‹ Les maîtres de l'estampe japonaiseChapitre 22 sur 102 · PI. VIII · texte numérisé non relu

PI. VIII

X>. Aubert. L Estampe japonaise.

HARUNOBU 81

bientôt et pour toujours je renonçai à ces imitations. » Pourtant, il n'est pas d'œuvre de dehors moins révolutionnaires, d une poésie plus simple, plus directe et plus intime que ces estampes, au format modeste, qui firent une telle sensation. « Fait en un jour heureux de printemps », cette mention que porte un des livres de Harunobu convient à toutes ses peintures '. L'héroïne en est quelque trois cents fois la même fillette qui, très affairée, ne cherche pas à s imposer au regard. On Taime d'abord pour la seule grâce de ses gestes, cette gamine de seize ans, qui, les cheveux bien tirés et comme en peignoir, erre dans des paj^sages non attifés qu'inquiète la lumière du renouveau ; puis on s'avise que cette enfant, dont les occupations paraissent si banales en des décors sans façons, est une perpétuelle allusion à un passé d'histoire et de légende, et que Harunobu n'est pas seulement le peintre exquis de la jeune fille en sa première fleur, mais encore l'artiste qui a le plus poétiquement féminisé la tradition japonaise.

Mêmes coques de cheveux au sommet de la tête, tenues par les mêmes peignes, même front découvert, mômes sourcils haut placés, mêmes yeux bridés, même nez long, et toujours son museau frais de lapin blanc. Si mince de corps, si menue des épaules qu elle pourrait passer dans un médiocre anneau, de ses yeux qui ne cillent point, elle nous regarde avec un petit air impassible et affété. Ce n'est plus la femme rondelette de Moronobu, ce n'est pas encore la courtisane de Kiyonaga qui, dans son ample kimono, a le port de certaine grande dame de Gainsborough ; plus fluette que sa sœur aînée, plus simplette que sa cadette, la jeune fille de Haru-

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