BARTHEZ
la toux augmente; expectoration formée par une matière sannieuse diffluente, l’air qui s’échappe de la poitrine a une odeur fétide, repoussante ; le malade a des frissons plusieurs fois dans la journée.
« Le 14, douleurs aiguës dans le côté droit de la poitrine ; expectoration mêlée de sang vermeil ; absence, du même côté, des bruits respiratoires ; toux fréquente ; crachats grisâtres et fétides, d’une odeur gangreneuse repoussante. L’expectoration se ralentit dans la soirée et le malade succombe le 18, vingtcinq jours après l’opération. »
A l’autopsie, on constate les lésions suivantes :
« Dans l’intestin grêle, = tous les caractères anatomiques de la fièvre typhoïde...
« Le larynx est détaché et isolé de la peau, qui offre, au niveau de la. région cricoïdienne, une teinte verdâtfe qui se communique aux muscles et au tissu cellulaire sous-jacent. On divise le larynx par une incision longitudinale et il est impossible de trouver à gauche cejtte partie du cartilage cricoïde ; on voit à sa place un espace libre, et la membrane muqueuse perforée en plusieurs endroits et boursoufflée. Toutes ces altérations correspondent exactement à la teinte verdâtre remarquée sur la peau.. Du Côté droit, on retrouve encore une partie du cartilage cricoïde, non flexible, friable et comme ossifié ; articulation crico-aryténoïdienne complètement détruite.
« Le cartilage thyroïde offre sur la face externe du bord inférieur gauche, ainsi que sur sa saillie, dans une étendue de deux millimètres environ, des points cartilagineux profondément nécrosés... »
Le second cas se rapporte à une laryngo-nécrose survenue également dans le cours d’une.fièvre typhoïde. Nous empruntons à l’auteur les détails intéressants de son histoire clinique.
« G..., 22 ans, de constitution lymphatique, habitant une des contrées les plus humides de la Bretagne, entré à l’hôpital atteint de fièvre typhoïde commençante.
« Rien de particulier pendant la durée de la fièvre, à part une toux fréquente.
« Malgré la gravité des symptômes, la convalescence marche avec rapidité et, au bout d’un mois, C. allait et venait dans l’intérieur de l’hôpital et mangeait la demi-portion.
« Depuis plusieurs jours, le malade avaitpris l’habitude de rester assis sur un banc, d’où il recevait l’impression d’un courant d’air froid.
« Le douzième jour de la convalescence, nous trouvâmes C.,
160 LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE DE PARIS
à la visite du matin, avec une toux rauque et la voix croupale. Rien de particulier à la gorge ; la déglutition est facile ; pas de sifflement dans la respiration ; pas de sensibilité du larynx ; pouls normal...
« Six jours se passent sans présenter de caractère fâcheux, quand, tout à coup, des symptômes graves se manifestent du côté du larynx ; fièvre, accès de suffocation durant pendant deux heures.
« A la visite, le matin, le calme a reparu ; la nuit suivante, nouvel accès de suffocation avec toux opiniâtre sans expectoration. La physionomie change subitement : anxiété extrême ; toux croupale ; le malade peu à peu perd ses forces et expire après une courte agonie, sans suffocation, treize jours après l’apparition des premiers signes de l’affection du larynx.
« A l’autopsie, nous voyons sur la peau qui recouvre la région cricoïdienne une teinte bleuâtre ; partout ailleurs, elle est normale. Cette couleur, plutôt verdâtre, se continue sur tout le tissu musculaire et cellulaire sous-jacent. Sur chaque côté de l’incision du larynx, on voit s’avanûer librement les deux bouts du cartilage cricoïde sous forme de lamelles... »
Barthez conclut de cette investigation nécropsique que « la larÿngo-nécrose ne diffère pas essentiellement, au point de vue des altérations anatomiques, de la phtisie laryngée 1 ; on voit, dans ces cas, des ulcérations plus ou moins étendues de la muqueuse du larynx, de l’épiglotte et des lèvres de la glotte ». D’évolution rapide, d’une gravite extrême surtout à sa période d’état, provoquée par une cause quelconque telle que le refroidissement, évoluant sur un terrain taré par une grave maladie antérieure, elle engendrerait les lésions les plus graves et se terminerait le plus souvent par la mort.
1 . C’est l’opinion aussi de Valleix qui fait de ces cas une forme aiguë de la phtisie laryngée.
XYI, — SESTIER
La monographie de Sestier sur Y œdème de la glotte (Paris, 1852) est le travail le plus complet qui ait paru sur la question pendant toute la période préspécialistique du xix e siècle. Historique, étiologie, anatomie pathologique, symptomatologie, tout est examiné avec le plus grand soin et avec tous les développements que comporte le sujet. L’auteur s’affirme nettement polygéniste, c’est-à-dire qu’il admet que la source des accidents morbides peut être multiple. A côté de l’infiltration séreuse, séropurulente, purulente, il y aurait l’infiltration tuberculeuse solide ou demi-solide. En un mot, ce serait la localisation des lésions et non leur nature qui commanderait la symptomatologie. Ajoutons que l’écrivain a décrit comme ses devanciers des formes cliniques fondées sur la durée du mal. De nombreuses observations empruntées par Sestier à la littérature médicale de l’époque ou qui lui sont personnelles lui permettent enfin de mieux préciser ces différents aspects cliniques.
Parmi les facteurs étiologiques, les affections gutturalës joueraient, suivant l’auteur, un rôle très important qui avait été signalé trop sommairement par ses prédécesseurs. « L’inflammation de la gorge est une des causes les plus fréquentes de l’infiltration laryngée * ; nous en avons réuni 67 càs. Cette inflammation varie dans sa nature, dans son acuité, et selon aussi les circonstances au milieu desquelles elle se développe. Nous avons analysé 56 cas d’angines infiltro-laryngées subordonnées à une inflammation aiguë et simple de l’arrière-bouche, le larynx n’étant le siège d’aucune lésion antécédente .» Bien que l’œdème de la glotte coïncide assez rarement avec l’inflammation aiguë du pharynx, ce n’en serait pas moins une des complications les plus redoutables de cette affection. A ce sujet, l’auteur entre dans de longs relevés statistiques, suivant la mode de l’époque intronisée par Louis. Ces considérations ont grandement perdu de leur importance maintenant que nous savons que les