IV. — DUPUYTREN
En nosologie laryngée, comme pour bien d’autres affections de l’organisme, Dupuytren doit surtout être considéré comme un continuateur de Desault, dont il a développé et complété l'œuvre.
Dans ses cliniques chirurgicales, on trouve mentionnées les diverses plaies dont le larynx peut être le siège, mais sans détails bien nouveaux. Cependant il a insisté tout particulièrement sur une complication propre aux blessures pénétrantes de cet organe, l'emphysème du tissu cellulaire du cou. Cet accident, dit-il, se produirait d’autant plus facilement que les mailles du tissu en question sont très lâches, et que les mouvements que le larynx exécute pendant la respiration empêchent que l’ouverture des téguments reste longtemps parallèle à celle du larynx. L’air peut gagner ainsi de proche en proche des régions relativement éloignées et « l’emphysème peut de cette manière devenir universel, comme les auteurs en rapportent des exemples. Médiocre, il se dissipe de lui-même ; plus étendu, on le combattra à l’aide de scarifications ».
Il fait ressortir aussi la nécessité de se défier de certaines hémorragies, qui se font non pas en dehors, mais en dedans. Dans ces cas, un débridement suffisamment large facilitera singulièrement l’accès du gros vaisseau lésé, ce qui permettra de le lier au fond de la plaie.
Le mérite de Dupuytren est surtout d’avoir insisté, après Louis, après Desault, sur l’utilité de la trachéotomie , trop négligée de son temps. Rappelons, à ce sujet, l'observation suivante où l’opération fut tentée contre un œdème de la glotte.
En effet, c’était bien à la suite d’une violente inflammation pharyngée qu’étaient survenus les phénomènes asphyxiques avec une rapidité déconcertante. Avec son grand sens clinique, Dupuytren vit. qu’une intervention chirurgicale
s’imposait et il pratiqua la laryngotomie un peu au-dessus du cartilage cricoïde. Il put constater, pendant l’opération, la tuméfaction de la région sus-glottique, principalement de l’épiglotte, et la malade guérit en peu de temps. Au fur et à mesure que la tuméfaction phlegmasique des tissus diminuait, Fauteur s’était préoccupé de rendre à l’air inspiré ses voies naturelles, ce qui réussit parfaitement bien, sans incidents notables. Voici cette observation telle qu’elle a été publiée dans la Gazette méd. des Hôp., Paris, 1831, t. VI, n° 112, p. 457.
« Au n° 8, salle Saint-Charles, est couchée une femme affectée d’angine oedémateuse, de 34 ans, lingère, demeurant à Paris.
« De tempérament lymphatique, elle a eu plusieurs angines successives. La dernière ayant été suivie d accidents graves, la . malade est entrée à l’Hôtel-Dieu.
«Averti du danger qu’elle courait, je me rendis près d'elle et crus devoir continuer les moyens généraux déjà employés ; mais, le soir, les accidents devenant plus intenses et la suffocation étant imminente, je me vis forcé d’user de la dernière ressource, de pratiquer la laryngotomie.
«Au moment de l’opération, àl’ouverture de l’arrière-bouche, on apercevait une tuméfaction blanche, douloureuse, de la membrane laryngée qui recouvre . l’épiglotte et on sentait au doigt toute celle qui forme le contour de la glotte par ses plicatures supérieures.
« Les fonctions du larynx étaient presque suspendues ; la voix n’était plus produite et l’introduction de l’air pouvait à peine se faire. Déjà, on entendait ce son de sifflet, bruit effrayant, qui annonce toujours une terminaison funeste.
« En effet, à cet instant, l’ouverture de la glotte se resserre tellement, qu’elle présente à peine le plus petit diamètre et la tension des ligaments de la glotte contribue à produire cet . effet. Les yeux étaient affectés et saillants comme chez les personnes qui ont été étranglées.
« La face, le gosier, le cou étaient brûlants, lamalade était dans un tel état d’angoisse qu’il n’y avait pas a hésiter; la laryngotomie fut décidée.
« Je la pratiquai un peu au-dessus du cartilage cricoïde par une incision en travers, en divisant les parties couche par couche.
« Gomme mon opération n’était faite que pour rétablir le passage de l’air, je dus favoriser ce passage jusqu’à ce que la résolution de l’inflammation, qui attaque le voisinage de la glotte, lui permît de reprendre sa route naturelle et je me suis servi à cet effet d’une canule...