‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 28 sur 117 · Surtout à la suite de néphrite · texte numérisé non relu

Surtout à la suite de néphrite

LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE

PARIS

maladies des enfants ) en faisant l’autopsie d’enfants morts, après avoir présenté des symptômes d’angine, au lieu d’inflammation bien caractérisée, nous avons rencontré une tuméfaction œdémateuse plus ou moins considérable des parois du larynx. Cet œdème survient, en général, dans la dernière période du marasme, et presque à l’agonie, et il occupe en même temps le tissu cellulaire des autres parties du corps. » Blache conclut ainsi : « Il résulte des considérations précédentes que l’œdème proprement dit est exceptionnel; il est aussi rare que l’est dans un autre organe, le cerveau, l’hydropisie essentielle et,par conséquent, une exception dans l’espèce ne saurait servir à caractériser le genre. »

Dans certains cas, le mal aurait une allure primitive ; dans d'autres, il serait manifestement secondaire, consécutif, par exemple, à une lésion organique du larynx. Dans lé premier ordre de faits, il se développerait comme une phlegmasie quelconque des voies digestives et aériennes supérieures sous l’influence des mêmes causes qui engendrent les laryngites aiguës, par exemple sous l’influence du froid *, d’un érysipèle 2 . Mais plus souvent, il s’agirait d’une inflammation du voisinage propagée. « Plus fréquemment, elle est consécutive à une affection antécédente (amygdalite, pharyngite), qui, par voie de contiguïté, a gagné les parties dangereuses du larynx, où de peu grave qu’elle était, elle devient rapidement mortelle. »

Les causes de l’œdème de la glotte subaigu ou même chronique sont fort bien exposées. « Mais il succède surtout à la laryngite chronique et à la phtisie laryngée. La moitié au moins des laryngites sus- et sous-glottiques (voir notre article sur Cruveilhier) arrivent chez des individus qui souffrent depuis longtemps de la portion supérieure des voies aérifères, dont les cartilages du larynx sont cariés, dont la membrane muqueuse est comme criblée d’ulcérations de nature syphilitique ou tuberculeuse ou autre. L’œdème actif ou passif, qu’appellent ces altérations, n’est pour ainsi dire qu’un épiphénomène, mais souvent plus redoutable que la maladie elle-même. » D’ailleurs, l’affection surviendrait le plus souvent, dans les cas d’allure primitive, lors d'un mauvais état général manifeste. Elle attaquerait « plus volontiers les individus affaiblis par des maladies antérieures »et,

) L Angines amygdaliennes palatines , ou linguales gagnant rapidement 1 orifice supérieur du larynx et à symptômes effacés, de telle sorte que l’œdème de la glotte paraît primitif.

2. On en possédait, dans la littérature médicale de l’époque, quelques exemples retentissants ayant succédé à un érysipèle de la face, notamment celui de Bouillaud.

BLACHE

par exemple, on l’observerait « dans la convalescence de fièvres graves. » Jamais, dit l’auteur, « ni moi ni Guersant n’avons observé l’œdème de la glotte bien caractérisé (autrement qu’à l’état d’épiphénomène d’un anasarque généralisé] pendant l’enfance ».

L’anatomie pathologique est tracée de main de maître; mais comme Blache ne fait au fond que répéter ce qu’avaient dit sur le sujet Andràl et Cruveilhier, qui n’avaient rien laissé à faire làdessus à leurs successeurs, nous nous contenterons de rappeler que l’auteur a su être à la fois très complet et très lucide dans sa description, où il a condensé, en une page et demie, tous les renseignements de l’époque.

Quant à la symptomatologie , le début, dit Blache, est assez insignifiant et simplement marqué par un peu de gêne. Le mal se caractériserait mieux quand l’œdème amène de la gêne mécanique de la respiration. La voix affaiblie deviendrait rauque, la respiration sifflante à l’inspiration serait normale à l’expiration. Les efforts de déglutition et d’expulsion d’un prétendu corps étranger se répéteraient. L’asphyxie deviendrait effrayante pendant les crises de suffocation, dont Blache fait une peinture tragique L Ce désaccord entre la difficulté de l’inspiration et la facilité de l’expiration « est d’ailleurs parfaitement expliqué par les lésions anatomiques, par le gonflement des bourrelets aryténoépiglottiques renversés en dedans vers l’orifice qu’ils obstruent, opposant une barrière à l’air qui . veut pénétrer et s’ouvrant aussitôt pour le laisser sortir de la poitrine 1 2 . Les accès se répètent, la dyspnée s’accentue, et bientôt la face devient livide, la voix éteinte, la déglutition impossible, la température s’abaisse de plus en plus, le pouls devient précipité, petit, misérable. » Plus tard encore, un assoupissement de fâcheux augure endormirait le malade qui ne tarde pas à succomber.

Du reste, il y aurait des divergences fréquentes et notables suivant les cas considérés. On observerait des œdèmes de la glotte, pour ainsi dire, instantanés, à allure rapide et comme foudroyante, et des variétés lentes comme dans la phtisie laryngée. «Dans certains cas, la forme est très aiguë et franchement inflammatoire ; dans d’autres elle est subaiguë, la maladie est insidieuse, elle paraît s’amender pour éclater ensuite plus redoutable ; dans d’autres enfin la forme est tout à fait chronique. » Tantôt continue, tantôt rémittente, la marche s’accompagnerait, aux périodes de calme, d’un bien-être souvent parfait dans l’intervalle des

1. Presque tous les nosologistes de l’époque fonçaient en couleur leurs tableaux morbides pour les rendre plus saisissants.

2. Lisfranc avait fait à ce sujet des expériences sur le cadavre.

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accès. Comme exemple d’œdème delà glotte foudroyant, Blache signale le cas de Washington qui aurait succombé à cette affection et non au croup. Il rapporte aussi, d’après Roger, l’observation d’un infirmier qui présenta un léger mal de gorgependant deux jours, puis fut pris, le troisième, vers 11 heures du soir, d’un accès si subit qu’il succomba en quelques minutes. A l’autopsie, on rencontra un développement œdémateux notable de l’épiglotte et une infiltration séreuse des replis aryténo-épiglottiques.

L’allure du mal paraîtrait, dit l’auteur, déjà assez caractéristique, mais il serait bon de ne pas négliger aussi l’inspection directe. Nous avons déjà essayé d’autre part de mettre bien en lumière ce fait, qu’avec l’abaisse-langue et en mettant le malade dans une bonne position pour éclairer convenablement la gorge avec la lumière solaire, les cliniciens habiles de l’époque arrivaient parfois à entrevoir l’épiglotte ou du moins la partie supérieure de celle-ci. L’inspection digitale n’était pas négligée non plus. « Cependant en déprimant la langue autant qu'il sera possible , en laissant pénétrer une vive lumière au fond de l'arrière-gorge, on parviendra quelquefois à apercevoir l'épiglotte , qui presque constamment est affectée et dont la raideur, le volume ou la pâleur peuvent faire supposer avec beaucoup de fondement une lésion semblable des replis aryténo-épiglottiques. Thuillier, dans sa thèse que nous avons déjà citée, a donné l’exploration avec le doigt comme le meilleur moyen de recônnaître la laryngite œdémateuse ». À ceci, Blache, ainsi que Guersant, objecte que la partie étant très sensible ne permet pas l’examen en question ou ne tolère qu’un toucher très rapide et par cela même incomplet, du moins dans la majorité des sujets atteint d’œdème de la glotte.

La différenciation d’avec le spasme de la glotte : essentiel (asthme deMillar, etc.), le spasme de la glotte du croup, d’avec les corps étrangers du larynx est tracée avec soin et bien circônstanciéè mais au fond sans détails nouveaux.

Sauf dans quelques cas où les symptômes disparaissent peu à peu, spontanément ou plus souvent grâce à un traitement médical énergique (saignée copieuse, révulsif, etc.), le plus souvent il n’y aurait qu’à pratiquer au plus vite la trachéotomie. Quant au tubage proposé dans ce cas par Finaz de Seizel A (Thèse de Paris, 1813, n°178), la nature des lésions laryngées semblerait le contreindiquer formellement. Le massage avec le doigt des replis aryténo-épiglottiques préconisé par Thuillier ou la scarification des mêmes replis proposé par Lisfranc n’auraient pour point de

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