Voir l’article consacré à cet anatomo-pathologiste
2. Il s’agit des grands uloères serpigineux, d’ailleurs peu fréquents, des
nosologistes actuels. .......
TROUSSEAU
coïncidences morbides n’ayant avec la phtisie laryngée qu’une relation toute fortuite, ou bien même il s’agit de fausses phtisies laryngées déterminées, par exemple, par des polypes, des corps étrangers ou même des calculs de l’organe phonateur. Plus intéressantes sont les recherches de Louis, qu’ils mentionnent, sur la fréquence relative des ulcérations dans les différentes parties de l’appareil vocal. Ce célèbre anatomo-pathologiste avait observé dix-huit cas de localisations à l’épiglotte. « Cinq fois ces ulcérations étaient seules et sans complication de celles du larynx et de la trachée. Elles étaient, en général, superficielles ; dans deux cas seulement, elles reposaient sur le fibro-cartilage, et, un seul cas excepté, elles étaient situées sur la face laryngienne de l’épiglotte. Dans quatre cas, cet organe était érodé dans son pourtour; une fois il était complètement détruit. » Quant aux ulcérations du larynx 1 proprement dit, « leur ordre de fréquence relativement au lieu qu’elles occupaient était celui-ci : la réunion des cordes vocales, la partie postérieure des cordes vocales elles-mêmes, la hase des aryténoïdes 2 3 , la partie supérieure du larynx et enfin l’intérieur des ventricules qui n’a été ulcéré qu’une seule fois. »
Les lésions spécifiques de la syphilis 3 avaient été reconnues dans un certain nombre de cas. « M. Rayer ( Traité des maladies de la peau. Atlas , pl. XV, gg., 2 e édition) en a conservé à la science l’exemple le plus remarquable que nous connaissions. » Parfois les investigations nécropsiques avaient permis de rencontrer des masses morbides qui offraient la plus étroite analogieavec les tubercules du poumon. De grandes discussions s’étaient élevées, comme nous l’avons dit précédemment, à ce sujet : « La plupart des auteurs disent ne pas reconnaître, dans les granulations qu’on rencontre assez fréquemment dans le larynx des phtisiques, les caractères du tubercule. On pense généralement que ces petites tumeurs ne sont autre chose que des follicules muqueux enflammés ou engorgés. M. Louis dit positivement que, dans aucun cas, on ne rencontre de granulations tuberculeuses dans le larynx, l’épiglotte ou la trachée ; d’où il conclut que l’on
1. En l’absence du laryngoscope, il était difficile de différencier certains troubles vocaux, avec toux et dyspnée, de la laryngite tuberculeuse vraie ; seule la marche de l’affection permettait de s’y reconnaître.
2. En somme, la prédilection de la phtisie laryngée pour la région aryténoïdienne n’était pas encore reconnue, bien que les relevés statistiques montrassent déjà la grande fréquence des ulcérations à ce niveau.
3. Voir, pour la forme syphilitique de la phtisie laryngée, Monneret qui a fort bien étudié les déterminations laryngées de la vérole,
LES MAÎTRES DE L’ÉCOLE DE PARIS
doit regarder l'inflammation comme la cause la plus fréquente des ulcérations qu’on y observe 1 . Andral 2 a observé souvent de ces granulations, et il pense que, dans le plus grand nombre des cas, elles ne sont pas dénaturé tuberculeuse. Nous n’aurons pas la témérité de hasarder notre opinion dans une question aussi délicate, nos recherches n’ayant pas été assez multipliées sur ce sujet. » Cependant, dans quelques cas, les deux auteurs pensent qu’on peut songer à la tuberculose etvoici ce qu’ils disent de ces tumeurs : « Il est évident qu’elles présentent tous les caractères du tubercule et l’observation de Morgagni que nous citerons tout à l’heure en est un exemple. » Ils mentionnent dans le même sens l’observation qui leur avait été communiquée par Vernois.
Certains auteurs séparaient la phtisie laryngée de la phtisie trachéale, sous le prétexte qu’elles déterminaient des symptômes différents et qu’elles existent souvent à l’état isolé; Trousseau et Belloc, comme les nosologistes actuels, ne veulent pas de cette distinction ; car, disent-ils, elles naissent toutes deux sous l’influence des mêmes causes, surviennent dans les mêmes circonstances et coïncident presque toujours, de telle sorte que Louis, sur vingt-trois cas de phtisie laryngée, ne constata que deux fois l’intégrité de la trachée. Par conséquent, l’opinion adverse de Cayol devrait être entièrement rejetée et il faudrait adopter l’avis de Double, de Borsieri et de J. Franck.
Étiologie. ^-Trousseau et Belloc ne se font pas illusion sur le •caractère factice de l’entité morbide qu’ils décrivent. Ils avouent franchement qu’il s’agit d’un syndrome. « La phtisie laryngée n’est pas une maladie sni generis, se présentant toujours ou presque toujours avec des formes anatomiques semblables... ; le plus souvent, elle est la suite de lésions organiques diverses, qui, une fois développées, deviennent les causes véritables de la phtisie laryngée. Ces lésions sont de nature extrêmement variée, et si on les a toutes embrassées sous la dénomination commune de phtisie laryngée, c’est parce que, en général, elles provoquent, en attaquant le larynx, des désordres fonctionnels toujours à peu près les mêmes et qui dépendent bien plus, comme nous le disions tout à l’heure, de la destination spéciale
1. Valleix regardera tout processus ulcéreux véritable comme spécifique et indépendant de l’inflammation vraie ; cette opinion était en discordance absolue avec les vues de Broussais. Celui-ci faisait de l’ulcération une simple mortification causée par le processus phlegmasique, qui, à la longue, y aboutirait en quelque sorte normalement.