DUPUYTREN
« Depuis l’opération, son états’est évidemment amélioré : plus de suffocations, ni syncopes produites par une véritable asphyxie et cette opération lui a, sans doute, sauvé la vie... »
On sait combien les observations de polypes du larynx étaient rares à cette époque. Lieutaud, Desault, Andral, Ferrus en avaient fait connaître quelques cas, en France; mais leur histoire clinique était tout entière à faire, et ces tumeurs ne seront, du reste, bien connues qu’à partir du célèbre mémoire d’Ehrmann, de Strasbourg. Or Dupuytren avait vu un de ces néoplasmes, dont l’observation est sommairement rapportée dans ses cliniques chirurgicales (tome III, p. 602).
« Un homme déjà vieux fut reçu à l’Hôtel-Dieu pour y être traité d’une maladie des voies urinaires ; il éprouvait de temps en temps des accès de suffocation, que l’on attribuait à un asthme suffocant, à un spasme de la glotte ; l’intégrité des fonctions respiratoires dans l’intervalle des accès éloignait toute idée d’une altération de ces parties ; en conséquence, on ne lui fit subir aucun traitement. Le malade mourut tout à coup au milieu d’une de ces crises.
« A l’ouverture du cadavre, on trouva que la glotte était fermée complètement par un prolongement formé de tissu cellulaire et vasculaire, et recouvert par la membrane muqueuse. C’était un véritable polype, qui naissait de l’un des ligaments qui s’étendent des parties latérales de l’épiglotte aux cartilages aryténoïdes.
« Il avait plus de dix-huit lignes de longueur, et se bifurquait à son extrémité libre. Ce polype était flottant dans l’extrémité inférieure du pharynx, et ne causait alors aucune espèce d’accidents. Aussitôt que, par un changement de position, il se plaçait au-dessus de l’ouverture de la glotte, il produisait alors une occlusion plus ou moins complète, qui donnait lieu aux accidents relatés. C’est par suite d’une de ces oblitérations subites, mais plus complète que les autres, qu’est survenue la mort. »