GRISOLLE
Le tableau morbide du croup est remarquablement esquissé., avec beaucoup de clarté, d’ordre et même de pittoresque ; mais il était impossible d’être nouveau sur ce sujet, déjà parfaitement traité par tant de maîtres éminents tels que Bretonneau, Guersant, Trousseau, sans compter les médecins de maladies d’enfants. Disons ici que l’auteur ne veut admettre que deux périodes au lieu des trois classiques, l’ùne caractérisée par. les symptômes de début, l’autre par l’oppression et l’asphyxie. Grisolle insiste peu sur les formes lentes, le mal étant pour lui essentiellement aigu, ne dépassant guère un septénaire et pouvant tuer en deux ou trois jours, quelquefois même en six ou douze heures (croup foudroyant).
Si dans les premières éditions de son traité, Grisolle passe sous silence les paralysies, il les mentionne dans les éditions suivantes et en donne même un historique assez soigné. Il a insisté, après Guersant, sur les récidives du croup qui s’expliquent facilement aujourd’hui par la persistance remarquable du bacille diphtérique.
L’auteur reconnaît qu’après Bayle il est bien difficile d’écrire quelque chose de bien nouveau sur l'œdème de là glotte. « Cependant il est juste de signaler quelques bons travaux, publiés depuis cette époque ; ils sont dus à Thuillier, Bouillaud, Lisfranc', Cruveilhier, Millar, Legroux, Delasiauve, Valleix. Enfin Sestier, réunissant à peu près tous les faits connus au nombre de 275, dont 15 inédits, a composé sur cette redoutable maladie une monographie dans laquelle toutes les questions sont discutées et élucidées d’après une analyse rigoureuse. ’» C’est cet écrivain qui, en somme, lui sert dans les éditions ultérieures de son modèle, bien qu’il utilise assez souvent le mémoire de Valleix. Comme Chomel et Blache, il n’a jamais pu utiliser avec succès le toucher digital du larynx préconisé par Thuillier, à cause du spasme du pharynx et de la tendance invincible aux nausées.
Grisolle ne dit que quelques mots de la laryngite sovs-glottique œdémateuse qu’il emprunte, bien entendu, à la description de Cruveilhier, devenue classique. « Dans la plupart des cas la maladie survient sans cause déterminante appréciable, bien que, dans la majorité des cas, l’origine dé l’affection soit inflammatoire ».
Dans les. éditions récentes, Grisolle ne pense plus que la laryngite chronique simple puisse aboutir aux ulcérations ; il croit, comme Valleix, que l’allure est en quelque sorte toujours spécifique. Ainsi, dans la forme aiguë, on les verrait à la suite de la morve, delà fièvre typhoïde, parfois de ,1a variole, dans la forme
LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE DE PARIS
chronique, de la tuberculose ou delà syphilis. Il n’aurait jamais vu de processus nécrotiques en dehors de ces affections., malgré plus de trente-cinq ans où il pratiqua sans relâche les autopsies. « Je ne nie pas absolument 1 la possibilité des ulcérations primitives idiopathiques ;je dis seulement qu’elles sont rares, tellement rares que lorsqu’on les rencontre sur les cadavres, ou qu’on les soupçonne sur le mort, il faut supposer l’action de quelques-unes des causes générales que j’ai précédemment signalées. » C’était aller contre les données les plus formelles de Broussais. Il est vrai que les beaux temps du physiologisme étaient définitivement passés.
Comme résultat de la cicatrisation, l’auteur signale des rétrécissements par rétractilité du tissu nodulaire, mais sans indiquer l’origine syphilitique de ces sténoses 2 .
Barth et aussi Trousseau et Belloc lui servent pour la description clinique des symptômes morbides, du reste assez rapidement esquissée, où il confond encore cliniquement du moins, au point de vue de la réaction locale, ce qui appartient à la laryngite chronique simple 2 et ce qui revient à la laryngite ulcéreuse. Celle-ci se caractériserait surtout par des phénomènes généraux.
Le diagnostic de la laryngite chronique, en somme, serait simple ; mais il n’en serait pas de même de la différenciation de la forme anatomique. Les antécédents, les commémoratifs lui paraissent, dans ce cas, d’un grand secours.