C. Chauveau. — Les Maîtres de l'École de Paris, t. II
162 LES MAÎTRES DE LECOLE DE PARIS
lésions isolées ou concomitantes de l’amygdale linguale sont ici le grand danger, qu’il y ait ou non coïncidence avec une tonsillite palatine. Quoi qu’il en soit, voici ce que l’auteur a écrit sur ce sujet :
« Il importe de distinguer ici l’état antécédent des sujets. L’inflammation aiguë de la gorge chez des individus d’ailleurs bien portants a été 31 fois le point départ de l’infiltration du sommet du larynx. Les malades étaient âgés de 15 à 60 ans, et dans les proportions suivantes : 3 d’entre eux avaient de 15 à 20 ans ; 7, de 20 à 30 ; 4, de 30 à 40 ; 8, de 40 à 50 ; 4, de 50 à 60. Cinq autres sujets dont l’âge n’a pas été formulé avaient cependant dépassé la première ou la seconde enfance. Aucun enfant ne se trouve donc signalé dans ce groupe et cependant, dans, le jeune âge, la phlegmasie simple de la gorge est assez commune.
« Parmi les malades dont nous parlons, 18 appartenaient au : sexe masculin et 13 au sexe féminin.
« Dans 25 cas, l’infiltration laryngée a été subordonnée à une inflammation de la gorge survenue elle-même pendant la convalescence ou dans le cours de maladies diverses, mais étrangères au larynx. Parmi ces 25 malades, nous trouvons 2 enfants de4 à 6 ans et 3 vieillards de 68 à 71 ans. Les autres sujets étaient âgés de 18 à 60 ans ; savoir : 2 de 15 à 20 ans ; 7 de 20 à 30 ; 5 de 30 à 40 ; 2 de 40 à 50 ans ; 1 de 50 à 60.
« Sur les 23 sujets qui avaient dépassé l’enfance, 18 appartenaient au sexe masculin et 5 seulement au sexe féminin.
« En sorte qu’en réunissant tous les cas où l’angine infiltrolaryngée s’est trouvée sous la dépendance d’une inflammation aiguë et simple de la gorge, le larynx n’étant le siège d’aucune lésion antécédente, nous en trouvons 56.
« Dans les 56 cas que nous étudions, outre les lésions inflammatoires et ordinaires de l’arrière-bouche, nous avons trouvé, 7 fois, des lésions diverses et voisines du larynx, savoir : une infiltration séro-purulente de la région antérieure du cou (4 fois); un foyer purulent derrière la membranne thyro-hyoïdienne ; un engorgement du cou ou de la parotide (2 fois). Ces lésions qui, toutes, nous paraissent avoir été antérieures à l’angine œdémateuse, ont peut-être contribué à son développement ; du moins leur rôle est obscur ou douteux, si on le compare à celui, dès à présent si bien démontré, de l’inflammation de la gorge.
« Sur 56cas, l’inflammation gutturale a été : intense, 10 fois ; moyenne, 25 fois, et légère, 11 fois. On ne saurait conclure de là que l’inflammation gutturale légère ou de moyenne intensité
SESTIER
soit plus souvent suivie d’œdème laryngé que celle qui est intense, puisque les deux premières sont certainement chacune beaucoup plus fréquentes que la troisième.
« Mais ce qui ressort positivement de cet examen c’est que l’inflammation intense et l’inflammation modérée ou même très légère de la gorge peuvent devenir le point de départ de l’infiltration du sommet du larynx. Rappelons ces individus surpris en pleine santé par une angine gutturale légère et qui ont succombé, en peu d’heures, à l’œdème laryngé. »
En dehors des causes (syphilis, tuberculose) réalisant ce qu’on appelait alors la phtisie laryngée, Sestier est assez peu précis, en raison des données insuffisantes de l'époque. Ainsi il signale l’apparition de l’œdème de la glotte au cours de la pneumonie, du catarrhe, de la coqueluche. Depuis certaines communications retentissantes, celle de Rouillaud notamment, on savait que l’érysipèle de la face peut se compliquer d’infiltration des replis aryténo-épiglottiques. L’auteur en mentionne 4 cas et suppose que, chez les sujets en question, le processus morbide s’était propagé d’abord à l’arrière-bouche. Les facteurs d’hydropisie et non plus d’irritation sont ainsi notés : « Trois fois, l’affection s’est développée chez des sujets atteints d’anasarque, par suite de maladies du cœur ou de fièvre intermittente. Ces trois observations nous montrent le danger qui accompagne l’inflammation de la gorge, lorsqu’elle survient chez des individus atteints de diathèse séreuse. » L’insuffisance de ces constatations s’explique par l’ignorance générale sur les conséquences éloignées du mal de Bright. Ce n’est qu’un peu plus tard que celui-ci fut, du reste, un peu mieux connu. Dans un cas, l’œdème de la glotte serait survenu dans la convalesence de la fièvre typhoïde (laryngo-typhus bénin et tardif). Quant à l’influence d’une fracture de jambe, d’une balano-postite, il s’agirait, comme semble le penser aussi Sestier, de simples coïncidences.
Pour la description des lésions , Sestier avait parmi ses prédécesseurs, Cruveilhier surtout, d’excellents modèles ; mais on doit reconnaître qu’il est plus circonstancié et par là plus instructif.
« Les replis, au lieu de lames minces, à bord supérieur tranchant, forment deux corps cylindroïdes irréguliers ou deux bourrelets un peu aplatis, de manière à présenter une face externe tournée légèrement en haut, et une face interne dirigée un peu en bas ; leur bord libre est un peu épaissi et arrondi. Ordinairement, les replis sont plus courts que dans l’état naturel et d’autant plus courts qu’ils sont plus épais. On a vu la partie
supérieure du larynx d’un rouge livide, tellement tuméfiée et déformée qu’elle simulait un coi utérin enflammé (Trousseau et Belloc).
«Les bourrelets sont ordinairement lisses et tendus. Quelquefois, ils offrent des rides, des bosselures, par suite de la disparition d’une partie du liquide infiltré, et, peut-être aussi, par suite de l’adhérence inégale de la membrane muqueuse au tissu cellulaire sous-jacent.
« Ainsi, sur un sujet observé par Delpech les replis aryténoépiglottiques et l’intérieur même du larynx présentaient des rides nombreuses et variées dans leur direction, un aspect gaufré fort extraordinaire. Chez un jeune homme, cité par Louis, le pourtour de l’orifice supérieur était ridé comme les doigts qui ont été maintenus dans l’eau un espace de temps plus ou moins considérable.
« L’orifice supérieur du larynx]qui, dans l’état normal, est triangulaire, est souvent transformé en une fente linéaire et courte, d’autres fois en un trou plus ou moins régulièrement arrondi.
« Lorsqu’un seul repli est infiltré, l’orifice est déjeté du côté opposé, remarque qui n’est pas inutile lorsqu’il s’agit d’introduire la sonde laryngienne 4 ...
« La mobilité des bourrelets est variable ; le plus ordinairement une légère pression exercée de haut en bas les abaisse et diminue l’orifice qu’ils circonscrivent. Ou bien, si, détachant le larynx et la moitié supérieure de la trachée, on adapte à celle-ci le tube d’un soufflet et que l’on fasse le vide, les replis œdématiés s’abaissent, pour se relever au moment où l’on rapproche les valves de l’instrument. Aussi, pendant la vie, l’inspiration est-elle difficile et bruyante, l’expiration restant facile et silencieuse. L’occlusion de F orifice du larynx étant en raison directe de la violence de l’aspiration, on recommandera aux malades d’inspirer autant que possible lentement et doucement.
« Parfois les bourrelets, quoique épais et tendus, peuvent néanmoins s’élever ; mais bientôt ils retombent lourdement sur l'orifice qu’ils oblitèrent en grande partie.
« D’autres fois, ils sont flasques et tremblotants, il est facile de les soulever, de les abaisser, de les agiter, et, si l’un deux est plus infiltré et plus allongé que l’autre, il peut s’introduire, s’engouffrer en quelque sorte dans l’orifice supérieur du larynx (sujet de Bayle, n° 2).
« On conçoit dès lors aussi qu’un tel repli puisse déterminer, par ses vibrations, le bruit de drapeau (obs. Benoît, n° 4). »