Les partisans de Broussais
' 3. Blache dit larygnite aiguë ; en effet il confond encore avec le catarrhe, qui est le fond de sa description, les. laryngites graves phlegmoneusë et œdémateuses inflammatoires.
48 LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE DE PARIS
laryngites par propagation et des laryngites symptomatiques. A côté des facteurs propres également aux angines, on en connaissait de spéciaux pour l’appareil phonateur. Enfin, on savait que l’inflammation de ce dernier est souvent englobée dans celle de l’appareil respiratoire tout entier, par exemple dans l’affection qualifiée de grippe ou d’influenza. Qu’on en juge plutôt. « Les mêmes causes qui donnent lieu à l’angine gutturale et à l’amygdalite, produisent quelquefois celle du tube aérien ; cependant il est des causes qui agissent d'une manière plus directe sur le larynx. Ces causes sont l’inspiration de vapeurs irritantes, d’un air très chaud ou très froid, la marche ou là course à pied, à cheval, en voiture découverte, dans une direction opposée à celle du vent, l’exposition du cou privé de vêtements qui le couvrent 1 à une température froide, l’exercice de la parole et surtout une déclamation animée 2 qui entraînent toujours une forte congestion sanguine vers les parties supérieures, et qui les rendent plus sensibles à l’action du froid. Cette affection est plus fréquente en effet chez les acteurs , chez les chanteurs et généralement dans toutes les professions où l'organe de la voix est soumis à un exercice forcé.
« La laryngite survient assez souvent pendant la maladie d’autres organes et par simple continuité de tissu (nos laryngites par propagation), comme on le voit dans l’inflammation des bronches, de la trachée-artère ou du pharynx.
« Elle n’est point produite par la contagion, à moins qu’elle n’accompagne une maladie, contagieuse, telle que la rougeole, la scarlatine ou la variole. » A ce propos, Blache tourne court sur les particularités de ces laryngites des pyrexies exanthématiques, parfois si particulières et sur lesquelles les grands épidémiologistes anglais du siècle précédent nous avaient déjà fourni des documents de grande valeur. Mais, à propos de la « laryngite épidémique », l’auteur effleure une question des plus importantes et des plus intéressantes, sans du reste la discuter à fond, celle d'une déformation possible d’une fièvre exanthématique se présentant à l’état fruste et incomplet, comme le fait était démontré pour la « scarlatine sine scarlatinis ».
Une autre hypothèse, datant des temps hippocratiques, expli-
1. Notion rapportée par tous les auteurs gréco-romains, médiévistes, etc., et qu’on retrouve déjà dans les hippocratiques. La marche contre le vent expose à l’inspiration de poussières infectées de microbes .
2. Notions également très anciennes, qu’on retrouve chez les auteurs gréco-romains, les rhéteurs, etc. Aussi recommandait-on aux orateurs et aux chanteurs une pratique habile de leur voix et une hygiène vocale appropriée.
BLACHE
quait plus simplement l’analogie des déterminations morbides, à un moment donné, par la « constitution épidémique » ; et il est de fait que les conditions atmosphériques impriment parfois aux infections microbiennes un caractère assez particulier pour frapper l’attention des observateurs. Quoi qu’il en soit, l’écrivain se borne surtout à signaler ce qui s’est passé en Grande- Bretagne au commencement du siècle. Quand la rougeole frappe un grand nombre de sujets à la fois, « presque toujours alors elle coïncide avec l’angine gutturale et pharyngée, comme on le vit, dans l’automne de 1818, dans quelques communes du département du Lot. Dans l’hiver de 1807 et plus particulièrement au printemps de 1808, lors de l’épidémie de rougeole qui sévit à Edimbourg et dans ses environs, on observa un grand nombre de laryngites, non seulement avant et pendant l’éruption rubéolique, mais encore après, et quand déjà la toux avait complètement cessé (Cheyne, The cyclopedia ofpractical medicine, III).» C’est aussi d’après le nosographe écossais que Blache signale les brûlures du larynx par les aiguières des théières chez les jeunes enfants insuffisamment surveillés 1 .
L’anatomie pathologique de cette affection bien localisée au revêtement muqueux passait pour être peu importante et absolument semblable à celle d’autres régions de l’économie ; aussi' l'auteur n’en parle même pas et va tout de Suite à la symptomatologie. Celle-ci, dit-il, est absolument commandée, ainsi que la marche, par l’intensité du mal, c’est-à-dire des altérations morbides. «Dans les cas les plus légers, elle ne donne lieu à aucuns symptômes généraux. La voix devient grave, rauque, un peu voilée. C’est un simple enrouement, sans douleur, qui fixe à peine l’attention du malade, et se dissipe ordinairement de luimême ou à l’aide des moyens les plus simples, au bout de quelques jours. »
D’autres fois, au contraire, la maladie débuterait par un malaise général, un frisson passager suivi d’un mouvement, fébrile plus ou moins marqué ; bientôt il surviendrait un changement sensible dans le timbre de la voix, et une douleur tantôt médiocre tantôt vive se fait sentir au larynx. Cette douleur, qui est parfois le premier symptôme, augmenterait quand le malade tousse ou parle et quand on exerce une pression sur le cartilage thyroïde 2 .
1. Sestier insistera beaucoup sur ces brûlures laryngées productrices d’œdèmes de la glotte.
2. Cette douleur provoquée était regardée comme caractéristique par certains nosologistes de l’époque.