‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 39 sur 117 · VIII. — COLLARD (ROYER · texte numérisé non relu

VIII. — COLLARD (ROYER

Ce nosologiste ne nous importe que par l’article croup qu’il a écrit pour le Dictionnaire en 60 volumes , composé vers le commencement du xix e siècle encore tout imbu des idées dualistiques de,Home. Les doctrines qu’adopte l’auteur sont surannées ; elles seront bientôt remplacées par les conceptions plus exactes de l’école de Tours. Mais si la mono¬

graphie de Royer-Collard pèche au point de vue théorique, elle dédommage amplement le lecteur du côté clinique. Tous les symptômes de la terrible maladie sont étudiés avec un soin et une minutie qui ont peu laissé à faire à ses successeurs ; et, si le tableau morbide qu’il trace n’a pas encore la précision qu’il possédera plus tard, cela tient à la confusion qui persiste avec certains cas de laryngite phlegmoneuse et surtout de laryngite striduleuse, distinction qui ne se fera guère qu’avec Bretonneau, et avec Guersant. Quant à l’érudition de l’écrivain, elle est remarquable 1 . 11 suffit de parcourir son œuvre pour être entièrement informé sur les opinions de ses contemporains concernant certains problèmes litigieux. Le programme qu’il se trace dès le début est des plus complets, et il a été fidèlement rempli. Il se propose d’étudier non seulement l’évolution de l’affection et sa symptomatologie, mais encore « les lésions cadavériques qu’elle laisse après elle, les maladies consécutives qu’elle détermine, ses causes prédisposantes et occasionnelles, ses complications, les différences qui la distinguent de quelques autres maladies analogues, ses diverses espèces ou variétés, l’aperçu du pronostic que le médecin peut en porter, et l’examen de quelques questions qui se rattachent à son histoire et qui sont nécessaires pour la compléter ».

Évolution. —. Royer-Collard distingue trois stades comme

1. Elle fut récompensée par un accessit au prix fondé par Napoléon I er , lors de la mort du fils du roi de Hollande, son frère.

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Guersant, mais il leur impose des dénominations différentes. « Je distingue trois temps ou trois périodes dans le croup, celle d’irritation, celle de la formation de la fausse membrane et celle d’adynamie. » La première était moins caractérisée aux yeux des nosologistes du début du xix e siècle, parce qu’en somme, ils en faisaient du catarrhe, c’est-à-dire un degré inflammatoire pas encore assez avancé pour amener la sécrétion des fausses membranes. Confondant le faux croup (laryngite striduleuse) avec le vrai, ils rie pouvaient être que fortifiés dans leurs idées erronées.

Aussi l’auteur émet sur ce stade l’opinion suivante qui, étant donné nos conceptions actuelles, nous paraît assez singulière. «Le plus souvent l’invasion de la maladie est précédée d’une affection catarrhale, qui paraît entièrement semblable au catarrhe pulmonaire habituel *. » Cependant la réaction générale qu’on observe dans certains cas, et surtout la rhinite pseudomembraneuse, sont assez bien mentionnées dans les lignes suivantes. « Le malade commence par éprouver des alternatives de chaud et de froid, de la lassitude , de la somnolence 1 2 ; sa langue devient légèrement blanchâtre, l’appétit diminue ou se perd, un coryza plus ou moins fort se développe , et la toux ne tarde pas à se joindre à ces premiers symptômes. La fièvre est presque nulle 3 dans la j ournée et augmente seulement un peu vers le soir. Les nuits sont assez calmes, à l’exception de quelques quintes de toux qui réveillent de temps en temps le malade, surtout vers la première moitié de la nuit.

« Cet ensemble de phénomènes n’est point encore le croup, mais il en est le prélude 4 . Des parents ou des médecins peu familiarisés avec cette maladie 5 n’y aperçoivent qu’un rhume

1. Ceci pourrait se voir, il est vrai, dans la diphtérie secondaire à la rougeole ou à la grippe; or cette forme de l’affection semble avoir été des plus fréquentes à cette époque, où la prophylaxie scientifique des maladies infectieuses n’existait pas encore.

- 2. L’abattement est, comme l’a montré Trousseau, un phénomène précoce et prédominant chez la plupart des malades.

3. En effet, sauf quand il y a streptococcie ou pneumococcie avec diphtérie, la fièvre est nulle ou rémittente.

4. Royer-Collard, en dehors de la possibilité de la diphtérie secondaire à une affection grippale par exemple, avait probablement en vue, quand il s'exprimait ainsi, ces diphtéries longtemps larvées, dont Bretonneau parlera en 1855, qui se cantonnent dans le nez, évoluent obscurément, puis se manifestent plus clairement dès qu’elles ont envahi le larynx. Il voyait le fait clinique, sans s’en expliquer le mécanisme.

5. Trousseau, comme on le sait, a également beaucoup insisté sur ce début insidieux, qui inspire à l’entourage une confiance trompeuse.

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qui exige à pèine quelques soins, mais le praticien accoutumé à le reconnaître, découvre dans ce rhume quelque chose d’extraordinaire, et semble y démêler des traits qui appartiennent à une maladie différente 1 . Aussi M. Vieusseux, dans l’excellent mémoire qu’il a envoyé au concours sur le croup (celui institué par Napoléon lors de la mort du fils du roi Louis de Hollande), donnet-il à ce premier temps de la maladie le nom d'affection catarrhale singulière , expression qui désigne à la fois et le caractère général des premiers symptômes qui annoncent le croup et le caractère singulier qu’ils montrent dès cette époque. »

L’auteur n’ignore nullement la dissemblance, suivant les malades, du tableau morbide à cette période. « Cette affection catarrhale présente de nombreuses variétés, soit relativement à son intensité, soit relativement à sa durée. Quelquefois elle est à peine marquée, dansd’autres cas (diphtérie compliquéede streptococcie) elle est vive et forte; chez certains sujets sa tendance vers le croup est presque nulle (l’auteur a probablement en vue le faux croup) ; chez d’autres, cette tendance se manifeste dès sa naissance (croup foudroyant). Enfin sa durée se prolonge quelquefois jusqu’à six, huit, ou même dix jours, tandis qu’on la voit le plus souvent bornée à deux ou trois jours. »

Au bout de quelques jours, à cette phase si indécise en succède une autre qui n’est pas encore la période d’état, mais qui est déjà plus pathognomonique. « Cependant le mal fait insensiblement des progrès, et ces progrès finissent par être tels, qu’on s’aperçoit enfin qu’il ne s’agit plus d’un simple catarrhe 1 . C’est ordinairement pendant la nuit que se montrent les symptômes propres au croup 2 . L’enfant se couche, comme les jours précédents, avec un peu de malaise et un peu de fièvre ; il s’endort paisiblement, mais pendant son sommeil sa respiration devient tout d’un coup pénible et bruyante ; il tousse fréquemment et sa toux fait entendre un son extraordinaire (toux aboyante, chant du coq de la laryngite striduleuse ; dans le croup, la toux est beaucoup plus étouffée), son visage est rouge, sa peau brûlante, sa voix rauque ; il se réveille brusquement et s’agite s an s

1. La lassitude singulière et le teint plombé principalement sont mal en rapport avec une rhinite.

2. Parce que, pendant la nuit, la respiration plus superficielle, moins active, est plus facilement embarrassée ; ce qui tend à amener non seulement un certain degré d’asphyxie, mais encoredu spasme dularynx, comme cela existe aussi dans la laryngite striduleuse. Il est certain que, chez cette dernière affection, qu’on confondait encore avec le croup du temps de Royer-Collard, les crises nocturnes sont très accentuées ; mais cela se voit aussi à un moindre degré dans le vrai croup.

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cesse. Souvent il se plaint d’un certain serrement à la gorge (le spasme de la glotte) et quelquefois de douleurs vers le larynx 1 . Ces symptômes néanmoins ne durent pas longtemps. Le calme renaît peu à peu, le sommeil est plus tranquille, la respiration plus libre, le son de la toux plus naturel, et le lendemain matin l’enfant paraît être revenu à peu près au même état où il était la veille. Mais ce calme ne doit point rassurer. »

En effet, les accès se renouvellent le lendemain soir et dès lors le croup se confirmera de plus en plus. « C’est ordinairement à cette époque de la maladie que finit la première période; les phénomènes qui suivent annoncent plus ou moins manifestement que la fausse membrane commence à se former. On voit alors les accès croître continuellement en force et en fréquence et, dans leurs intervalles mêmes, tous les symptômes de la maladie persister quoiqu’à un moindre degré 2 . La voix est toujours rauque 3 ; mais la toux commence à prendre un son plus perçant et plus aigu. 4 . L’oppression est extrême, et le sifflement de la respiration se fait entendre dans toute la maison 5 . Au fort des accès, l’enfant s’agite d’une façon effrayante 6 ; sa figure devient livide, ses lèvres violettes, son visage se couvre de sueur et son pouls jusque-là fort et dur commence à être petit, serré et d’une fréquence extrême. La toux et plus encore le vomissement (phénomène mécanique produit, comme on le sait, par la pression du diaphragme sur l’estomac pendantles quintes et peut-être aussi par l’excitation laryngée du pneumogastrique) font rendre une grande quantité de mucosités épaisses et filantes ; quelquefois il se mêle à ces mucosités des fragments d’apparence membraneuse. Ce qu’il y a de remarquable c’est que pendant tout ce tumulte et même pendant toute la durée de la maladie, la déglutition reste constamment libre. Cette seconde période dure deux, trois et même quatre jours dans

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