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nobu est-elle plus japonaise? Peu importe, car c'est non pas de portraits d'individus ayant leur caractère, leur rayonnement de vie intérieure, leur histoire, ni même d un portrait assez exact de la femme de son temps que Harunobu, non plus d'ailleurs que Moronobu ou Kiyonaga, s'est jamais soucié, mais d un type qu'il a créé une bonne fois à son goût et auquel, sa vie durant, il s'est tenu'. Jeune fille ou jeune mère, cette femme oppose à toutes les aventures le même air étonné de bourgeoise réservée ou de courtisane rompue à 1 étiquette.
Le miracle est qu'elle ne lasse pas à la longue, et même qu'à la voir, nous éprouvions, chaque fois, cette petite secousse de surprise contre quoi Ton n'ergote point. Les décors d'intérieur et de paysage où elle évolue, sont pourtant bien sommaires, si on les compare aux intérieurs et aux paysages de Koriusaï", de Kiyonaga, d'Outamaro : un
1 . Il y a une légère transformation dans le type de femme de Harunobu. Sur un de ses livres daté de 1763, Scènes de la Vie ordinaire, le visage est assez rond comme chez Kiyonobu ; le galbe s'allonge sur quelques estampes, datées de 1765, et sur un livre daté de 1770, Rivalité de Beauté au Yoshiivara. — La preuve que Harunobu se préoccupait peu de portraits nous est fournie par une estampe (C- n, 255) qui représente trois beautés de l'époque : Kagiya 0 Sen, Sakaïya O Sada, Yojiya O Fuji. C'est seulement par le style et la couleur de leurs kimono et de leurs ohi qu on peut les distinguer, et qu'on peut reconnaître 1 une d'elles, O Sen, sur une estampe ^C. ii, 148) où elle cause avec des marchands d'écrans décorés de portraits et de scènes de théâtre, et sur une autre (C. u, 249) oi!i elle passe devant une chaya du temple de Kagij'a shinto.
2. Koi-iusaï (milieu du xvni" siècle) est vraiment original, et tout à fait différent de Harunobu dans une suite de grandes estampes qui représentent des courtisanes, les cheveux relevés sur le haut de la tête, ramenés en ailes sur les oreilles et tout piqués d'épingles (selon la nouvelle mode signalée par Kôkan Shiba). Au surplus, ces femmes se détachent sur des fonds de paysages ou d'intérieurs mieux en perspective et plus étudiés que les fonds de Harunobu (v. pi. viii, Courtisane se reposant dans un restaurant du district de Miméguri, accompagnée de ses deux kamuro, dont lune tient en laisse un chien noir, et C. ii, 364, Jeune homme et geisha sur le balcon d une auberge d'où 1 on découvre la Sumida et le pont Riyôgoku, et 38i, Sortie de coui-tisanes avec sliinzo et kamuro . Il y a chez Koriusa'i une tonalité rougeâtre et grise qui n'est pas chez Harunobu, et aussi une prédilection pour les estampes longues et étroites que l'on pendait dans le lokonoma en manière de kakémono. — Nous parleions plus loin de la grande originalité de Koriusai; qui est dans le genre Kwacho : animaux, oiseaux et fleurs.
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paravent, une cloison de papier, le bord d'un ruisseau, une branche d'arbre, — tout cela peu en perspective ; — les scènes où elle paraît sont toutes simples : elle se peigne, se lave les cheveux, sort du cuveau, encore humide du bain, surveille son moutard, lit à sa servante l'interminable lettre de l'absent, peint des messages d'amour, hésite avant de se glisser sous la moustiquaire, tant cette cage de gaze lui paraît vaste depuis qu'elle y dort seule, rêve au moyen de retrouver son galant : un saut par-dessus le mur, 1 écharpe liée à une branche, il sera là, pour recevoir le frêle corps pesant, le joli cavalier qui, n'étaient ses deux sabres, ressemblerait en sa glabre jeunesse à son amante. Enfin , après l'absence , l'harmonie qui jaillit des rencontres : elle pose ses doigts sur les cordes du biwa ou du koto, tandis que lui les touche du plectre ou de l'archet.... Voilà qui est charmant, mais qui pourrait être ridicule, et que de fois nous pàmons-nous sans même comprendre la légende qui reste enclose dans les caractères chinois !
Sujet, décor, en effet, qu'importe ? c'est bien la même femme qui trois cents fois nous charme. Son visage n exprime guère son humeur, mais que le kimono qui 1 enrobe est éloquent ! Grandes courbes calmes de ses pans qui s'évasent, tels les pétales d une corolle renversée, grandes manches qu'une bourrasque rejette en arrière, étale en ailes de papillon S quelle gaieté parfois dans 1 envol léger des plis, mais quelle tristesse quand ils pendent accablés ! Et comme, serré à la gorge et à la ceinture, le kimono sait, à 1 occasion , se dénouer , sentr ouvrir , glisser , défaillir ! Ses lignes serpentines obéissent aux mouvements d'un corps qui, par ses ploiements et ses ondulations, par sa souple
1 . V. pi. ix. Jeune femme luttant contre le vent qui lui a enlevé ses épingles à cheveux, son kami-iré et, parmi les papiers qu'il contenait, une lettre à son amoureux.
et frêle jeunesse fait songer à la grâce fugitive, à la beauté lisse et qu'il faut se hâter de cueillir, d'un mince bambou, dune herbacée frémissante à la moindre caresse... « Plantes toujours vertes ». disait Sukénobu de ses modèles.
La vie d une femme, chez Harunobu, cela devient des oscillations de fleurs : le cou, tige trop faible, cède sous la masse des cheveux noirs ; hors des kimono, les corps s'élancent, se courbent, les bras s'allongent, s'étirent : un geste désespéré désigne une branche fleurie que submerge l'eau d'un torrent, une main câline tend un éventail à un cavalier, et une lanterne à un galant. Accroupies ou étendues sur les nattes que les sièges n'encombrent pas, ou flâneuses dans des sites célèbres, il y a mille façons pour ces femmes de se mirer, de converser, de rêvasser, de ne penser à rien ; mais, vienne un coup de vent, un chagrin, une petite surprise, une brusque peur, tout le corps penche et verse : sauve-qui-peut sous laverse, hanchement d'une craintive que surprend le raccourci de son ombre, arrêt d'une peureuse que retient une main d homme, qu'un crabe pince au pied, qu'un chat ou qu un bébé tire par son kimono, affaissement de la femme jalouse devant le triomphe de la rivale, défaillance d'une pauATCtte qui se penche sous prétexte de rattacher sa ceinture , mais sans doute parce qu'une confidence de son compagnon vient de faucher un cher espoir.
Aussi docilement que les plantes, ces femmes suivent le rj'thme irrégulier des saisons et des heures, chez ce peuple de visuels accoutumés à chercher dans leurs paysages des symboles de leurs émotions. L'hiver, les petits arbres, les petits toits ploient sous leur charge de neige et, saisi par le froid, le paysage sonore des torrents et des rizières soudain se tait ; la neige pèse aux parapluies, comme elle pèse aux branches du bambou. Emus par tant de solitude et de