DESAULT
est la crainte que le corps étranger engagé dans la trachée n’ait été porté par sa pesanteur vers le bout de ce conduit, et qu’après avoir pratiqué les incisions convenables, on ne puisse en faire l’extraction. Mais l’expérience a démontré le peu de fondement de cette objection; en effet, dans presque tous les cas où l’opération de la bronchotomie a été pratiquée pour un corps étranger engagé dans la trachée, ce corps a été expulsé pendant l’expiration, parla plaie faite à ce conduit; mais il faut faire la plaie assez grande pour lui livrer passage.
« Ainsi, la crainte de ne pouvoir rencontrer et enlever un corps étranger engagé dans ce conduit ne sera plus un prétexte pour se dispenser de pratiquer l’opération de la bronchotomie, et, aujourd’hui, rien ne saurait excuser le chirurgien qui, par pusillanimité, abandonnerait aux ressources plus qu’incertaines de la nature un malade qu’une opération, exempte de tout danger et même de tout inconvénient, peut sûrement rendre à la vie et à la santé. »
A l’appui de cette nécessité de ne pas hésiter à intervenir quand la présence d’un corps étranger est dûment constatée, on trouve cité dans ses Œuvres chrurgicales (t. Il, p. 212, Paris, 1798) une observation demeurée célèbre.
« Un-jeune provençal déjeunait avec des cerises. Pendant le repas, une dispute s’éleva entre lui et un de ses amis. Il s’échauffe, parle haut, en continuant à manger. Tout à coup, il sent un noyau s’engager dans la glotte, il éprouve une toux convulsive, une difficulté de respirer, une douleur vive au gosier, il ne peut parler, les jugulaires se gonflent, etc.
« Quelques heures après, les. accidents se calment, puis ils reviennent à différentes reprises, mais avec moins d’intensité. A la longue, le malade s’habitue au contact du corps étranger, qui n’est habituellement indiqué que par un sentiment de gêne, correspondant au côté gauche du larynx et exactement au niveau du ventricule de ce côté. Dans certains moments, sorti de l’endroit où il est logé, ce corps vient se porter à la glotte, où la toux, la difficulté de respirer, la gêne, la douleur annoncent sa présence.
« Mais bientôt les accidents se dissipent, restent plus ou moins longtemps sans reparaître, reviennent et cessent de nouveau.
« Le malade vient en cet état me consulter à Paris. Je conseille l’opération; les autres consultants la rejettent sur les raisons du danger de l’hémorragie, de là difficulté de découper le cartilage thyroïde, de la possibilité d’une fistule aérienne après Topé-
ration : craintes illusoires, comme je le dirai, et qui, en supposant qu’elles eussent quelques fondements, devaient céder à la crainte plus réelle des accidents, inévitable suite du séjour longtemps continué du corps étranger dans la trachée-artère. En effet, ce malade est mort deux ans après d'une phtisie laryngée \ et l’ouverture de son cadavre a démontré, dans le noyau de cerise, la cause qui l’avait déterminée.
« Concluons de cette observation, que, quoiqu’un corps étranger engagé dans les ventricules n'y cause souvent des accidents que par intervalle 1 2 , il faut, si nous sommes sûrs de son existence dans les voies aériennes, si la douleur, la gêne, constamment correspondantes à un des ventricules nous l’y indiquent, il faut, dis-je, ouvrir le larynx le plus promptement possible, en fendant le cartilage thyroïde 3 , pour en aller faire l’extraction. »
Dans ce mémoire, Desault s’est demandé s’il n’était pas possible, quand la sténose des voies aériennes est passagère, par exemple inflammatoire, de passer simplement à traversée larynx un tube élastique , qui permettrait à l’air de gagner la trachée- Mais cette opération, il ne l’a jamais faite sur le vivant. Elle est restée à l’état de projet.
1. C’est surtout à cause de cette observation, qu’on trouve mentionnés, dans les écrivains immédiatement postérieurs, les corps étrangers comme cause possible de cette maladie.
2. Desault a, l’un des premiers, insisté sur le caractère intermittent des quintes dè toux et de la dyspnée.
3. Dans les cas où le corps étranger existait dans le larynx, Desault préconisait donc une véritable laryngotomie.