Thuillier
TROUSSEAU
faction moins molle se déplace difficilement, à cause de sa rigidité, sous l’influence du courant d’air. « A cela nous dirons que prévenus de ce symptôme et le cherchant avec beaucoup de soin et d’attention, nous ne l’avons jamais trouvé. » Il y aurait sifflement inspiratoire et voilà tout, parce que, dans l’inspiration, le courant d’air plus vif que dans l’expiration fait vibrer les parties épaisses et rétrécies du larynx. Quant à la cause des spasmes signalés plus haut, ils seraient dus à une asphyxie véritable, faisant porterson action délétère et excitante sur la circulation,qui tuméfie passivement par stase la muqueuse aérienne, ce qui gêne mécaniquement l’accès de l’air. En effet, d’expériences sur les animaux, Trousseau et Belloc concluent que le rétrécissement d’ordre musculaire de ces mêmes voies aériennes n’existerait pas (?) 1 .
Souvent les malades avaleraient de travers. Ceci tiendrait à un fonctionnement imparfait de l’occlusion laryngée et non à la destruction plus ou moins prononcée de l’opercule épiglottique, ainsi que le prouveraient certains faits dont les deux auteurs citent un exemple personnel et un autre emprunté à Louis 2 .
Différences des symptômes suivant l'espèce de phtisie laryngée. — « Chaque espèce, disent Trousseau et Belloc, peut offrir en outre quelques symptômes spéciaux qu’il est assez intéressant de noter et que nous allons passer rapidement en revue. » Il ne faut pas s’attendre ici à une différenciation bien nette des formes syphilitiques, tuberculeuses et cancéreuses, mais il y a un effort visible et méritoire en ce sens.
1° Syphilis. — Il y aurait une douleur assez vive, contrairement à ce qui existe dans les formes habituelles de la phtisie laryngée, à cause peut-être des lésions concomitantes du pharynx atteint, en tout cas, d’érythème et d’un gonflement plus ou moins notable du tissu cellulaire sous-muqueux. « Quelquefois on rencontre un œdème de la luette et des piliers antérieurs du voile du palais. » Le toucher profond ferait souvent rencontrer des grosses masses morbides caractéristiques qui auraient échappé à un examen moins attentif. Si les altérations morbides du côté de la gorge font défaut, on en serait réduit, pour tout moyen de différenciation, à l’examen du reste du corps et aux antécédents.
1. Certains retiraient au spasme tous ses droits pour les accorder à un obstacle. mécanique transitoire. C’est ainsi que Bretonneau expliquait les crises de' dyspnée du croup et Guersant celles de la laryngite striduleuse.
2. Magendie avait déjà montré que l’occlusion de la glotte suffit, en l’ab sence de l’épiglotte, pour protéger les voies aériennes, contre l’introduction des corps étrangers.
Du reste, « la marche de la phtisie syphilitique n’est pas non plus celle de la phtisie laryngée simple » ; de plus, dans l’étude de la succession des symptômes, on verrait la vérole marcher de haut en bas, du nez vers la trachée. L’œdème trop fréquent malheureusement et souvent si rapidement mortel, l’asphyxie, le rétrécissement, les améliorations suivies de rechute, la longue évolution ne sont pas encore notés 1 par les deux auteurs qui n’avaiènt, du reste, que fort peu de matériaux à leur disposition. Il faut dire que les syphiligraphes n’étaient pas plus avancés 2 .
2° Tuberculose. — Trousseau et Belloc admettent, en outre de la forme ordinaire de phtisie chez les tuberculeux, une variété d’abord purement inflammatoire (laryngite chronique) débilitant le sujet et aboutissant à la tuberculose. Dès lors, cette diathèse tendant à empirer toute inflammation préexistante, la phlegmasie laryngée d’abord peu grave irait sans cesse ' en s’aggravant. D’ailleurs, il suffirait qu’il y ait tuberculose, pour que la moindre laryngite comportât un pronostic sévère, même quand la guérison serait apparente. La coïncidence des lésions pulmonaires éclairerait en tout le diagnostic de la forme ; pour les particularités de celles-ci, les deux auteurs renvoient au chapitre précédent où ils ont étudié la phtisie laryngée en général. Cette variété étant de beaucoup la plus fréquente leur avait servi en effet de type descriptif.
3° Cancer. — Ici la tumeur permettrait seule d'arriver au diagnostic, les médecins de l’époque n’ayant pas d’autres critériums physiques ; mais encore faüdra-t-il qu’elle ait des caractères bien spéciaux permettant de la distinguer des tumeurs tuberculeuses dont les deux auteurs avaient vu quelques exemples.
Phtisie laryngée dartreuse. — Sous ce nom assez impropre, Trousseau et Belloc désignent les affections laryngées chroniques en relation avec des lésions nasales de même nature. On ignorait encore la véritable nature de ces maladies, mais l’observation clinique avait fait connaître déjà des faits intéressants. « Il est un fait qui ne peut avoir échappé aux praticiens qui s’occupent de la pathologie du larynx, savoir que : les personnes qui ont eu pendant longtemps une affection chronique de la membrane muqueuse des fosses nasales, éprouvent souvent des phlegmasies du pharynx et du larynx , qui alternent avec la maladie du nez, ou qui paraissent n'en être que Vextension,
1. Voir pour la syphilis du larynx l’article consacré à Monneret.
2. Ils l’étaient même moins ; Lagneau, par exemple, en était encore à nier l’envahissement du larynx.
TROUSSEAU
Nous en avons cité un cas i . Il nous serait facile de les multiplier.
« Or, si ces phlegmasies chroniques de la membrane muqueuse des fosses nasales sont le plus souvent un eczéma chronique 2 , estil si ridicule d'admettre pour le larynx quelque chose d’analogue?»
Diagnostic différentiel. — Suivant les deux écrivains, il est inutile de chercher à différencier, comme l’ont fait Cayol et plusieurs autres, là phtisie laryngée de la phtisie trachéale, les symptômes étant sensiblement les mêmes, et les deux affections coïncidant presque toujours. L’issue fatale serait malheureusement très fréquente dans la phtisie laryngée; mais cette terminaison funeste ne reconnaîtrait pas toujours le même mécanisme.
Trousseau et Belloc regardent comme phtisie laryngée celle qui s’est montrée d’abord dans le larynx 3 ; ils considèrent comme accidents laryngés compliquant une phtisie pulmonaire la laryngite ulcéreuse qui a commencé par le thorax. « Si le poumon se prend le premier et que consécutivement le mésentère et les follicules de l’intestin deviennent le siège de désordres plus immédiatement mortels que ceux du poumon, nous n’en appellerons pas moins la maladie une phtisie pulmonairë. Si, au contraire, le gonflement tuberculeux des ganglions mésentériques a signalé le début de la maladie, que l’ulcération de l’intestin grêle suive
1. Il s’agit d’un ozène, peut-être vénérien, exaspéré par un traitement malencontreux longtemps continué, avec des poussées de sinusite frontale, des croûtes, une odeur caractéristique, de l’enrouement depuis quinze ans avec aggravations allant jusqu’à l’aphonie complète.
La malade, à la suite d’un refroidissement, fut prise d’étouffement grave qu’on qualifia de croup et qui céda à un traitement révulsif énergique. La malade, étant donné les mauvais renseignements fournis sur son mari, fut regardée comme syphilitique et guérit rapidement sous l’influence d’un traitement spécifique, qui fit disparaître à la fois les troubles laryngés et les troubles nasaux.
2. Avec la théorie de Broussais, à des différences de structure devaient correspondre des dissemblances pathologiques non moins accusées'; mais Rayer s’était déjà élevé contre cette façon de voir. Chomel fera de l’angine granuleuse une dartre arthritique.
3. Trousseau et Belloc guidés par la clinique regardent comme primitives les lésions qui sont les premières par ordre chronologique et qui du reste commandent souvent le tableau morbide et par conséquent le pronostic. Aujourd’hui les notions au lieu d’être cliniques ou anatomopathologiques étant surtout étiologiques, on recherche où s’est faite la porte d’entrée du microbe. G’ëst plus scientifique mais plus délicat, parce qu’une infection peut rester latente à son point de pénétration (intestin, poumon) et émigrer de là dans un point éloigné où les germes pathogènes se multiplieront et prendront un grand développement. A l’heure actuelle il reste des doutes légitimes sur le caractère primitif de bien des laryngites tuberculeuses qui ne le sont peut-être que cliniquement.
192 LES MAÎTRES DE L’ÉCOLE DE PARIS
peu à peu, etqu’enfin, dans les dernières scènes de la vie, des tubercules pulmonaires se développent et se ramollissent, nous dirons que notre malade avait une phtisie mésentérique, comme tout à l’heure nous disions qu’il avait une phtisie pulmonaire. Pour la même raison, quand la série des phénomènes locaux et généraux aura évidemment débuté par le larynx, et que, plus tard, la lésion laryngée faisant toujours des progrès, le poumon, les intestins, le mésentère viendront à présenter les signes de la tuberculisation, nous n’en ‘dirons pas moins que la malade a une phtisie laryngée. Il aura, si l’on veut, une phtisie laryngée, plus une phtisie pulmonaire, plus une entérite tuberculeuse, plus une atrophie mésentérique, mais enfin il aura une phtisie laryngée. » Du reste, les deux écrivains reconnaissent ce que le processus tuberculeux comme le processus cancéreux ont de général. Par conséquent, la diathèse frappant l’organisme tout entier, il serait assez inexact de dire phtisie laryngée ou phtisie pulmonaire ou phtisie mésentérique; mais l’usage et jusqu’à un certain point la clinique justifieraient la façon commune de voir. C’est quand l’affection est tuberculeuse que le marasme pourrait' être la cause de la mort. « De tout ce qui vient d’être dit, il résulte que, pour la phtisie laryngée tuberculeuse, nous reconnaissons que la mort par consomption est moins due à la lésion du larynx elle-même qu’aux autres lésions organiques qui sont concomitantes plutôt que consécutives. »
Un épiphénomène de la phtisie laryngée ainsi comprise serait la tuberculose dans le sens général du mot. Si les lésions quelconques sont bien cantonnées à l’organe, il n’y aurait pour ainsi dire jamais mort par consomption, bien que les deux écrivains aient vu un cas où la fièvre hectique, la toux incessante et l’amaigrissement ne se justifiaient à l’autopsie que par des altérations morbides de l’organe phonateur. « Mais ces cas sont très rares, il faut le reconnaître avec Andral '. » En somme, ce qui arrive surtout ici, ainsi que le faisait prévoir l’anatomie de la région et la pathologie laryngée en général, c’est, selon les auteurs, la mort par asphyxie, « le mode de terminaison le plus ordinaire. » • /
Une autre façon de succomber serait le passage à un tuberculose pulmonaire 1 2 . Cette affection résulterait d’un affaiblissement de l’organisme; or il ne répugne pas à l’esprit, disent