‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 2 sur 102 · Makimono du xiii'' siècle (époque de Kamakura · texte numérisé non relu

Makimono du xiii'' siècle (époque de Kamakura

siqiies ; c'est un art d'actualité et c'est vraiment un art populaire par son public, par ses artistes et par son répertoire.

L'art au Japon était resté jusqu'au xvif siècle un divertissement noble ; mais la fin du xvi- siècle fut une époque de bouleversements politiques et sociaux. Le pouvoir passa des mains de la grande famille des Ashikaga en celles d un petit samuraï, Nobunaga, puis d'un parvenu, Hideyoshi, enfin de son lieutenant leyasu qui, sur le Japon maté pour deux siècles et demi, assit le pouvoir de la dynastie des Shogun Tokugawa. L'ébranlement des guerres civiles se prolongea même dans la paix ; beaucoup de féodaux, d'humble origine, s'étaient haussés aux dignités, tandis que des nobles authentiques et les Empereurs eux-mêmes avaient, pendant les mauvais jours, connu une vie toute différente de leur existence cloîtrée dans leurs palais de Kyoto.

Les goûts changèrent avec ces expériences'. Au Japon, pays de forte tradition, pour qu'une Ecole populaire sortît d'un art tout aristocratique, il fallut que, dans la première moitié du xvii" siècle, les figures classiques des peintures

1. Ce fut une nouveauté que des seigneurs au début du wii*^ siècle fissent danser devant eux O Kuni, danseuse célèbre, mais de basse extraction ; que 1 Empereur Reigen (1663 1685) composât des liakkai, poésies de dix-sept syllabes, formes abrégées et plus populaires des classiques iita et tanka dont il avait été tant composé pendant des siècles de vie de Cour ; que ce même Empereur récitât des jorûii, drames musicaux, très différents des solennels nô auxquels ses ancêtres s'étaient gravement divertis depuis le xiv' siècle. — D'autre part, les bommes nouveaux honoraient les anciens usages. Hidej'osbi, entre deux batailles, célébrait des cérémonies de thé que réglait Sen-nô Rikyû. et récompensait ses fidèles par des dons d'objets d'art.

Tosa, les figures chinoises des peintures Kano', plussent moins à des nobles dont les idées s'étaient élargies et aérées. Ils n'ont pas patronné ouvertement l'école populaire, mais ils ont protégé Matabei ^ de qui dérive cette école ^ A cette initiative aristocratique, le peuple avide de culture répondit ; enfin tranquille dans des villes prospères où presque chaque temple avait une école, il eut sa littérature, son art, auxquels l'imprimerie, à l'aide de caractères mobiles, dont les armées de Hideyoshi avaient rapporté de Corée le secret, et la gravure sur bois donnèrent une grande diffusion \ ^

Aussi bien que son public, l'Estampe eut ses artistes à part. A travers leur biographie incertaine et l'incertaine chronologie de leurs œuvres, on voit ces provinciaux qui abandonnent d humbles professions pour la peinture, et qui.

1. L'École Tosa date du xiii" siècle ; l'École Kano, de la fin du xv'^ siècle.

2. Matabei Iwasa meurt en 1650 à soixante-treize ans; d'une famille de samuraï, il fut à plusieurs reprises employé par le Shogun et des daïmyo.

3. D'après Tajima. op. laud , l'œuvre indiscutablement authentique de Matabei est : les « Trente six poètes » ; « Hommes et Femmes jouant ensemble », — ils lisent, écrivent, se courtisent ; un homme sort du bain, un autre boit, la tête soutenue par une courtisane ; la scène, par son naturel, par la disposition de ses groupes, les attitudes de ses personnages, sa fine tonalité grise, noire et rouge, est le prototj'pe d'innombrables scènes d estampes, — et enfin un Petit paravent représentant des hommes et des femmes jouant ensemble, qui fit partie des présents de noces reçus par Chiyo Himé, fille du Shogun lemitsu Tokugawa. — Sur la distinction de Matabei et de Matabei, qui aurait vécu près d'un siècle plus tard, cf PieiTC Barboutau, Les Peintres populaires du Japon, 1914, l'"*" fascicule.

4. Beaucoup d'estampes ont le format des kakémono (kakemono-j'e) : on les pendait dans le tokonoma en guise de peintures. Généralement, au Japon, les estampes n étaient pas accrochées, comme depuis vingt cinq ans elles le sont aux murs de nos demeures et de nos expositions. Parfois, de petites estampes étaient collées pour un temps sur les cloisons de papier ; mais la maison japonaise n a jamais été ornée de peintures fixes. Les estampes en livres ou sur feuilles libres étaient feuilletées de ci de là ; d où leur bel état de conservation — Hormis quelques rares exceptions, les livres ne valent ni par le stj'le du dessin, ni par le charme de la couleur les estampes séparées. Pourtant les artistes devaient apporter le même soin à illustrer les uns et les autres. Plus de soin même, et peut être trop de soin, quand il s agissait des livres dont leur réputation dépendait surtout: leur faire était plus timide ; ils se guindaient.

après un court passage dans l'atelier d'un artiste de lEcole Kano ou chez quelque maitre de l'estampe, se risquent à innover ; quelques uns sont des transfuges des écoles classiques, comme Yeishi ; le talent de tel autre parait avoir été reconnu parles grands de ce monde', mais le plus souvent, sortis du peuple, ils vivent avec lui et chichement, en querelle avec leurs graveurs qui trahissent leurs intentions, avec leurs libraires toujours lents aux commandes et aux paiements, avec leurs rivaux qui les plagient' et parfois avec 1 autorité qui les emprisonne \ Familiers de Yedo, ils fréquentent assidûment au Yoshiwara, quartier des courtisanes, et dans les théâtres; parfois ils suivent leurs modèles dans la banlieue, et même le long des grandes routes ; ils trouvent auprès de ce public un succès très vif, qui se répand dans les provinces et dans les ports où sont parqués les étrangers, Chinois et Hollandais*. Ce sont de bons garçons et de belle humeur, comme il apparaît dans les propos blagueurs et fantaisistes d'un Outamaro et dun Hokusaï ; ils changent

1. Un sonrimono de Koriusaï, représentant un faucon sur un perchoir, fut publié à 1 occasion de sa nomination d hokhyo, titre honorifique accordé par la Cour aux peintres dont elle agréait le talent. Kôrin et Sôtatsu avaient été revêtus de cette dignité.

2. Voir pp 53 et 157 les protestations de Masanobu et dOutamaro contre les plagiaires, et lavcu de Kôkan Shiha, à l'endroit de Harunobu, p. 80. Outamaro mettait parfois àcôté de sa signature le signe shornei. « vrai ». — Hokusaï. dans une lettre, se plaint que des faussaires aient fait usage du nom de Taïto dont il signa ses œuvres de 1823 à 182i.

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