CHAPITRE II
HARUNOBU
HARUNOBU
Le charme de jeunesse et de printemps que gardent encore en sa fleur les « images de brocart » peintes par Harunobu' enchanta ses contemporains. Comme naguère Moronobu et Masanobu, il se vantait d être un peintre du Yamato, de ne pas abaisser sa dignité jusqu'à représenter des acteurs, « humbles individus qui ne valent guère mieux
1. Harunobu Suzuki, appelé communément Jihei Hozumi et aussi Chôyeiken, naquit à Yedo et y mourut en 1770. Il fut 1 élève de Shighenaga Nishimura. — L'attribution et le classement de toutes les estampes qu'on range d habitude sous son nom présentent des difficultés que M. R Kœchlin a exposées dans son introduction au Catalogue. Harunobu eut beaucoup d'imitateurs : nous citons l'aveu de Kôkan Shiba 1747-1822; dans son livi-e Kôkwai-Ki . D autre part, beaucoup d'estampes qu on croit être de Hai'unobu sont signées d autres noms qui ne sont pas toujours des noms de graveurs, tel Kiosen. Et puis comment faire tenir la plus grande partie de son œuvre entre 1765, date présumée du développement de 1 impression en couleurs [c est vers 1764 que parurent les calendriers dont les illustrations étaient tirées avec cinq ou six blocs), et 1770 date de sa mort? — Comme points de repère, il y a les estampes de sa jeunesse, évidemment imitées de ses maîtres elles sont classées en tète du catalogue^ et dix-neuf pièces datées de 1765; or. sur ce nombre, remai-que M. Kœchlin, 0 huit, et les plus belles d impression, sont des tirages en bistre, d aspect presque monochrome, gravées avec trois blocs au plus ; d'autres, cinq, ajoutent au bistre une ou deux couleurs plus vives, et six tendent vers la polychromie ; mais aucune pièce véritablement polj'chrome ne porte ce millésime. Le plein développement de la polychromie serait-il donc postérieiu' à 1765 ? " — Le mieux est de classer provisoirement les estampes selon le nombre des couleurs employées à les tirer, avec cette présomption que les estampes poljcliromes sont les dernières, et de distinguer, à 1 intérieur des diverses catégories établies d après la couleur, les estampes signées Harunobu. les estampes non signées, les estampes signées d'autres noms. — Malgi-é son mépris public à l'endroit des acteurs, Harunobu en a peint quelques-uns.
que des mendiants » ; mais, tandis que ses prédécesseurs avaient dû se contenter de traits noirs avec rehauts de rouge ou de laque, puis d'impressions en trois couleurs, lui para ses belles des cinq ou six tons que les progrès de l'estampe mettaient à sa disposition. Et ce fut le triomphe de \ Azuma nishiki-ye, de la gravure en couleurs, gloire de Yedo. « Soudain les peintures destinées à l'Estampe, dans la capitale de l'Est, ont grandement changé. Maintenant, les feuilles en rouge ne trouvent plus de clients. Pourquoi donc les élèves de 1 école Torii ne cherchent-ils pas à dépasser Harunobu qui représente dans le style à la mode les mœurs des hommes et des femmes? » demande une poésie chinoise de 1767, et nous avons aussi l'aveu d un plagiaire, Kôkan Shiba : « A ce moment le maître de VUkiyo-ye, Suzuki Harunobu, excellait à peindre la vie des dames ses contemporaines ; mais à peine avait-il dépassé la quarantaine qu une maladie remporta. Alors je me mis à dessiner des compositions tout à fait analogues que je fis graver et imprimer, et je l'imitai si bien que le public me prit pour Harunobu. J'ai péché contre lui alors et mon cœur est aujourd hui profondément contrit. Parfois j ai peint les jolies femmes de mon pays à la manière des peintres chinois Kyuyei (K'ieou-Ying), Shushin (Tchéou Tch'en) et autres; sur des feuilles qui figuraient les mois d été je représentais d après des modèles chinois la transparence des gazes qui laissent apercevoir les corps nus ; pour les mois d hiver, c'était un bois de bambous et une hutte de roseaux avec une lanterne de pierre dans le jardin, le tout couvert de neige, et je prenais du papier mince de manière à marquer les contours en relief, comme ont fait les Chinois. C'était le temps où les femmes se mettaient dans les cheveux peignes et épingles et adoptaient une mode nouvelle pour leur coiffure ; je n'eus garde de la négliger et le public se plut beaucoup à mes estampes. Je craignis alors qu'elles ne fissent oublier mon nom et
KORIUSAI
l'hot. Longuet.
COURTISANE ET SES DEUX « KAMURO » Collection Manzi.