‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 24 sur 117 · C. Chauveau. — Les Maîtres de l'École de Paris, t. II · texte numérisé non relu

C. Chauveau. — Les Maîtres de l'École de Paris, t. II

LES MAÎTRES DE L’ECOLE DE PARIS

La voix, d’abord rauque, prendrait un timbre aigu et se supprimerait même complètement, « Toux sèche 1 , sourde, incommode, douloureuse, quelquefois même convulsive, dans laquelle le malade fait des efforts pour rejeter quelques matières qu’il croit être arrêtées dans le larynx. L’entrée de l’air, lors de l’inspiration 2 , est souvent difficile et sifflante; respiration gênée et fréquente, déglutition douloureuse, expulsion d’un liquide muqueux, blanchâtre, tenace et souvent écumeux. »

Malgré l’absence du miroir, l’inspection physique par l’examen direct de la gorge avait déjà commencé. Sachse en Allemagne, Cruveilhier et d’autres en France avaient insisté sur l’état de l’épiglotte. Voici ce que ditBlache à ce sujet : « L’inspection du fond de la gorge, lorsqu'on peut abaisser fortement la base de la lanque, permet de constater, dans quelques cas, une rougeur vive de la membrane muqueuse qui revêt l’épiglotte. » Ce qui arrêtait les cliniciens, c’était, dans cette exploration qui devait être plus tard si utile, l’extrême sensibilité de la région qu’on ne pouvait encore atténuer avec la cocaïne, la résistance de . la base de la langue qu’on ne maîtrisait guère qu’avec beaucoup d’habitude, étant donné .les mauvais abaisseurs de l’époque, et surtout le manque d’éclairage auquel on ne savait pas encore suppléer artificiellement. L’emploi des procédés actuels devait rendre enfin possible l’inspection directe, su rtout en combinant ceux-ci avec une meilleure position du malade et du médecin.

Le passage suivant de Blache prouve que cet écrivain ne séparait pas encore bien nettement le catarrhe laryngé de la laryngite phlegmoneuse infiniment plus grave ; car les phénomènes qu’il mentionne ne se retrouvent guère en dehors de celle-ci que chez les sujets extrêmement nerveux. « Quand l'inflammation est très intense , il se manifeste parfois de véritables accès de suffocation, pendant lesquels la voix est tout à fait éteinte et la dyspnée excessive. L’angine laryngée est presque toujours accompagnée d’accélération du pouls, d’élévation de la chaleur, de rougeur de la face, d’anxiété et d’inquiétude produites par la crainte qu’ont les malades de suffoquer. »

Quant à l’issue du mal, l’écrivain se montre optimiste. « La marche de cette affection est ordinairement rapide, sa durée

1. On opposait depuis longtemps la toux avec expectoration abondante des bronchites à la toux sèche de la laryngite.

2. Cette assertion de Blache n’est vraie qu’en cas de tuméfaction marquée de la muqueuse, œdémateuse où inflammatoire.

BLACHE

moyenne est de quatre à cinq jours ; elle peut se prolonger parfois beaucoup plus, et même passer à l’état chronique. Sa terminaison est généralement heureuse ; elle a lieu par résolution et est marquée parla diminution graduelle des symptômes et quelquefois par l’expectoration d’une grande quantité de mucosités 1 .» Parfois, comme dans la grippe, l'affection catarrhale continuerait à descendre, d’où la phrase assez brève de l’auteur :

« Il n’est pas rare de la voir remplacée par une bronchite. »

Bien que Biache se fasse encore une idée assez confuse de la variété phlegmoneuse de la laryngite, il sait que celle-ci succède parfois au catarrhe 2 . « Dans certains cas, elle se transforme en laryngite sous-muqueuse et se juge alors en vingt-quatre ou trente-six heures, soit par le retour à la santé, soit, et plus souvent encore, par la mort. Presque toujours, en effet, chez le petit nombre d’individus adultes qu’on a eu l’occasion de voir succomber à la laryngite proprement dite, il existait indépendamment d’une rougeur et d’une tuméfaction plus ou moins considérables de l’épiglotte et du larynx, une infiltration séreuse ou séro-purulente des replis aryténo-épiglottiques. » Chez les enfants, on ne trouverait qu’une rougeur non généralisée avec épaississement notable de la muqueuse laryngienne.

Biache constate que souvent la laryngite concorde avec la bronchite, la pneumonie et surtout avec la trachéite, à laquelle on prêtait alors une autonomie et une importance disproportionnée avec la réalité des faits 3 .

Le pronostic ne serait grave que si l’inflammation est très intense et très étendue. Parfois le mal simulerait le croup et revêtirait aux yeux des parents et même des médecins une gravité factice (Guersant). C’est la seule mention qne fait l’auteur delà laryngite striduleuse dont l’histoire se confondait alors avec celle de la laryngite pseudo-membraneuse.

L’écrivain insiste très peu sur le diagnostic qu’il regarde comme facile à établir ; aussi ne fait-il que signaler la confusion possible avec la diphtérie et les corps étrangers du larynx, dont l’histoire et les signes différentiels avaient été longuement exposés par Ollivier, dans le chapitre consacré à la pathologie

1. Geci se voit aussi pour le. nez et l’isthme du gosier; à l’hypersécrétion s’ajoute peut-être, comme pour les fosses nasales, l’évacuation deslacs lymphatiques sous-jacents aux glandes. Ce phénomène est assez fréquent .

2. Quand l’infection est très virulente ou quand les microbes pyogènes gagnent le tissu cellulaire par une éraillure ou le cul-de-sac d’une gïànde.

3. Cayol avait décrit ainsi une phtisie trachéale, distincte de la phtisie laryngée.

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chirurgicale de l’organe phonateur, dans ce même dictionnaire de médecine pratique.

Le traitement serait en grande partie celui des angines; mais, de crainte que le malade suffoque à cause de l’étroitesse des parties, Blache, ainsi que ses contemporains, insistait beaucoup, au point de vue local, sur les anti-phlogistiques, sur le repos absolu du larynx. Les vomitifs et les purgatifs seraient assez fréquemment couronnés de succès, du moins chez les enfants. Les fumigations étaient d’un grand emploi. Enfin, on ne négligeait pas la révulsion par les badigeonnages irritants, par exemple avec le croton, ou par les vésicatoires au niveau de la région antérieure du cou. Si l’asphyxie menaçait, on conseillait, théoriquement au moins, la trachéotomie mise à la mode par Trousseau.

Phtisie laryngée. — Comme la plupart de ses contemporains, Blache confond la laryngite chronique avec le syndrome assez vague que l’on appelait alors phtisie laryngée et qui était beaucoup plus compréhensif que la maladie actuelle du même nom. Faute de pouvoir reconnaître de visu les caractères différentiels des affections qui se cachaient sous cette désignation commune, les cliniciens de l’époque étaient, en quelque sorte, obligés de réunir des états morbides dont l’analogie symptomatique semblait évidente, bien qu’en s’appuyant sur les causes, la marche et la terminaison, ils fussent déjà parvenus à distinguer des variétés inflammatoires simples, des variétés tuberculeuses, des variétés syphilitiques. Nous devrions dire phtisies chez les tuberculeux et non phtisies tuberculeuses, parce que la nature spécifique des lésions laryngées de celles-ci n’était pas encore démontrée et restait même plutôt niée par la majorité des nosologistes. La nature ulcéreuse du mal était du re,ste admise, et c’est pourquoi Blache s’exprime ainsi : « Par phtisie laryngée, les anciens, comme on lé sait, entendaient toute altération du larynx, quelle que fût sa nature, qui donnait lieu à des symptômes de consomption. Dans l’absence de notions précises fournies par l’anatomie pathologique, ils étaient obligés de formuler leur généralisation d’après l’étude des symptômes. Aujourd’hui nous savons que la manifestation des nombreux phénomènes qu’ils résumaient ainsi par une seule dénomination est la traduction constante d’une lésion identique. Cette lésion est Vulcération de la membrane muqueuse , qui^st regardée par les pathologistes les plus modernes 1 comme une seconde période de la laryngite chronique simple. » Au

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