Okomura Masanobu. Cf. C. i
qui passait s arrête, se détourne, brusquement saisie par la suave odeur ; une autre délaisse sa guitare ; les paravents des chambres sont eux aussi tout fleuris : 1 un d'eux représente, sous les érables, un cerf dont le bramement à lautomne, — selon une poésie célèbre du HyaJxiininn isshu qu'illustrera Hokusaï, — éveille le désir d'amour\.. Ou encore, allongés sur une branche de prunier en surplomb au-dessus d un petit ruisseau, un homme et plusieurs courtisanes s'imaginent par jeu qu ils sont en barque : ils ont mis à la voile, poussent à la gafle et appareillent aux sons du shamisen, cependant qu ils éparpillentdes poèmes sur l'onde". Cette insouciante jeunesse naviguant sur ce prunier fleuri, sous un ciel changeant, audessus d'une eau qui s écoule, quel embarquement pour Cythère, quelle culture de lillusion !.. Ces décors où se plaisent ces héros de l'estampe populaire, comme ils rappellent les paysages qui sur les estampes bouddhiques accompagnent la figure de Kwannon^ : torrent dont les petites vagues s'aiguisent en grifTes, nuages rôdant entre des bambous flexibles, oiseau passant à tire d'aile !... Ukiyo, monde éphémère...
Et leur aisance est la même à quitter la vie présente pour errer par l'imagination dans des lieux * et des temps d autrefois. La vie populaire, les beautés naturelles de Yedo viendront plus tard. La mode, chez les Primitifs, est aux légendes chinoises ou traitées dans le style chinois, avec un grand
1. Okomura Masanobu, C. i, 155. Cf. aussi Tojonobu, C. i, 203, Jeune femme se promenant par un soir dété, avec un éventail et une petite lanterne, et Masanobu. C. i, 135 : une jeune femme, sortant du bain, regarde un coq et une poule; un petit poème nous apprend qu'à contempler ce couple la jeune femme regrette sa solitude.