Sui'une estampe, C. i
2. A propos du Sougata ijé Hyakiininn-isshii, Moronobu déclare (cité par P. Barboutau, op. laiid.) : « Le recueil de Wogoura, consacré aux Cent poètes célèbres, a été plusieurs fois réédité depuis sa publication originale, en suivant Tordre adopté par ^Yogoura : mais ces éditions successives, destinées aux personnes instruites, ne sont pas à la portée de tout le monde. Nous croj-ons donc utile d'offrir aux enfants un livre facile à comprendre, qui puisse leur permettre d apprécier chaque poète en leur dévoilant le sens de chaque poésie «. Hokusaï a un pareil souci d'éduquer les enfants.
3. C. I, 175. Moronobu fut imprimeur-éditeur en même temps que peintre.
reliés; et il y aA'ait aussi les estampes isolées, ishimai-ge, gravées au trait, tirées en noir, rehaussées à l'aquarelle de rouge, de jaune, — technique dite tanye tan, rouge, orange) des estampes de Moronobu, de Kiyonobu Torii, de Kiyoharu, et qui, lorsqu'elles sont frottées de laque noire ou de poudre d'or, est dite unishi-ye ; — enfin, vers 1730-35, ce sont les débuts de l'impression en couleurs (beni-ye, rose comme un coquillage, qu il ne faut pas confondre avec les estampes colorées en rouge, heni-iro), dont profitent les dernières œuvres de Masanobu, les estampes de Toyonobu, de Kiyomitsu et de Kiyohiro.
Avec ces Primitifs, c'est, pendant un siècle environ, la constitution du répertoire de l'estampe et l'enrichissement de sa technique ; Moronobu, l'atelier des Kwaigetsudo, Masanobu, Toyonobu, Kiyohiro peignent de préférence les bijin, tandis que les Torii, Torii Kiyonobu, Torii Kiyoraassu, Torii Kiyomitsu ^ représentent surtout des acteurs. — Comme il y a en eux plus de simplicité, de schématisme et d'ingénuité que chez leurs successeurs, l'esprit de l'Ecole apparaît mieux peut-être dans leurs œuvres.
Au temps de Moronobu et des premiers dessinateurs d'estampes, le Japon est en paix. leyasu, au début du xvii" siècle, à Seki-ga-hara, a écrasé la guerre civile avec les derniers
1. Moronobu (1638-1714), Okomura Masanobu (1'° moitié du xviii'^ siècle, meurt en 1768 à 79 ans). Toyonobu (1710-1785), Kiyohiro 'meurt en 1776). — Les Torii (1"= moitié du xviii'' siècle), Torii Kiyonobu (1663-1729), Torii Kij'omassu (florissait de 1716 à 1735), Torii Kiyomitsu (vers 1764-1771). Cf. sur ces artistes et les écoles, qu'ils ont formées, Tajima, Masterpieces selccted from ihe Ukiyo-ye school. — Moronobu, fondateur de l'Ecole Hisliikawa, a pour élève Torii Kiyonobu, fondateur de 1 Ecole des Torii. Celui-ci a pour élève Okomura Masanobu, et aussi Nishimura Shighenaga, qui sera le maître de Suzuki Harunobu.
partisans du Taïko Hideyoshi. C'en est fait des interminables querelles locales entre féodaux, désormais surveillés sur leurs domaines mêmes par les partisans du Shogun. A l'intérieur des classes étagées hiérarchiquement, les rapports sociaux sont minutieusement réglés par les cinq relations confucianistes, prêchant avant tout la soumission aux parents qui « sont comme le ciel et la terre », au maître et au seigneur qui « sont comme le soleil et la lune » ; les nobles sont tenus à une stricte étiquette, à un code d honneur et à certains divertissements. Il n'est pas jusqu'aux fleurs même qu'il ne faille disposer selon les idées de Confucius...
Ce Japon émondé et un peu déformé par les soigneux jardiniers qui le cultivent, on dirait que sur l'estampe il respire et s'épanouit. Maté, il est toujours prêt à se revancher en imagination. L'estampe est muette sur les hauts faits de guerre de la fin du xvi^ siècle, et même sur les massacres de Shinabara et l'écrasement de Shôsetsu au xvii% par prudence sans doute à l'endroit des Shogun Tokugawa qui y avaient participé ; mais, selon le goût très japonais des allusions détournées, elle revient à plaisir sur les épisodes de la lutte entre les Taira et les Minamoto au xii" siècle. Les « gestes » d'alors furent popularisés dès le xin^ siècle par le Heike monogatari, le Gempei seîsui ki, que des chanteurs ambulants continuèrent de réciter en s'accompagnant sur le biwa. Et puis cette lutte fameuse s'était terminée à la bataille d'Ichino-tani, quand les Taira, protecteurs du jeune Mikado et maîtres de Kyoto et du Japon de l'Ouest, avaient été vaincus parles Minamoto, tenants du Japon oriental; ceux-ci, après leur victoire, avaient pris le titre de Shogun, dans leur capitale de Kamakura, à l'Est de l'Empire. L'allusion était claire : leyasu, descendant de la famille des Minamoto, lui aussi l'avait emporté sur les grands seigneurs de l'Ouest; lui aussi avait fondé une capitale, à Yedo, non loin de Kamakura ; lui
aussi avait assuré à sa famille la perpétuité du Shôgunat. Dans le triomphe des Minamoto et de Kamakura, c'était le triomphe des Tokugawa et de Yedo que célébraient, par allusion, les estampes. Au surplus, dans ce Japon conservateur, les descriptions dune gueiTe du xii" siècle pouvaient s'appliquer à une guerre du xvii^ : mêmes défis, mêmes corps à corps fameux; les armes étaient presque les mêmes et aussi les rites du combat.
Une estampe de Torii Kiyonobu '■ représente un épisode de la bataille dichino-tani : au premier plan, sur un cheval dont le galop volant secoue la queue, la crinière, les glands du licol et de la selle, le guerrier Kumagaï no Naozane, par-dessus sa veste, engagée dans un large pantalon, porte une armure, couleur de jeunes pousses, que lient des cordons rouges. Coiffé d'un casque garni de clous que surmontent des antennes ; engoncé dans des épaulières de métal descendant jusqu'à la hauteur de ses coudes, il tient un arc garni de rotin, tandis que son carquois se hérisse de flèches empennées de queues de héron, et qu'à son côté se recourbent un énorme sabre et une plus courte dague destinée à trancher la tête de lennemi une fois qu'il est à terre. Au second plan, un des chefs des Minamoto, Yoshitsuné, a pour escorte un porte-étendard et son écuyer Benkei chargé de grappins à crochet qui servent à happer et à immobiliser l'adversaire ou à l'attirer violemment, de hallebardes courbes en forme de faucilles, de hallebardes ordinaires à large lame, de fourches à deux dents assez écartées pour « atteindre à la fois la poitrine et les yeux ». Mâchoire en avant, sourcils rapprochés, pupilles dilatées, Naozane a l'aspect d'un « homme capable de manger des démons passés dans le vinaigre- ». Les démons étant man-