Landouzy père, de Reims
• 2. En réalité, il s’agit de troublés fonctionnels hystériques ou neurasthéniques .
Ç. Chauveau. — Les Maîtres de l'École de Paris, t. II. 10
LES MAÎTRES DE L’ÉCOLE DE PARIS
marche, comme le traitement employé, doit éloigner l’idée d’une affection névralgique.
« Peut-être quelques-unes des affections rapportées par Bennati pourraient-elles être considérées comme des exemples de névralgie laryngienne; des cas assez nombreux d’aphonie, d’altérations diverses de la voix ne reconnaissent sans doute pour cause que des troubles de l’innervation ; mais on ne saurait se prononcer avec certitude à ce sujet.
« L’un de nous a observé une névralgie du larynx parfaitement caractérisée sur une jeune femme, dont il a publié ailleurs une partie de l’histoire, et chez laquelle il a vu successivement se manifester presque toutes les névralgies superficielles ou profondes qui puissent affliger le corps humain.
« M me N. souffrait depuis deux jours d’une gastralgie violente. Après injections hypodermiques d’hydrochlorate , de morphine, la névralgie se déplace et va occuper la face ; nouvelle application de morphine derrière l’oreille droite et la névralgie va occuper le larynx qui est le siège d'une douleur très vive, qui n’est exaspérée ni par une pression exercée sur l’organe, ni par les mouvements qu’on imprime à celui-ci, ni par la ■déglutition, mais qui devient, au contraire, beaucoup violente lorsque la malade fait un effort de voix.
« La respiration est normale, aucun bruit anormal au niveau du larynx, pas de toux; la voix est faible, voilée, son émission n’augmente pas la douleur lorsque la malade parle à voix basse. Lorsque la malade veut chanter, l’émission de notes basses est douloureuse, pénible; à mesure que M me N. monte la gamme, les efforts de voix deviennent plus douloureux et le ton devient faux; pour émettre une note sur-laryngienne, la malade est obligée de se livrer à des efforts très grands, très douloureux, et elle ne produit qu’un son criard et complètement faux. L’inspection de l’arrière-bouche ne fournit que des renseignements négatifs.
«Une application d’hydrochlorate de morphine sur la région antérieure du cou fit disparaître tous ces accidents. »
C’est également une observation personnelle qui est donnée pour éclaircir l’histoire clinique des paralysies laryngées (Monneret, Compendium de médecine , t. V, p. 547, Paris, 1842). Nous croyons devoir aussi reproduire ce curieux passage de leur compendium.
« La*paralysie complète du larynx est fort rare, même comme expression symptomatique de l’hémorragie cérébrale. Nous rapportons une observation 1 que-nous a fournie Trousseau.
1. Il s’agit du syndrome d’Avellis portant sur le domaine du nerf spinal.
MONNERET ET DEL.VBERGE
Monsieur X. a commencé il j a deux ans à éprouver quelque difficulté à parler; celle-ci a pris un accroissement rapide sans que jamais il y ait eu d’oppression ni de sifflement respiratoire; depuis huit mois, il est survenu dans la déglutition une gêne qui, aujourd’hui, permet à peine au malade d'avaler quelques potages clairs et même sa salive.
« A l’examen de la gorge, on voit que le voile du palais est pendant, immobile ; la langue peut à peine se mouvoir latéralement, en haut et en avant.
« La face se contracte un peu moins bien à gauche qu’à droite. Le bras gauche est un peu paralysé ; le membre inférieur du même côté est intact.
« Dans le mouvement de déglutition, le larynx s’élève en totalité, et le malade, par une brusque secousse de la tête, jette l’aliment dans le pharynx qui semble rester passif. Une petite portion d’aliment s’introduit presque toujours dans le larynx.
« Pas une seule consonne ne peut être prononcée ; parmi les voyelles, l’a seul est distinct; les autres ne sont exprimées que d’une manière très obscure. L’examen du larynx ne fournit que des signes négatifs.
« Le malade ne tarda pas à succomber; à l’autopsie, on trouva un ramollissement du cerveau du côté droit. Aucune altération n’existait dans le larynx.
« C’est à une paralysie incomplète, à une atonie des muscles laryngiens , que Bennati rapportait le plus grand nombre des altérations de la voix qui surviennent souvent chez les chanteurs après de grands efforts de voix, et qui disparaissent sous l’influence des stimulants, tandis qu’elles s’aggravent et s’éternisent sous celle des antiphlogistiques. Nous n’avons rien à ajouter à cet égard à ce qui a été dit au sujet de l’aphonie. »
Sur Yasthme de Kopp , Monneret et Delaberge professent à peu près les mêmes idées que Blache avait émises dans son excellent article sur la question, paru quelque temps auparavant dans le Dictionnaire de médecine pratique.
C’est ainsi qu’ils donnent à l’affection le nom de spasme laryngé, « parce qu’il ne préjuge point la cause de la maladie et qu’il en exprime le phénomène caractéristique». Ainsi que Kyll (.Archives générales de médecine , 2 e série, t. XV, p. 88), ils en font une « convulsion de la glotte », se montrant surtout chez les jeunes sujets, mais pouvant survenir aussi chez des individus plus âgés. En un mot, les deux écrivains confondent le mal avec l’entité, beaucoup plus vaste, appelée dès lors spasme de la glotte. « Cette manière de voir est la seule acceptable dans l’état
MAÎTRES DE l’ÉCOEE DE PARIS
actuel. » A côté de la variété idiopathique, ils admettent une forme symptomatique de l’hypertrophie du thymus ou d’une maladie du cerveau ou des méninges, du bulbe, d’un ramollissement rachitique de l’occipital comprimant la moelle allongée, et enfin de ganglions lymphatiques du cou ou de la poitrine, comprimant les voies aériennes ou les nerfs qui s’y rendent. (Ces derniers faits rentrent évidemment dans les accidents convulsifs de l’adénopathie trachéo-bronchique de Baréty.)
Le tableau symptomatique qu’ils donnent de l’affection n’est que la reproduction des données de l’époque, principalement des indications fournies parBlache ; aussi nous contenterons-nous de signaler cette ressemblance.
Le chapitre que Monneret et Delaberge consacrent à la tuberculose du larynx est plus original et mérite davantage d’attirer notre attention. On sait combien les opinions variaient sur la possibilité de lésions tuberculeuses dans le larynx. On savait certes que les ulcérations n’y sont pas rares, mais cellesci étaient-elles réellement spécifiques? Louis le niait et supposait que le processus ulcéreux était ici purement inflammatoire et dû à l’irritation que produisaient les crachats fermentés des cavernes pulmonaires en passant à travers le larynx. Trousseau et Belloc rejetaient cette opinion et admettaient même que le tubercule pouvait envahir primitivement l’organe phonateur. Mais cette opinion ne paraissait pas devoir l’emporter sur l’avis très autorisé de Louis. Delaberge et Monneret penchent manifestement en faveur de ce dernier. Après avoir concédé que l’opinion de Trousseau et Belloc est parfaitement rationnelle, ils ajoutent : « L’observation rigoureuse semble cependant établir cette remarquable immunité (de la tuberculose) en faveur du larynx. » Néanmoins, ils signalent les affirmations adverses : «Barth dit avoir constaté une fois, d’une manière évidente, la présence de tubercules dans le larynx. »
« Lhéritier mentionne, parmi les causes de la phtisie laryngée, le ramollissement de tubercules laryngiens, comme si l’existence de ceux-ci était chose démontrée et reconnue et voici ce qu’il donne comme preuve : Un homme meurt après avoir donné tous les symptômes de la laryngite chronique. A l’autopsie, on trouve la muqueuse laryngienne ramollie et ulcérée, détruite au niveau des ventricules, des altérations dans les articulations et dans les cartilages. Tout le tissu cellulaire était parsemé de petites taches blanchâtres, désagrégées, formées par de la matière tubercu leuse. Le poumon ne renfermait de tubercules en aucun de ses points. »
MONXERET ET DELABERGE
Monneret et Delaberge ne sont pas convaincus, car ils ajoutent aussitôt : « Tout porte à croire que les petites mousses blanchâtres n’étaient que le résultat d’une laryngite folliculeuse. On a souvent et à tort invoqué l’autorité d’Andral qui s’exprime ainsi : « Souvent chez les phtisiques on trouve la muqueuse du larynx soulevée en divers points de son étendue par de petits corps arrondis d’un blanc mat ou jaunâtre que l’on appelle tubercules » (Clin, méd., t. IV, p. 193, Paris, 1834) ; mais Andral se hâte d’ajouter que ces corps arrondis qu’on appelle tubercules ne sont autre chose que des follicules malades, hypertrophiés, suppurés.
« Il est moins commun, ajoute-t-il encore, qu’on ne le dit généralement, de rencontrer chez les phtisiques des tubercules dans le larynx. »
« Louis déclare que, dans aucun cas, il n’arencontré de granulations tuberculeuses dans l’épaisseur, ou à la surface de l’épiglotte, du larynx ou de la trachée.
« Grisolle dit avoir vu, une fois, une petite masse tuberculeuse dans l'épaisseur ou h la surface de l'épiglotte , au-dessous de la muqueuse laryngienne, et Barth dit : « Sur un larynx que j’ai montré dans mon cours d’anatomie pathologique, j’âi vu, au-dessous de la base du cartilage aryténoïde gauche, plusieurs petits points d’un blanc légèrement jaunâtre, déposés soit dans l’épaisseur, soit immédiatement au-dessous de la membrane muqueuse. Ces petits corps étaient, je crois, des tubercules... »
« Dans cet état de choses, nous croyons devoir établir que les tubercules ne se développent point dans le larynx, ou du moins qu'ils ne s'y montrent que dans des cas extrêmement rares ; que, par ulcérations tuberculeuses du larynx, il faut entendre ulcérations existant chez un malade atteint de phtisie pulmonaire. »
Monneret et Delaberge ont assez bien résumé les faibles connaissances de leur époque sur les rétrécissements du larynx (Compendium de médecine, t. V, p. 547).
On s’aperçoit, du reste, aisément du caractère plutôt théorique que pratique de ce chapitre, où la clinique est remplacée par des déductions tirées d’hypothèses plus ou moins heureuses.
« Des causes pathologiques très diverses peuvent produire un rétrécissement plus ou moins considérable du larynx. Les unes ont leur siège en dehors de cet organe, les autres dans son intérieur 1 .