‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 84 sur 117 · XVIII. — VALLEIX · texte numérisé non relu

XVIII. — VALLEIX

Comme Blache et Monneret, Valleix a dressé un inventaire complet et intéressant des connaissances de ses contemporains en nosologie laryngée. Très érudit, clinicien remarquable et excellent émule de son maître Louis, un des grands anatomopathologistes de l’époque, esprit éminemment curieux et investigateur, il a eu, un des premiers, le mérite de nous laisser une esquisse de différentes affections 1 (tuberculose, syphilis du larynx, laryngo-typhus), dont l’étude ne sera achevée que dansles périodes ultérieures. Il fait d’abord remarquer que, par sa situation et par ses fonctions, l’organe phonateur, dont il va exposer les troubles morbides, doit donner à la fois des symptômes respiratoires et des symptômes vocaux. Certes, ces derniers, dit-il, ont le plus grand intérêt; mais il ne trouve pas rationnel qu’on y centralise en quelque sorte toute la pathologie de cette région de l’économie, ainsi que l’avaient proposé quelques-uns. « Comme organe de la voix, il a attiré l’attention de quelques médecins qui ont fait une étude toute spéciale et de son organisation et des maladies dont il peut être affecté. On a donné à ces affections le nom de maladies de la voix , mais cette division est tout arbitraire ; les altérations diverses de la voix ne- sont autre chose qu’un symptôme fort important des maladies de l’organe respirateur, et ne constituent pas à elles seules de véritables affections 2 . »

Pour classifier celles-ci Valleix, rejette le pointdevue purement symptomatique, qui ne pourrait conduire qu’à des syndromes, pour adopter pour base, suivant les tendances qui commencent à se faire jour, l’anatomie pathologique. « Les maladies du larynx ont été diversement divisées par les auteurs. Autrefois, on décrivait des aphonies, des suffocations, une phtisie laryngée. C’est-

1. Ajoutons qu’il a remarquablement décrit la laryngite aiguë et la laryngite chronique.

2. Comme on le sait, la postérité a révisé partiellement cette fin de nonrecevoir de Valleix, en admettant des affections par surmenage ou par neurasthénie portant exclusivement sur les fonctions vocales (Gutzmann, Castex, etc.).

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à-dire qu’on regardait comme formant toute la maladie le principal symptôme ou bien les résultats funestes que le mal apportait dans tout l’organisme. Aujourd’hui, on s’accorde à prendre pour base de la classification les altérations anatomiques trouvées dans le larynx. Sans prétendre que toute la maladie consiste dans la lésion anatomique, nous regardons cette manière de classer les affections du larynx comme la plus simple, et la plus utile pour le praticien. »

Un autre progrès réalisé dans la nomenclature et permettant de mieux individualiser les maladies de l’appareil vocal est également adopté par l’auteur. « C’est seulement dans ces derniers temps qu’on a imposé à la maladie (aux phlegmasies) qui nous occupe le nom de laryngite. On lui donnait auparavant celui . d’anginè, sous lequel il faut en chercher la description dans les auteurs anciens. » C’était Roche et quelques autres qui avaient établi cette terminologie bientôt acceptée par la grande majorité des nosologistes.

Valleixserend compte que mêmeles affections les plus vulgaires de l’appareil phonateur, malgré des travaux nombreux et souvent heureux qui avaient notablement élargi son domaine, étaient encore néanmoins dans l’enfance. « Nous ne possédons sur la laryngite proprement dite aucun de ces travaux qui, par leur rigueur et les détails dont ils abondent, ne laissent pas, sans l’avoir approfondi, un seul point de l’histoire d’une maladie ; mais nous avons de nombreuses recherches particulières, à l’aide desquelles il me sera possible de tracer une description assez complète de cette affection, tout en regrettant que l’état actuel de la science laisse insolubles plusieurs questions assez importantes. » La raison principale de cet état imparfait de la nosologie laryngée était certainement l’absence, à cette époque, de l’exploration physique. L’auteur le constate. « Par sa position superficielle, le larynx semble, au premier abord, plus accessible à l’exploration que la plupart des organes où siègent les affections du domaine de la médecine proprement dite ; mais, en y regardant de plus près, on voit qu’il n’en est réellement rien. Son ouverture supérieure, cachée par l’épiglotte, se dérobe à la vue et, bien que l’on conseille i , dans plusieurs cas, de l’explorer, en portant profondément l’extrémité du doigt indicateur dans l’arrière-gorge, il est certain que la pratique n’a pas tiré un

1. Thuillier, dans sa thèse inaugurale (Paris, 1825), avait proposé ce moyen, qui fut généralement rejeté à cause des spasmes et de l’angoisse qu’il provoque.

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grand parti de cette exploration. D’un autre côté, les parties molles, qui forment sa paroi antérieure, empêchent ordinairement que le palper agisse d’une manière efficace sur les parties lésées, en sorte qu’en réalité le larynx, sous le rapport delà facilité de l’exploration directe, doit être placé au rang des organes les plus inaccessibles. On a inventé des spéculums particuliers pour favoriser l’inspection de la cavité laryngienne ; mais ces instruments d’un usage très peu répandu, n’ont encore donné que des résultats peu avantageux L »

Phlegmasies laryngées. — Dans un article, de grande valeur, sur les maladies du larynx, paru dans le Dictionnaire en 15 volumes , qui fit sur les contemporains une impression profonde, Cruveilhier avait nettement distingué les maladies n’intéressant que les couches superficielles de la muqueuse, des maladies atteignant les couches profondes de l’appareil vocal (laryngite phlegmoneuse, œdème de la glotte, périchondrite laryngée, ces deux dernières affections qualifiées par lui de laryngite sousmuqueuse sus-glottique et laryngite sous-muqueuse sous-glottique). Valleix accepte cette division ; mais, se basant sur la clinique, il admet, pour le catarrhe, une forme légère et une forme grave' 1 2 . « Pour les causes prédisposantes comme pour les causes occasionnelles, comme, au reste, pour tout ce qui concerne la laryngite, il faut avoir bien soin d’établir une distinction entre la laryngite légère qui consiste généralement dans un enrouement passager, et la laryngite grave qui présente souvent des symptômes formidables ; car ce qu’on a dit de l’une de ces deux maladies s’applique rarement à l’autre. Examinons-les donc séparément. »

Ainsi, pour la variété légère, pas de prédisposition tenant à l’âge, au tempérament, mais influence saisonnière manifeste, un grand nombre de sujets étant frappés à certaines époques de l’année, comme pour l’amygdalite et la bronchite. Le surmenage vocal 3 , souvent incriminé, n’aurait pas été étudié d’assez près pour qu’on puisse répondre d’une manière définitive ; par contre, « on voit parfois cette affection survenir dans la convalescence des maladies graves et chez les sujets affaiblis par une cause quelconque. Ces cas ne sortent pas de la règle générale

1. Voir l’article consacré à Trousseau, où l’on trouvera quelques renseignements sur les divers spéculums laryngés inventés à cette époque.

2. Distinction admise par Riiliet et Barthez, Blache, Monneret et Delàberge.

3. Valleix admettait, dans ces cas, une simple congestion irritative.

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qui veut que les phlegmasies se contractent plus fréquemment, lorsque l’organisme a subi une détérioration plus ou moins sensible».Le froid et les poussières irritantes auraient une action plus nette.

Pour les cas de laryngite grave 1 , on noterait un pourcentage plus élevé dans l’enfance et l’adolescence. Les climats froids y prédisposeraient, notamment le climat de l’Angleterre. Quant aux laryngites épidémiques, la question resterait indécise ; car, dit l’auteur, actuellement on n’en observe plus d’exemple ; et autrefois, le diagnostic était trop incertain pour qu’on puisse admettre sans contrôle les assertions d’anciens auteurs.

Les causes efficientes de cette laryngite grave seraient très difficiles à saisir, comme pour toutes les phlegmasies profondes des organes 2 . Parfois, le mal semblerait contagieux (Blache) ;mais c’est qu’alors il y aurait rougeole et scarlatine, maladies essentiellement transmissibles et au cours desquelles se développeraient fréquemment des phlegmasies intenses. Le traumatisme, et surtout les brûlures de l’épiglotte par le bec d’une aiguière à thé, chez les jeunes enfants, constitueraient des facteurs étiologiques évidents, quoique exceptionnels 3 .

La symptomatologie de la laryngite aiguë légère ne ss caractériserait que par un peu de gêne au larynx, un passage continuel de la voix des sons graves aux sons aigus et criards, rendant le timbre de la parole désagréable, (dysphonie), une toux souvent nulle et qui ne serait jamais très violente ; pas de fièvre.

Dans la laryngite aiguë grave, qui a attiré davantage que la première, dit Valleix, l’attention des médecins 4 , mais sur laquelle « il resterait encore beaucoup à faire » pour bien fixer la scène, la réaction morbide s’annoncerait par une douleur véri-

1. Ces laryngites graves de Valleix sont tantôt des laryngites superficielles à réaction spasmodique très marquée du côté de la glotte, tantôt des laryngites phlegmoneuses en train d’évoluer et aboutissant à la période suppurative, en passant auparavant par une période Catarrhale ou des toxinfections. En un mot, le groupe est loin d’être homogène ; il ne pouvait pas l’être en présence de la diversité des cas cliniques englobés sous ce nom.

2. On a invoqué la virulencé extrême des germes, l’affaiblissement du terrain ; mais, sans nier l'efficacité de cette pathogénie, on doit, semble-t-il, surtout faire entrer en ligne de compte des éraillures assez profondes, des destructions de quelques glandes permettant au microbe d’atteindre le tissu cellulaire sous-muqueux, circonstances contingentes qui échappent forcément à l’observateur.

3. Cheyne, Cyclopedia. ofpratical medecine, et Hicks, London medical Gazette , 1837-38, en avaient publié des exemples du temps de Valleix.

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