Comme le soutenaient les partisans de Home
2. Arétée fait bien plus ressortir les symptômes d’infection que ceux, d’asphyxie, trouble sur lequel les contemporains de Guersant avaient les yeux beaucoup trop fixés.
3. Seuls, les Ptolémées avaient permis à leurs médecins d’ouvrir des cadavres, pour y reconnaître les altérations qui avaient pendant la vie déterminé les symptômes observés. Bien plus tard, Frédéric II, empereur d’Allemagne, autorisa cette coutume. Carnevale nous dit l’appréhension des médecins devant la colère des familles, lors des autopsies médicolégales, quand le fléau éclata en Sicile. Du reste, les praticiens mettaient beaucoup de négligence, généralement, jusque vers le temps de Bonnet et de Morgagni, à pratiquer des investigations cadavériques.
GUERSANT
maladie, alors comme aujourd’hui, et de la même manière. Ce n’est toutefois qu’en 1576 que Baillou, dans la septième note qu’on trouve à la fin de la constitution de cette année (page 148, tome I, édition de Genève ), parle le premier, d’après un chirurgien, d’une espèce de fausse membrane trouvée dans la trachée-artère d’un enfant qui avait succombé à une maladie promptement suffocante, alors inconnue, parce qu’on n’avait pas, sans doute, pensé à la rapprocher de l’angine gangreneuse. Cette maladie régnait cependant, presque à la même époque, d’une manière épidémique, en Espagne et en Italie, où elle moissonnait beaucoup de malades. Toutes les descriptions des auteurs du temps, Carnevale, Nola, Heredia, Mercatus, Marc Aurèle Séverin, etc., s’accordent parfaitement. Tous les malades périssaient comme suffoqués « instar laqueo suffocati ». Personne cependant, autre que le chirurgien dont parle Baillou, n’avait encore constaté de lésions cadavériques, et Morgagni s’indigne avec raison de cette indifférence. Marc Aurèle Séverin, seul parmi tous les médecins qui avaient eu occasion d’observer cette terrible maladie, avait ouvert un cadavre, et, en parlant du résultat de ses recherches, il dit: laryngé investiqata , contecta erat pituita quidam crustacea, citra ulceris speciem . Cette observation anatomique était toutefois restée inaperçue, comme celle du chirurgien de Baillou, quand Ghisi, pendant l’épidémie d’angine gangreneuse qui régnait à Crémone en 1747, ayant constaté la présence d’une fausse membrane dans le larynx de l’enfant du pharmacien Scott, mort de cette épidémie, eut le premier l’idée de distinguer ce mode de terminaison, comme une maladie particulière qu’il désigna sous le nom d’angine perfide et mortelle, pour la séparer de l’angine gangreneuse ordinaire qui ne se termine pas par suffocation 1 .
« Jusque-là, tous les observateurs n’avaient vu qu’une seule angine gangreneuse 2 . L’erreur de Ghisi entraîna celle de la plupart de ses successeurs. On oublia, pour ainsi dire, les altérations du pharynx dans l’angine gangreneuse pour ne plus voir que celle du larynx. Le mémoire de Home, en donnant beaucoup
1. Ghisi, assez imprécis, n’est pas aussi affirmatif que le pense Guersant. D'ailleurs, même en Angleterre, Starr n’admettait pas cette distinction. Si Home l’effectua, c’est que celui-ci, peu érudit, croyait vraiment avoir affaire à une affection toute nouvelle, propre àl’enfance.Fothergill, en attribuant l’angine gangreneuse à la scarlatine, contribua beaucoup aussi à la confusion.
2. Parce qu’ils ne connaissaient que la diphtérie maligne, où le croup ne joue qu’un rôle secondaire.
G. Chauveau. — Les Maîtres de l'École de Paris , t. II. ‘8
LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE DE PARIS
d’importance à la distinction de Ghisi 1 et en assignant le nom vulgaire de croup à cette maladie, détourna de plus en plus les médecins de la route de la vérité. Néanmoins, le travail de Home fut très utile, comme l’a fort bien remarqué Deslandes ; car il donna, le premier, une bonne description de la maladie. La monographie de Michaelis confirma de plus en plus les médecins dans les idées de Ghisi et de Home. Plusieurs ouvrages plus ou moins remarquables furent publiés sur le même sujet, principalement au commencement de ce siècle, à Poccasion du concours proposé par le gouvernement français sur le croup et les travaux de Vieusseux, de Jurine, de Schwilgué, d’Albers de Bremen, de Double, de Royer-Collard contribuèrent beaucoup, sans doute, à mieux faire connaître le croup considéré isolément. Néanmoins, on s’était éloigné du vrai point de départ, on avait perdu de vue la tradition des anciens. Johnston avait bien dit que l’angine maligne et le croup étaient des maladies de la même nature. Starr et Double avaient pensé que ces maladies étaient souvent réunies, mais la plupart des médecins rejetaient les idées de Johnston 2 .Bretonneau, à l’aide d’excellentes observations rapprochées des documents historiques les plus authentiques, a maintenant dissipé tous les doutes à cet égard. Il a démontré que l’angine maligne épidémiquè n’est point de nature gangreneuse, comme on l’avait cru jusqu’alors, que c’est une véritable inflammation pelliculaire semblable à celle du croup. Il a pensé que ces deux altérations morbides, considérées à tort comme très différentes, sont identiques sous le rapport de l’anatomie pathologique et ne diffèrent que quant au siège qu’elles occupent. Enfin, il a établi d’une manière incontestable que l’angine gangreneuse et le croup se sont presque toujours présentés réunis dans toutes les épidémies d’angine maligne dont ont parlé les anciens 3 auteurs et les modernes, comme elles l’ont été dans celles de Tours, et des pays voisins qu’il a eu l’occasion d’observer. »
Malgré tant de travaux antérieurs, Guersant avoue que laques^ tion du croup reste encore embrouillée, surtout du fait qu’on n’en distingue pas suffisamment des affections qui présentent avec la laryngite pseudomembraneuse quelques analogies symptomatiques, mais qui pour tout le reste en diffèrent complètement. Ce sont l’asthme thymique ou asthme de Millar et la laryngite stridu-