‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 43 sur 117 · C. R. Acad, des Sc. de Paris · texte numérisé non relu

C. R. Acad, des Sc. de Paris

ROYER-COLLARD

dur et fréquent, visage rouge et gonflé, chaleur à la peau, moiteur par intervalles ] . Le catarrhe prédominerait au début et aurait, au stade initial, le caractère d’une fièvre catarrhale ordinaire. « Dans la première période, elle est vive et forte pendant les accès (le thermomètre n’étant pas encore usité, on se basait sur le.pouls), faible et souvent nulle pendant les rémissions; dans la seconde, elle s’élève à son plus haut degré d’intensité et ne quitte plus le malade, même pendant les rémissions ; enfin, dans la troisième, quand les forces tombent et que le malade s’épuise, elle abandonne le caractère inflammatoire et revêt le caractère adynamique. » Du reste, Royer-Collard admet que, chez les sujets faibles ou épuisés, la fièvre peut être si larvée qu’elle -échapperait souvent à l’observation. Parfois, elle serait adynamique d’emblée, fait rare mais incontestable.

5° L’expectoration, d’abord peu considérable et du type catarrhal, deviendrait ensuite épaisse et visqueuse, contenant des matières d’une expulsion difficile et qui semblent par leur présence étouffer les malades. Parfois, dès cette période, les malades rendraient des fausses membranes tubuleuses. « C’est surtout lorsque le malade éprouve des vomissements, soit spontanément, soit par l’effet de l’art, que s’opèrent ces singulières évacuations. Presque toujours, elles sont suivies de soulagement, mais elles ne sont point un signe certain de guérison. Au bout de quelques heures, tantôt plus tôt, tantôt plus tard, les symptômes reparaissent ordinairement avec la même intensité et il n’est pas très rare de voir le malade évacuer de nouveau le lendemain des portions membraneuses parfaitement semblables à celles de la veille. »

Comme symptômes accessoires , Royer-Collard note une certaine douleur laryngée, accentuée surtout dans les croups violents, un gonflement du cou, plus rare encore que le phénomène précédent, mais dont on aurait rapporté quelques exemples, du vomissement qui ne serait pas constant, même dans les formes inflammatoires du mal, contrairement aux assertions d’Albers de Brême ; le plus souvent, il ne surviendrait qu’à la période d’état et serait alors provoqué par les quintes de toux. Il n’y aurait de rendu que des matières épaisses, visqueuses, consistant en mucus et en fausses membranes, comme il a été vu plus haut

1. Ces différences tiennent à ce que, dans certains cas, la diphtérie est pure et alors peu fébrile ; dans d’autres cas compliqués de pneumococcie ou de streptococcie, la fièvre peut être élevée, comme l’a parfaitement vu Guersant, sans en saisir les raisons. Trousseau montrera qu’en général la fièvre est légère et rémittente.

PARIS

LES MAÎTRES DE L’ÉCOLE DE

et non en matières purulentes. Quant à la langue, elle serait recouverte d’un enduit blanchâtre peu épais. En général, l’appétit ferait défaut. Les urines troubles et blanchâtres, auxquelles quelques-uns ont attaché, dit Royer-Collard, tant d’importance seraient loin d’être constantes ou même fréquéntes *. Il ne serait pas rare, au contraire, d’observer des hémorragies nasales, parfois très fortes dès le début du croup; mais elles tiendraient, déclare l’auteur, plus à une disposition individuelle, qu’à la maladie. La somnolence presque constante à la période adynamique apparaîtrait parfois dès le premier stade et pourrait aller jusqu’à l’assoupissement, comme Royer-Collard en a vu un exemple chez un enfant de 8 ans qui guérit néanmoins. Contrairement aux affirmations de Caillac 1 2 il n’existerait pas d’hyperesthésie sensorielle.

Lésions cadavériques. — L’aspect du corps serait souvent très analogue à celui des individus morts d’asphyxie; mais, c’est dans le canal aérien que seraient concentrées les altérations morbides.

Si le mal a évolué rapidement, le larynx et la trachée sembleraient seuls envahis ; mais, dans les cas un peu plus lents, les bronches seraient prises également. Jamais Royer-Collard n’a vu ces dernières atteintes d’une façon exclusive.

Dans le lanynx, la fausse membrane, en général assez mince, n’est pas partout continue, tandis que, dans la trachée, on trouverait un véritable tube membraneux moulé sur la cavité de l’organe.

Les bronches, comme il est dit plus haut, seraient parfois envahies mais moins régulièrement que la trachée, les fausses membranes rubanées ou prenant simplement l’aspect de matières visqueuses.

Blanchâtre, molle et facile à détacher ou tenace et résistante, la ' couenne présenterait dans l’arbre aérien une épaisseur variable suivant les cas et suivant les régions. Parfois, quand le croup est foudroyant, on n’observerait pas de dépôts membraneux véritablement formés. Dans la période adynamique, on ne rencontrerait souvent aussi qu’une matière gluante semi-liquide qui deviendrait plus consistante dans la trachée. Quelques auteurs ayant retrouvé, paraît-il, dans les dépôts membraneux non seulement des végétations sanguines, mais de véritables vaisseaux, ont soutenu, dit l’auteur, que la pseudo-membrane tendait à l’or-

1. Ce n’est que vers le milieu du xix e siècle qu’on reconnaîtra l’existence fréquente d’une albuminurie. Donc, on ne pouvait encore ajouter foi aux rêves des urologistes, qui voyaient partout des troubles dans l’apparence de l’urine.

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