‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 19 sur 102 · Okomura Masanobu. V. pi. vu · texte numérisé non relu

Okomura Masanobu. V. pi. vu

3 Cf C. I, 1, Kwannon à l'enfant : une inscription en bas, à gauche, indique que cette estampe est une empreinte prise sur une pierre gravée de Fusadan, à Nankaï , Chine).

4. Cf. Moronobu, C. i, 11, Dames visitant le temple de Kiyomizu à Kyoto — Les sites des estampes chez les Primitifs sont difficilement localisables. Cf. cependant Masanobu, C i, 137 : dans le voisinage d'un théâtre, une rue entièrement occupée par des agences de spectacles.

luxe de voiles, d écharpes, de plumes, de nuages, de rapides, de cascades, de fleurs et de rochers : Seiobo et sa suivante qui lui offre des pêches ; un couple circulant parmi les nuées dans un char en forme de nef, que guide un teunin, et qui est supposé représenter un heureux rêve ; la belle Yokiki, favorite de cet Empereur chinois Genso auquel l'estampe de Harunobu fera si souvent allusion ^.. La mode est aussi aux légendes bouddhiques, telle l'aventure de Kumé no Sennin, qui, ayant aperçu une jeune femme lavant son linge dans un ruisseau, alors qu'il planait dans les airs, descendit vers elle, se posa sur une branche, puis alourdi par son désir n'eut plus la légèreté de remonter vers 1 azur ". Et ce sont les héros du Japon, le poète Teïka. le rédacteur du Hyakiininnisshii, voyageant à cheval, guidé par une jolie jeune fille; la poétesse Ono no Komachi, lisant un livre ; le fameux Tummangu Sugawara no Michizane avec son pin et son prunier fidèle ; le Chunagon Yukihira et ses deux maîtresses Matsukagi et Murasame, rencontrées pendant son exil . et qu'il appela, l'une : « bruissement du vent à travers les aiguilles de pins » ; l'autre : « petite pluie tranquille tombant sur un vieux village de jadis- » Et ce sont des rêves heureux, les trois

rêves heureux d'une nuit de nouvel an : le Fuji, le fauconnier, l'aubergine ; des images d'une union heureuse, le fiancé et la fiancée tenant les masques de Jo et de Uba, le vieux couple de Takasago, tandis que près d eux on voit un

1. Cf. Torii Kij'onobu, C. i, 33 ; Torii I\iyoinassu, G. i, 88 ; et C. i, 3\9, auteur inconnu, inteiprétation japonaise, peut être même copie d une peinture chinoise.

2. Masanobu, C i, 134. Scène figurée pm^^es acteurs Ichimura Kaniégo et Nalvamura Kumétaro

3. Cf Torii Kiyomassu, C. i. 91 ; Masanobu, C. i, 184 et V2'2 ; Torii Kijomitsu, C. I, '269. — Cf. encore Toj'onobu, C i, 228, Portraits, dans le style populaire, de trois fameux poètes et poétesses, composant des vers sur un soir d automne; Masanobu, C i, 178. Pièce centrale d'un triptj-que intitulé Portraits de trois personnages célèbres, passés après leur mort à l'état de divinités : la poétesse Sotorihimé marchant sur un tapis de fleurs.

emblème composé de la grue, du pin et de la tortue, symboles de longévité \

Les Estampes des Primitifs nous sont un précieux document sur l'àme populaire du Japon, alors que la vie y était une fête galante au lendemain de guerres civiles. C'est un mélange de stricte étiquette et de laisser-aller instinctif, de vie saine à la campagne et de sentiments raffinés sur Téphémère, de réflexes guerriers au milieu de divertissements pacifiques La bravoure de ce peuple sans quoi 1 on comprendrait mal la simplicité de sa vie, la durée et la fraîcheur de son esthétismc au milieu des plaisirs, y apparaît à nu. Point de scènes de rue, peu de sites localisés; des amants et des amantes attirés vers des rôles d'autrefois et des décors d illusion, comme s ils ne demandaient qu'à échapper à la trop réelle société où ils vivent. Sur les formes encore massives des belles, ondulent légers, transparents, sinueux, les plis des kimono et leurs décors de fleurs, d'eaux vives et de nuées. Le branle est donné. Les Primitifs sont encore à mi-chemin entre la tradition et la nature : pleins de gravité, un peu militaires d allures, ils n ont pas encore une parfaite aisance à mêler le rêve à la vie ni la finesse d intuition psychologique d'un Harunobu ou d un Outamaro; amateurs de beaux gestes et de costumes, ils n'ont pas la simplicité classique d'un Kiyonaga ; sensibles aux sons, aux parfums et aux mouvements des paysages, ils n'ont pas encore l'art de les animer d une vie propre, selon les saisons et les heures.

A mesure que les cavaliers se soucieront moins des guerriers, que les belles oublieront les amazones d'autrefois, que

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