‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 54 sur 117 · XII. — HARDY ET BÉHIER · texte numérisé non relu

XII. — HARDY ET BÉHIER

Dans un traité même assez développé, les maladies d’un organe ne peuvent jamais tenir beaucoup de place ; cependant le chapitre qui leur est consacré est parfois autre chose qu’un résumé impersonnel. Il peutcontenir çà et là des vues originales et faire preuve, en fout cas, de tendances intéressantes. Il peut aussi se faire l’écho des idées régnantes en pathologie générale, car celles-ci ont sur la nosologie une influence évidente. C’est à ce point de vue que nous avons cru devoir étudier l’excellent ouvrage de Hardy et Béhier.

Suivant ces auteurs, les lésions inflammatoires aiguës de la muqueuse de l’appareil vocal seraient sensiblement les mêmes que celles des organes voisins. La rougeur allant du rose pâle au violet foncé et comme vineux se présenterait sous la forme de points ou de plaques.Dépolie, privée en certains endroits de son épithélium, la muqueuse serait recouverte d’un liquide très adhérent, peu abondant et visqueux 1 , parfois strié de sangetpouvant mêjne présenter dans certains cas un aspect puriforme. Épaissie d’une façon variable, elle paraîtrait souvent boursouflée, du moins en certains points. Quand le gonflement est véritablement accentué, ceci serait dû à la propagation de l’inflammation au tissu cellulaire sous-jacent. A un degré plus avancé, on pourrait, disent les deux écrivains, rappelant encore les affirmations de Rillietet Barthez, rencontrer un certain degré de ramollissement et même des ulcérations superficielles 2 . Andral, qu’ils citent à cet effet, avait supposé que les nombreuses petites glandes de la région étaient aussi l’occasion parfois de petits pertes de substance arrondies (ulcères folliculaires). La variole grave, comme facteur d’ulcère laryngé, est mentionnée mais regardée comme exceptionnelle : « Rarement la laryngite simple aiguë se termine par suppuration.»

1. Le peu d’abondance et l’adhérence des exsudations laryngées avaient été signalés déjà par les auteurs du xvu e et du xvm e siècle.

2. L’existence des ulcères inflammatoires a été l’objet de contestations fort vives ; affirmée hardiment par les anciens nosologistes, on a fini par l’admettre tout en la déclarant exceptionnelle.

LES MAÎTRES DE L’ÉCOLE DE PARIS

Parmi les symptômes , Hardy et Béhier notent parfois une certaine gêne, pendant la déglutition, des aliments solides tant soit peu volumineux. Ils signalent aussi la petite toux sèche et quinteuse, propre à l’affection, si fréquemment déterminée par la parole ou par le froid ; elle serait très fatiguante et presque crou- ’pale. Les crachats peu abondants sembleraient formés de mucus transparent, auquel se mêlent quelquefois des stries de sang ou de pus. Tout ceci n’aurait pas beaucoup d’importance ; ce qui en présenterait davantage, ce serait l’altération caractéristique de la voixf, « qui est le plus souvent cassée, enrouée ou couverte, quelquefois plus grave ou plus aiguë, d’autres fois presque éteinte ». La sensation de corps étranger, parfois fort gênante, est signalée avec soin ; quant à la respiration, on ne noterait rien de ce côté, sauf quand il y a spasme, ce qui serait fréquent chez les enfants (laryngite striduleuse). Le sifflement laryngo-trachéal pourrait alors s’entendre à distance. Dans les formes graves, la dyspnée serait continue ou simplement intermittente. Quant aux symptômes généraux, ils seraient en rapport avec l’intensité de l’affection le plus souvent légère, mais parfois fort grave ; ce qui s’observerait surtout chez les enfants 1 2 . On verrait survenir alors de l’anorexie, un malaise général, de la fièvre, de l’accélération du pouls, de l’injection des yeux devenus saillants, de la tuméfaction et de la rougeurdela face, puis sur viendraient de graves phénomènes asphyxiques. « Dans cette période heureusement fort rare, on observe quelquefois des convulsions et du délire. »

Quant à l'évolution de la laryngite aiguë, « la maladie débute ordinairement sans prodromes. Dans quelques cas graves, elle s’annonce par un malaise général, un frisson, puis de la fièvre; viennent ensuite les phénomènes locaux ». Les deux formes du mal, la légère et la grave 3 , auraient une évolution sensiblement différente. « La laryngite aiguë ne durerait d’habitude que trois ou quatre jours, mais se prolongerait parfois jusqu’à deux ou trois septénaires. La laryngite grave évoluerait tout aussi rapidement. « Les phénomènes d’asphyxie surviennent souvent dès le troisième ou quatrième jour. » Le pronostic de cette forme grave serait très fâcheux;.

Bien qu’ils confondent son histoire dans celle de la laryngite aiguë habituelle, Béhier et Hardy consacrent un petit paragraphe

1. Dans la période gréco-romaine (Galien), on s’était rendu compte de la valeur pathognomonique de ce symptôme.

2. Non seulement à cause du croup, mais à cause du retentissement des pyrexies exanthématiques propres à cet âge sur l’organe.

3. C’est la classification toute clinique de Rilliet et Barthez.

HARDY ET BEHIER 125

spécial à la laryngite stridulense ou faux croup, bien mise en lumière par Bretonneau et par Guersant. Le diagnostic, traité d’une façon assez sommaire, n’offre ici rien de spécial.

A propos de la laryngite chronique , égarés encore, comme la plupart de leurs contemporains, par lesidées de Broussais sur les phlegmasies chroniques, admettant avec lui, que les phlegmasies prolongées peuvent aboutir à l’ulcération et à la destruction des parties lésées, ne sachant pas encore microscopiquement différencier des processus morbides en réalité fort différents, parce que l’histologie était encore dans l’enfance, trompés par les affirmations des anatomopathologistes de l’éqoque, Hardy et Béhier regardent la laryngite chronique, les ulcères et la phtisie laryngée comme des affections similaires et tout au plus comme des phases différentes d’une même affection. Cependant des voix divergentes 1 commençaient à se faire entendre, peu écoutées encore du reste par la majorité des nosologistes. « Quelques auteurs ont voulu voir dans la forme ulcéreuse une maladie toute spéciale et en ont fait une espèce à part, ne considérant dans ce cas l’inflammation du larynx que comme un élément peu important de la lésion, ne devant pas suffire pour caractériser là nature de la maladie. C’est vrai pour les ulcérations laryngées qui se rapportent à une infection syphilitique et qui, soit par leur cause spéciale, soit par leur origine qui est probablement une pustule ou une «scharre, s’écartent évidemment de l’inflammation. Mais pour les autres, on ne peut se ranger à cette manière de voir, et tout en acceptant les faits de fréquente coïncidence de tubercules pulmonaires, chez les malades atteints de phtisie laryngée, on ne peut méconnaître le caractère phlegmasique de la lésion du larynx ». Rappelant l’historique tout récent du mal (thèses de Laignez, Sauve, Pravaz, les recherches de Louis et d’Andral mais surtout la remarquable monographie de Trousseau et Belloc, l’excellent travail clinique de Lhéritier et les intéressantes recherches de Barth sur les ulcérations des voix aériennes ( Archives générales de médecine , 1839, V, p. 137), Hardy et Béhier tracent un tableau animé et fortement documenté de la laryngite chronique de l’époque, c’est-à-dire de la phtisie laryngée'. Nous insisterons peu sur leur description des altérations morbides fort bien conduite, mais n’offrant, en somme, rien de bien original ; disons cependant qu’ils ont su faire ressortir d’une façon toute spéciale les lésions de périchondrite et l’envahissement des

1. Yalleix et Barth, par exemple. Andral et Louis avaient déjà montré par leurs recherches anatomo-pathologiques que l’ulcère est rare dans les phlegmasies simples du larynx.

Page 1