XI. — GUERSANT
L’article croup de Guersant, dans le Dictionnaire de médecine pratique se distingue par l’excellence de sa doctrine, qui attaque résolument la théorie dualistique des partisans de Home, pour lui substituer l’opinion uniciste ■ soutenue par Bretonneau et par ses élèves, puis par la description approfondie, minutieuse même, qu’il fait de toutes les particularités de la terrible maladie.
Dès le début,, il rattache nettement celle-ci au mal syriaque d’Arétée, au garotillo des médecins espagnols du xvn e siècle, au morbus strangulationis de leur contemporain Marc Aurèle Séverin et au male in canna des populations italiennes et siciliennes de la même époque. L’auteur s’est manifestement inspii’é du travail historique si complet sur l’angine gangreneuse de Fothergill, assignant bien entendu à la diphtérie ce que celui-ci attribuait faussement à la scarlatine. Néanmoins, il ne s’agit pas ici d’une simple reproduction, Guersant se montrant beaucoup mieux informé sur certains points, notamment sur le rôle de Baillou. Il attribue du reste faussement à Marc Aurèle Séverin la découverte de la fausse membrane laryngo-trachéale, celle-ci ayant déjà été signalée par divers observateurs espagnols et siciliens. Il n’en résulte pas moins que l’écrivain se rend parfaitement compte de la parenté qui existe entre la diphtérie ordinaire de son temps et la diphtérie maligne des siècles passés, mettant probablement sur l’exagération de praticiens effrayés par l’allure des accidents asphyxiques certains symptômes qui cadraient mal avec un état morbide dont toute la gravité viendrait, croyait-on alors, de l’obstruction mécanique des voies respiratoires.
On verra, du reste, plus loin, que Guersant ne s’en tient pas tout à fait à cette conception d’une simplicité tant soit peu grossière et que parfois il accorde au mal une acuité et une gravité
LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE DE ' PARIS
toute spéciale. « Cette dénomination écossaise, employée d’abord par Home pour désigner une inflammation aiguë du larynx et de la trachée-artère, caractérisée par la prompte formation d’une fausse membrane, est devenue un nom populaire, maintenant généralement adopté par les médecins de tous les pays et commun à toutes les langues. C’est la même maladie que le garotillo des Espagnols et le male in canna des Italiens. Les auteurs lui ont assigné une foule de noms scientifiques différents, qu’on peut considérer comme synonymes. Les principaux sont ceux-ci : strangulatorius affectus (Carnevale), cynanche stridula (Wahlbaum), morbus strangulatorius (Starr), suffocatio stridula (P. Home), angina stridula (Crawford), angina suffocativa (S. Bard), angina polyposa sëu membranacea (Michaelis), cynanche trachealis (Cullen), tracheitidis infantium (Albers), angina laryngea exsudatoria (Hufeland), diphtérie trachéale (Bretonneau).Le croup n’est certainement point une maladie nouvelle 1 ; mais les passages des auteurs les plus anciens, qui paraissent lui appartenir, sont d’autant plus obscurs pour la plupart de nos auteurs modernes que ces premiers observateurs ont décrit les symptômes de l’angine gangreneuse et du croup, tels qu’ils sê rencontrent le plus souvent dans la nature ; c’està-dire réunis en se succédant comme des degrés différents d’une même maladie. C’est ce qu’on reconnaît très bien dans la belle description de l’ulcère syriaque, par Arétée. Il présente une peinture fidèle des altérations qu’on peut apercevoir dans le pharynx, et décrit avec une admirable vérité les phénomènes de cette pénible asphyxie 2 , qui termine le plus souvent cette fâcheuse maladie; mais, dans l’impossibilité où il était, et où on a été pendant longtemps 3 après lui, d’ouvrir les cadavres, il n’a pas dû connaître les véritables causes de cette mort par strangulation. Cependant il est évident, par la description même d’Arétée, que les malades succombaient dans cette