On l’a comparée alors à une sorte de pénis
MONNERET ET DELABERG2
« Le gonflement est parfois borné aux cordes vocales qui peuvent devenir assez volumineuses pour se toucher et effacer complètement la cavité des ventricules latéraux 1 2 . D’autres fois, c'est la muqueuse qui tapisse ces ventricules qui est soulevée par l’infiltration du tissu cellulaire placé au-dessous d’elle, et qui comble la cavité comprise entre les deux cordes vocales d’un même côté.
« Dans quelques cas, l’infiltration occupe en même temps le tissu cellulaire du pharynx, des amygdales, qui est aux environs du larynx?...
« La membrane qui recouvre les parties infiltrées est pâle, décolorée. Le liquide qui distend est tantôt limpide, transparent, gélati ni forme, tantôt trouble, séro-purulent, purulent 3 . En effet, on a rhttaché à l’angine laryngée œdémateuse des collections purulentes, des abcès occupant les muscles laryngiens, mais ces collections purulentes n’appartiennent point à l’œdème du larynx. Le pus ne lui appartient que lorsqu’il est à l’état d’infiltration, qu’il occupe les organes où l’on rencontre à l’ordinaire l’infiltration séreuse. »
La symptomatologie, la marche, le pronostic, le diagnostic et le traitement sont surtout rédigés d’après Bayle et Blache, auxquels les auteurs font de nombreux emprunts.
Le chapitre consacré aux hémorragies du larynx ( Compendium de méd., p. 534) est intéressant par les curieux renseignements bibliographiques et autres qu’il nous fournit :
« L’hémorragie du larynx (laryngorragie) est fort rare 4 ; à peine est-elle indiquée dans les nosographies. Piorry dit n’en avoir observé qu’un très petit nombre de cas. Albers pense ( Journal für die gesammte Heilkund., Bd. I, Heft 1) qu’elle est souvent confondue avec la pneumorragie, et il en trace la description suivante : Le sang est rejeté à l’extérieur sous deux formes différentes ; tantôt on n’aperçoit que quelques stries, quelques
1. Ceci a été vu notamment dans certains cas d’ulcérations des cordes, dues à la variole.
2. Coïncidence exceptionnelle et qui ne se montre guère qu’au cours d’œdème véritablement hydropique, et alors surtout comme phénomène ultime.
3. Voir, à ce sujet, l’excellente description de Cruveilhier que nous avons rapportée dans l’article consacré à cet auteur.
4. Actuellement, au contraire, on admet une laryngite dite hémorragique, où ce phénomène de réjet du sang est la caractéristique de l’affection. On connaît aussi actuellement, en dehors des hémorragies relevant des ulcérations, les laryngorragies attribuables à l’ataxie, à la syringomyélie, aux affections rénales, hépatiques, cardiaques, etc. La question a donc tout à fait changé d’aspect.
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points isolés dans les crachats, la toux est presque nulle, la voix voilée ; tantôt, lorsque l’hémorragie est plus abondante, le malade rejette des caillots assez considérables d’un sang noir ou vermeil, et il éprouve la sensation d'un corps étranger dans le larynx. La toux est violente, la voix profondément altérée, la respiration gênée ; la tête est congestionnée; il y a vertiges, tintements d’oreilles, éblouissements. Dans aucun cas, le malade n’éprouve de la douleur dans la poitrine. Il respire profondément, et si, ensuite, il expire brusquement, les mucosités qu’il expectore ne contiennent aucune trace de sang.
« Lorsque l’hémorragie est très abondante, le sang peut 'se .• précipiter dans les voies aériennes et déterminer rapidement une asphyxie mortelle.
« L’inspection de l’arrière-bouche ne permet pas de confondre l’hémorragie du larynx avec la pharyngorragie; dans la gastrorragie, le sang est toujours noir, mélangé à des matières stomacales, rejeté par vomissement. Il y à douleur à l’épigastre et la voix n’est pas altérée.
« Dans la trachéorragie, une douleur vive se fait sentir au niveau du sternum ; la dyspnée est plus intense, la toux constante et plus violente.
« Dans la bronchorragie et la pneumorragie, la dyspnée est extrême, la toux continuelle ; douleurs plus ou moins vives dans la poitrine; enfin, on trouves des râles qui n’existent pas dans la laryngorragie L
« Le pronostic n’est grave que lorsque son abondance peut faire craindre l’asphyxie.
« La laryngorragie, suivant Albers, se montre principalement chez les sujets âgés de vingt à quarante ans, et surtout de vingthuit à tfente-six ans ; elle peut se produire brusquement, par un effort de voix, par un changement, de température, par une congestion cérébrale, par la suppression d’un flux sanguin habituel.
« L’étiologie indiquée par le médecin de Bonn paraît être assez problématique et on peut penser que la. présence dans le larynx d’ulcérations profondes, quelle que soit d’ailleurs la nature de celles-ci, est jusqu’à présent la seule cause qu’on puisse assigner avec certitude à la laryngorragie.
« Le traitement est celui de l’altération primitive, celui des hémorragies. »
1. Inutile de faire remarquer combien toutes ces différenciations sont théoriques et basées sur des vues a priori. Albers ne décrit en somme que la variété de laryngorragie de beaucoup la plus rare, la congestive.
MONNERET ET DELABERGE
A propos de la phtisie laryngée , Monneret et Delaberge se contentent de reproduire le plus souvent les notions contenues dans la remarquable monographie de Trousseau et Belloc, qui était devenue du reste classique, ainsi qu’il est facile de s’en convaincre en parcourant les nosologistes qui sont immédiatement postérieurs à ces deux écrivains. Néanmoins si, comme ces écrivains,nos deux auteurs admettent un syndrome clinique embrassant en réalité des espèces nosologiques distinctes, comme ceux-ci également, ils consacrent à ces dernières des paragraphes spéciaux où commence à être esquissée leur véritable histoire clinique.
Voici ce qu’ils disent sur la syphilis du larynx dont ils donnent uné description très complète et très remarquable : « Existe-t-il des ulcérations syphilitiques du larynx? Les avis sont très partagés, dit Valleix (Guide du médprat ., p.417, Paris, 1842); d’une part, nous avons J. Frank et quelques autres auteurs, qui pensent que la syphilis est une cause fréquente delà laryngite ulcéreuse; et d’autre part, Cullerier et Lagneau 1 , qui disent formellement que les ulcères syphilitiques du larynx sont excessivement rares. Ricord n’en fait pas même mention. Valleix conclut néanmoins à l’existence des ulcérations vénériennes du larynx, en se fondant sur cinq observations réunies par lui et sur sept observations citées par Trousseau et Belloc. Nous ne pensons pas que les ulcérations syphilitiques du larynx puissent être mises en doute aujourd’hui. Si elles rie sont pas d’une manière absolue les accidents les plus fréquents de la syphilis, quel est cependant le praticien qui n’en a point observé? Et combien il nous serait facile de réunir non seulement plus de douze, mais un grand nombre d’observations, dans lesquelles la cause syphilitique se montre d’une manière incontestable. Andral, Piorry, Cruveilhier, Rayer, Trousseau, Cazenave, tous les nosographes parlent des ulcérations vénériennes du larynx comme d’une altération spécifique acceptée par tout le monde et, si Ricord n’a pas eu l’occasion de s’expliquer à ce sujet, tout ceux qui suivent sa clinique savent que son silence n’est point, comme semble le croire Valleix, le résultat -d’un doute. La
1. Il est surprenant de voir dans quelle ignorance des lésions laryngées de la vérole étaient restés la plupart des syphiligraphes de l’époque. Tout ce que savaient les contemporains leur avait été enseigné par les praticiens de la médecine générale. Ricord lui-même est resté assez longtemps indécis ; mais il a fini par reconnaître la fréquence des déterminations laryngées de la vérole, comme le font remarquer plus loin nos deux auteurs.
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laryngite ulcéreuse syphilitique, dit Cazenave, est un accident secondaire qui n’est malheureusement pas aussi rare qu’on pourrait le croire ; j’en ai vu d’assez nombreux exemples.
« Les accidents syphilitiques du larynx, dit Ricord, bien que relativement peu fréquents, s’observent cependant plus souvent qu’on ne semble le croire ; mais il peut arriver qu’ils échappent à l’observation, à cause de la difficulté que présente l’exploration directe du larynx pendant la vie, aussi bien que delà rareté des autopsies à la suite des lésions de cet organe.
« Ordinairement peu nombreuses, les ulcérations syphilitiques du larynx occupent le plus ordinairement, suivant Hawkins [Arch. générales de méd., t. IX, p. 439), les côtés des cartilages aryténoïdes ; mais on les voit aussi siéger sur l’épiglotte et les cordes vocales. En général, dit Barth K , la face antérieure de l’épiglotte est leur siège de prédilection.
« Les dimensions des ulcères varient jusqu’à un pouce et plus de diamètre (Hawkins) ; ces ulcérations sont ordinairement ovalaires, et présentent la forme et les dimensions d’une amande. Elles se développent de haut en bas, selon Barth, parce que, dans la grande majorité des cas, elles résultent de l’extension au larynx d’ulcérations vénériennes des amygdales, de la luette, du voile du palais ou de ses piliers ou du pharynx 1 2 . Un caractère important est la tendance qu’elles ont à se cicatriser pour se porter sur un autre point de l’orgame 3 .
« Les ulcérations vénériennes sont souvent accompagnées de végétations dont le point de départ semble être les plaques muqueuses du larynx 4 5 .
« Les ulcérations syphilitiques déterminent la destruction des cordes vocales, la production d’abcès intra-laryngiens, la carie, la nécrose, l’ossification des cartilages, etc. s .
« Les ulcérations syphilitiques du larynx sont souvent très douloureuses 6 . Elles peuvent être le seul symptôme syphilitique
1. Voir l’article que nous consacrons à cet auteur, qui a signalé le premier la localisation exacte, en avant, des lésions laryngées delà vérole tertiaire.
2. Ceci est en somme exceptionnel ; la concomitance des lésions laryngées et des lésions pharyngées est fréquente, non leur continuité.
3. Ricord a bien fait ressortir la marche serpigineuse des lésions tertiaires, les plus fréquentes dans le larynx, ou du moins celles qui frappent le mieux l’attention à cause de leur gravité.
4. Par exemple, dans les accidents secondo-tertiaires des sujets débilités,
5. Voir, sur ce point, les travaux des anatomo-pathologistes de l’époque, surtout de Cruveilhier.
6. Ce n’est pas cependant là le fait habituel, s’il n’y a pas réaction inflammatoire aiguë.
MONNERET ET DELABERGE
actuel; mais, le plus souvent, on observe, en même temps, des phénomènes vénériens secondaires ou tertiaires. Les malades présentent des ulcérations vénériennes de la gorge, des syphilides, des exostoses, des caries, c’est-à-dire les symptômes de la syphilis constitutionnelle 1 .
« Quand il n’y a que de la roséole, de l’érythème de l’isthme du gosier, on n’observe du côté du larynx que la dysphonie ou de l’aphonie plus ou moins complète 2 . Quand la malade présente des ulcérations de la gorge ou une syphilide ulcéreuse, les accidents sont plus graves que dans le cas ci-dessus : la respiration est gênée, la toux fréquente, l’expectoration abondante, purulente, sanieuse, sanguinolente, le larynx très douloureux au toucher. Dans les accidents tertiaires, on observe du côté du larynx tous les symptômes qui appartiennent à la carie, à la nécrose des cartilages laryngiens.
« On a rencontré quelquefois la coïncidence d’ulcérations présumées syphilitiques du larynx et de la phtisie pulmonaire. Se reporter, à ce sujet, à ce qui est dit plus haut à propos de la laryngite chronique.
« Tantôt les lésions font des progrès rapides et amènent en peu de temps des altérations mortelles 3 4 , tantôt elles marchent lentement et plusieurs années peuvent s’écouler avant que la vie du malade soit compromise *.
« 1° On devra tenir compte des ulcérations laryngiennes accompagnées de symptômes actuels de syphilis constitutionnelle, et en l’absence de tout signe de phtisie pulmonaire;
« 2° Des ulcérations laryngiennes sans symptômes actuels ni antécédents de syphilis constitutionnelle, et en l’absence de tout signe de phtisie pulmonaire .
« 3° Des ulcérations laryngiennes avec imminence ou coïncidence de phtisie pulmonaire. »
« A moins que les cartilages du larynx ne soient profondément altérés ou qu’il n’existe des complications graves, le pronostic est, en général, favorable ; souvent un traitement spécifique
1. Souvent, d’ailleurs, ces phénomènes concomitants manquent et si les anamnestiques sont douteux, on en est réduit à l’aspect des lésions, à leur localisation, aux résultats du traitement par les spécifiques.
2. La syphilis secondaire du larynx se révèle surtout par un érythème diffus. Les plaques y sont, semble-t-il, très rares. Comme le disaient Monneret et Delaberge, on est mis sur la voie par l’apparition de troubles vocaux.