‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 62 sur 117 · Par œdème de la glotte, comme on le sait aujourd’hui · texte numérisé non relu

Par œdème de la glotte, comme on le sait aujourd’hui

4. Cette marche lente et tout à fait insidieuse est en général le fait habituel du tertiarisme laryngé.

LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE DE PARIS

sévère et longtemps continué a rendu à la santé des malades dont l’état était ou semblait être désespéré. Pravaz ( Recherches sur la phtisie laryngée , thèse de Paris, 1824), Trousseau et Belloc (Traité prat. de la phtisie laryngée ), Lhéritier (De la phtisie laryngée , obs. 17), Piorry, Cazenave et beaucoup d’autres auteurs ont rapporté des faits de ce genre.

« Quelle conduite doit tenir le médecin dans ces différents cas ?

« Toutes les fois qu’en l’absence de phtisie, les ulcérations du larynx coïncident avec des symptômes de vérole constitutionnelle, il faut d’emblée recourir au traitement spécifique.

«Si,au contraire, il y a phtisie et que la maladie soit avancée, la mort prochaine, il sera raisonnable de s’abstenir de toute médication. »

Monneret et Delâberge ont eu le mérite également de tracer du cancer du larynx une histoire, déjà assez détaillée (après, il est vrai, Trousseau et Belloc), surtout si l’on considère les maigres notions de l’époque, et d’attirer ainsi, à nouveau, sur cette redoutable affection l’attention de leurs contemporains (voir Compendium de médecine ,- t. V, p. 534).

« Le cancer du larynx, disent-ils (laryngo-carcinie de Piorry), est une affection extrêmement rare. Morgagni dit en avoir observé un exemple, mais il n’entre dans aucun détail (De sedibus et causis morborum, epist. XXV11I, n° 9). Les trois seuls cas de cancer laryngien que nous connaissons appartiennent à Trousseau [ Traité pratique de la phtisie laryngée, Paris, 1837) et à Louis (Mêm. de la soc. méd. d'observation, Paris, 1838, t. I, P- 173).

« Les lésions n’ont été décrites que dans deux cas.

« Voici ce que disent Trousseau et Belloc : Une multitude de tumeurs d’un volume variable, réunies en grappes ou isolées, occupaient presque tout l’intérieur du larynx, l’épiglotte et une partie de la trachée-artère. Sur les parties latérales, du côté gauche principalement et au-devant du corps thyroïde, on voyait, disséminées dans le tissu cellulaire, une multitude de petites tumeurs analogues. A l’intérieur du larynx, dans les points que n’occupaient pas les tumeurs, la muqueuse était ulcérée et comme fongueuse. Le ligament aryténo-épiglottique du côté droit était sain, à cela près d’un peu de gonflement dans la muqueuse ; le gauche était converti en masse irrégulière de la même nature que les tumeurs. En incisant les tumeurs diverses qui occupaient le larynx, on reconnaissait que lés unes (c’était le plus petit nombre), consistantes et criant sous le scalpel, avaient la couleur de la chair d’un marron d’Inde et une

MONNEBET ET DELABERGE

humidité qui les rapprochaient des tumeurs ençéphaloïdes ;‘les autres étaient ramollies et converties en une bouillie jaunâtre, ressemblant à du fromage de Brie diffluent. Cruveilhier a considéré l'affection comme étant de nature cancéreuse. Dans le cas observé par M. Louis, une masse squirrheuse ayant la forme d’un coin, dont la grosse extrémité était dirigée vers la colonne vertébrale, repoussait l’épiglotte à gauche, et rétrécissait considérablement la cavité- du larynx. Une seconde masse cancéreuse, moins volumineuse, était placée sous la corde vocale inférieure gauche, laquelle était déjetée en dedans.

« Tant que la tumeur n’est point volumineuse, on n’observe qu’une raucité plus ou moins prononcée de la voix *, ou une aphonie plus ou moins complète, de l’enrouement, de la dyspnée provoquée par un exercice violent, des accès de suffocation revenant à intervalles éloignés, de la toux (Louis). Lorsque la tumeur a pris un accroissement considérable, l’aphonie est complète, la dyspnéë permanente, les accès de suffocation très rapprochés et très graves, la déglutition difficile ; la dysphagie peut même devenir telle que les liquides passent difficilement.

« Le larynx paraît plus volumineux, irrégulier 1 2 ; la tumeur finit par produire une saillie à l’extérieur, dans un cas, de la grosseur d’une pomme moyenne, dans l’autre, du poing. La peau rougit, s’amincit, s’ulcère, puis viennent les hémorragies.

« Ni l’un, ni l’autre des malades de Trousseau n’a éprouvé de douleurs caractéristiques ou même vives.

« La marche de la maladie eàt lente 3 4 5 . Chez l’un des malades de Trousseau, trente-neuf mois séparèrent les premiers symptômes de la mort, et celle-ci fut le résultat d’une pleurésie. Chez le second, la maladie dura quatre ans. A la vérité, les deux malades furent trachéotomisés au moment où. ils allaient être asphyxiés et l’opération prolongea la vie de neuf mois chez l’un de dix mois chez l’autre

« La mort est l’inévitable terminaison du cancer laryngien, soit par asphyxie, soit par dysphagie ou troubles apportés dans la nutrition et la respiration par la dégénérescence s .

1. On sait, en effet, maintenant que le mal reste à peu près latent à sa période initiale.

2. Ceci est en somme exceptionnel, la charpente cartilagineuse se laissant difficilement dilater.

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