soit dans un grand danger ». Mais bientôt la crise asphyxique prend une malignité qui détrompe amèrement ces vues optimistes. « Le malade, assis sur son séant, éprouve une gêne extrême pour respirer ; ses épaules s’élèvent, toute sa poitrine est en mouvement. L’inspiration est très pénible, très bruyante, l’expiration est toujours facile (voir, plus haut l’opinion de Trousseau). La suffocation semble imminente, la figure est tantôt pâle, comme rentrée et effrayée, tantôt rouge, gonflée, égarée. L’état d’angoisse s’atténue. Quelques malades demandent qu’on leur ouvre le larynx 4 , d’autres cherchent un couteau pour se débarrasser de ce qui les suffoque, et il y a chez la plupart des instants de fureur qui les portent à attenter à leurs jours. Ils frappent avec leurs mains sur leur lit, s’agitent excessivement et poussent des cris de désespoir et de terreur 1 2 . Dans ces violents accès, et même dans des accès bien plus modérés, le pouls devient inégal, irrégulier et quelquefois plus ou moins intermittent 3 . » Souvent ces inégalités du pouls persisteraient après l’accès. Si celui-ci se répète trop souvent, le malade ne tarde pas à succomber, soit pendant la crise asphyxique, soit plus fréquemment dans un intervalle de calme apparent.

Quantau pronostic, « l’angine laryngée œdémateuse est presque constamment mortelle ».

Bayle a signalé les formes foudroyantes, rapides, lentes et ordinaires, mais sans y insister. « En général la durée est très indéterminée. Il est des malades qui succombent en moins de trente-six

1. Ce qu’avait fait Antyllus à la période gréco-romaine, et ce que proposait, au xvu e siècle, Habicot dans les obstructions laryngées. Plus tard Desault avait proposé le tubage, comme on l’a vu plus haut. Mais ces indications étaient restées dans la théorie. On les exécutait très rarement ; c’est à Trousseau qu’on doit, comme on le sait, d’avoir vulgarisé, en réalité, la trachéotomie.

2. Dans ce tableau très bien fait de l’allure de l’affection, Bayle dramatise un peu et généralise trop. Beaucoup de malades tombent rapidement dans une dépression et un assoupissement qui ne permettent point cette réaction tumultueuse.

3. A cause de la gêne du cœur ; par suite de la pression thoracique exagérée, il y a épuisement du pneumogastrique régulateur du cœur.

BAYLE

heures. Quelques-uns de ceux dont j’ai recueilli l’histoire sont morts du troisième au cinquième jour. D’autres ont vécu plus d’un mois et ont fini par succomber, quoique les premiers accès de suffocation eussent été fort légers et quelquefois éloignés de plus de huit jours. Il paraît, comme on le verra bientôt, que divers individus meurent dès le premier accès de la maladie. »

Parfois, dit l’auteur, le mal a une apparence idiopathique ; « quand cette angine laryngée œdémateuse (pour employer son expression) est primitive, elle paraît tenir à une affection catarrhale ou inflammatoire du larynx ». Bien plus souvent, elle serait due à une irritation du voisinage. « Quand elle (l’angine) est consécutive, elle dépend tantôt d’un abcès situé dans le larynx ou aux environs, tantôt d’une ulcération dans le larynx avec ou sans carie, tantôt d’une phtisie laryngée simple ou compliquée, et, quelquefois enfin, elle est la suite de quelqu’autre maladie aiguë ou chronique qui, en irritant les bords de la glotte, en a déterminé l’infiltration. »

Bayle ne signale pas les maladies hydropigènes très mal connues à son époque A ; mais cependant, chose remarquable, il regarde la forme primitive du mal comme surtout fréquente dans la convalescence « des maladies fébriles d’un caractère grave, telles que les fièvres adynamiques ou ataxiques ». Il ne s’explique du reste pas bien les causes ' occasionnelles qui donnent naissance à l’œdème de la glotte dans de pareilles circonstances, rien ne pouvant faire présager le mal avant son éclosion.

Quoi qu’il en soit, Bayle insiste sur ce fait qu’il s’agit d’un incident morbide causé par une gêne mécanique et que l’œdème de la glotte n’est nullement une phlogose dont il n’a ni l’allure ni certains symptômes tels que la fièvre.

Bayle a différencié assez bien l’œdème de la glotte des différentes affections qui pourraient le simuler ; s’il oublie les corps étrangers, il cite par contre l’anévrisme de la crosse de l’aorte. « L’œdème de la glotte détermine des symptômes assez analogues à ceux de quelques autres maladies qui sont : 1° l’asthme convulsif ; 2° l’asthme aigu de Millar ; 3° l’angine de poitrine; 4° l’angine laryngée inflammatoire; 5° enfin et quelquefois l’anévrisme de l’aorte. Mais l’ensemblé des symptômes de l’angine laryngée œdémateuse ne permet de confondre

1. On ignorait totalement le mal de Bright, de telle sorte qu’on n’invoquait encore qu’un état trop aqueux du sang (anémie, etc.), ou une gêne mécanique de la circulation.

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